Un vieillard aveugle et lubrique dans un village nommé Araki…

Yuna et Sharaku

Coup de projecteur aujourd’hui sur un des personnages de mon cycle, Les Callaïdes.

Oui, à la vue du titre, vous vous dites peut-être que cela fait  un peu beaucoup. Mais c’est ainsi, dans la vie, parfois, il ne faut pas hésiter à se faire plaisir. J’avais envie d’un personnage fusionnant Kamé Sennin et Zatoichi dans un village au nom facilement mémorisable, je l’ai donc inventé et, ma foi, la visite touristique dans la province du Hyoka, à l’ouest du Shimabei, a été plaisante, fructueuse en écoulements de différents liquides corporels. 

L’homme se nomme Sharaku. Fainéant, un peu crasseux, grossier, vulgaire, allant volontiers fréquenter les prostituées dans le quartier d’Ikepongi à Kazen (petite ville située à une lieue. Le lecteur habitué de certains plaisirs tokyoïtes aura compris l’astuce du nom du quartier), et n’hésitant pas à faire des remarques et des gestes déplacés à l’endroit des paysannes (jeunes, surtout), débordements lui valant en retour force horions et bosses sur le crâne, les mères ayant bien insisté auprès de leurs filles (notamment la délicieuse Yuna, présente sur la gravure) qu’il ne fallait surtout pas hésiter à mettre au pas ce vieux libidineux.

Un vieillard donc parfaitement inutile que ce Sharaku.

Oui, sauf qu’il est, aussi, une merveilleuse machine à tuer.

Enfin, précisément il l’a été et ne cherche plus à l’être. Quant à savoir s’il le sera de nouveau, croyez-le ou non mais il faut peut-être le souhaiter…

 

Extrait :

Il avait imaginé un vieil aveugle chenu et digne. Avec une barbe blanche en pointe et des cheveux longs lui tombant avec grâce aux épaules. Le tout sanglé dans une toge sombre dont le moindre pli exprimerait la maîtrise de soi. Et des yeux d’aveugle derrière lesquels se lirait une sagesse infinie. Oui, ainsi devait être ce maistre d’escrime aveugle capable de battre n’importe qui et ayant enseigné à un guerrier tel que Kannon Hagi. La réalité fut bien différente. Des cheveux blancs et une barbiche de la même couleur, cela, Jan l’avait devant lui. Mais il y avait dans leur tenue un peu du vieux matou qui se néglige. Les cheveux n’étaient pas peignés et d’un blanc douteux, tenez, un peu comme le pelage d’un certain chat adopté par dame Mari. Le regard de sagesse était constitué de deux yeux ensommeillés et chassieux. La bouche était ouverte en un trou qui lui donnait un air cornard. Et encore plus malpropre puisque les dents semblaient de vieux poteaux tout jaunes mal plantés. Quant à l’allure… ses gambes étaient arquées, comme ayant du mal à soutenir cette enveloppe débile qui pourtant n’avait pas l’air de peser bien lourd. Sans doute un serviteur, se dit Jan.

Les Callaïdes, Livre II, Tome II

Sharaku dans un bordel à Iképongi

 

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