Tora-san 42
C’est dur d’être un homme : Mon oncle (Otoko wa tsurai yo: Boku no ojisan)
Yôji Yamada – 1989
Et c’est parti pour l’arc consacré à Mitsuo kun et, si le reste est de la qualité de ce premier épisode, ça devrait passer tout seul. Après la déception de Tora-san et son escapade à Vienne, avec un Kiyoshi Atsumi commençant à être diminué à cause d’une maladie, Yamada décide, pour ne pas surmener sa star, de mettre l’accent sur son neveu Mitsuo et sur la relation avec Tora, reprenant le rôle éprouvé de mentor foutraque et en même temps plein de bon sens.
L’idée a séduit, pas loin de deux millions de spectateurs se sont rués dans les salles, preuve que le bouche à oreille a été favorable. Surtout, la formule est le signe que la saga a tellement bien mis en condition les habitués, après 41 épisodes durant lesquels ils sont devenus familiers de la saga, que l’on peut se payer le luxe de se concentrer sur un personnage de la famille de Tora plutôt que ce dernier (présent, certes, mais de plus discrète manière). C’est ça, la puissance du « toraverse », et je me dis que Yamada aurait pu pousser le bouchon plus loin en imaginant un épisode consacré à Gozensama, à Hiroshi ou même à Tako (surtout lui, en fait).
En tout cas l’épisode est totalement réussi, avec un Hidetaka Yoshioka qui montre qu’il est parfaitement capable de gérer un rôle principal (car difficile de dire qu’Atsumi a ici le premier rôle). Ça commence par une ouverture drôlatique, avec Tora se prenant la tête dans un train avec un vieux et deux jeunes yankees, le quatuor étant rappelé à l’ordre par un sympathique chef de gare avant que les trois générations se réconcilient fraternellement sur le quai. Puis vient Shibamata : Mitsuo, avec sa face bouffie et son acné, est dans la post-adolescence ingrate. Sakura est incapable de lui faire entendre raison (« Si tu continues comme ça, je ne cuisinerai plus pour toi ! » Wow ! En voilà une rude menace !) tandis qu’Hiroshi ne fait guère mieux. Dans les précédents épisodes, on le voyait volontiers hausser le ton, là, c’est devenu plus chaud maintenant que Mitsuo est devenu un jeune homme. Heureusement, on peut compter sur Tora pour discuter avec lui, connaître ce qui le tracasse (une fille, la jolie Izumi). Malheureusement, revoir l’oncle et le neveu absolument torchés n’aide pas à apaiser le climat au sein de la famille d’Hiroshi qui – une première – balance une mornifle à son soiffard de fils.
Ça va mal, tellement mal qu’Hiroshi s’en va le lendemain à bord de sa moto (ce qui permet des scènes sur le bitume assez plaisantes au milieu des paysages) du côté de Saga, là où se trouve sa belle. Comme le hasard fait toujours bien les choses dans le monde de Yamada, Mitsuo y retrouvera son oncle et le duo sera invité au sein de la famille de la belle tante (jouée par Fumi Dan, c’est la madone du film, même si Kumiko Gotô qui joue Izumi peut faire figure de deuxième madone, Mitsuo étant une sorte de double de Tora). Le film continue de fonctionner tout seul. On a la figure du vieux paternel et ses amis qui s’amourachent de la jovialité de Tora, tandis que Mitsuo et Izumi reproduisent ce qui a été montrés par plein d’épisodes, avec de jeunes gens s’éveillant à l’amour.
Tout n’est cependant pas acquis pour Mitsuo kun. Concluera-t-il avec Izumi ou se fera-t-il ignominieusement friendzoner ? Les autres épisodes le diront. En attendant, il rentre à Shibamata en héros et se réconcilie avec son père (qui m’a bien fait rire dans sa posture bourrue, acroché aux feuilles de son journal). Un passage de témoin est fait entre le neveu et l’oncle qui, au téléphone, entend la bonne humeur dans la famille de Kuruma, cette dernière le couvrant de messages affectueux (y compris Tako qui s’amuse lui-même de son surnom). Moment qui fait chaud… et un peu froid. La solitude, l’éloignement de Tora est un peu attristant, agissant comme un lugubre symbole quand on sait la situation d’Atsumi. Par ailleurs, la mort est évoquée à travers un commentaire du colporteur, quand il apprend le décès d’un de ses compagnons d’infortune. Les spectateurs de l’époque avaient-ils conscience que ce personnage iconique qui avait bercé leurs séances de cinéma plus de vingt ans durant avait un pied dans la tombe ? En tout cas, pour le spectateur d’aujourd’hui, les six derniers épisodes vont être précieux à regarder.
7,5/10














