Snowy Harry à Hokkaido

Eki (La Gare)
Yasuo Furuhata – 1981

La prestation de Ken Katakura dans Shiawase no kiiroi hankachi a dû ouvrir les yeux à pas mal de réalisateurs japonais. Non, l’acteur n’était pas fait que pour jouer dans des films de yakuzas, il pouvait jouer dans des rôles peut-être pas sentimentaux, mais faisant davantage dans la réstitution d’une intériorité d’un personnage.

Ainsi Eki, de Yasuo Furahata, ayant pourtant largement contribué à l’image de dur à cuire de Katakura (notamment dans les épisodes sur la prison d’Arabishi) mais qui, arrivé presque à cinquante ans, s’est peut-être dit qu’il était temps de passer à autre chose. Il conserve un univers criminel, puisque le personnage de Katakura (Eiji Mikami) est un officier de police bossant dans la préfecture d’Hokkaido. Des détonations de flingues évoquant les films de Fukasaku, il y en aura, et le sang coulera par moments. Eiji Mikami est un dur après tout. Quand on l’envoie, déguisé en livreur, dans un bâtiment où a lieu une prise d’otages, difficile de ne pas songer à Dirty Harry. Mais là où ce dernier empile les cadavres sans sourciller, avec routine, Mikami se pose de plus en plus de questions sur son envie de faire ce travail.

Le film est donc quelque peu dépressif, bien aidé en cela par une photographie qui n’a rien à voir avec celle de Yamada. À quelques exceptions près, on est dans la grisaille de Hokkaido qui, en dépit de décors souvent enneigés, paraît terne, mélancolique à souhait. Forcément, ça se réchauffe à la moitié du film quand Chieko Baisho apparaît dans le rôle d’une mama-san tenancière d’un modeste izakaya. Alors âgée de 40 ans, Baisho est absolument séduisante, instillant dans son personnage une fantaisie que son personnage emblématique dans Tora-san ne possède pas. La rencontre avec Mikami devient le nouvel enjeu : ces deux âmes en peine vont-elles vivre ensemble, à la manière d’un film de Yamada ? Rappelons qu’en plus de Yellow Handkerchief, il y a eu ensuite A Distant Cry from Spring dans lequel la liaison entre les personnages joués par les deux acteurs se terminait de manière positive ?

Ici, Furahata se démarquera de Yamada, décidant de boucler la boucle avec une scène se passant dans une gare, répondant en écho à une scène inaugurale qui entamait le film de sombre façon.

Le film a été un énorme succès, engrangeant plus d’un milliard de yens, raflant plein de récompenses et souvent cité comme un des dix films les plus importants du cinéma japonais. Cela étant posé, quarante-cinq ans plus tard, il apparaît surtout comme un drame psychologico-sentimental assez réussi mais auquel il manque une touche de quelque chose pour que l’on soit pleinement emporté. Bon, il est vrai que gavé comme je suis de films yamadesques, ma perception en est peut-être un peu biaisée. Mais c’est vrai que la scène finale m’a laissé à l’image des paysages d’Hokkaido : froid.

6,5/10

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