Lear on the Shore (Umibe no Ria)
Masahiro Kobayashi – 2017
Lear on the Shore m’a fait penser au récent Plan 75 en ce que les deux films utilisent tous deux de vieilles gloires du cinéma, Chieko Baisho pour Plan 75 (81 ans au moment du tournage), Tetsuya Nakadai pour Lear on the Shore (85 ans), et qu’ils abordent le thème de la gestion du troisième âge dans une société.
Là s’arrêtent les points communs car si le premier aborde ce thème par le biais de l’anticipation dystopique, rien de tel dans le second qui préfère le traiter par le prisme de Shakespeare. Celui qui connaît son Roi Lear sur le bout des doigts verra en effet sans mal Cordelia à travers Nobuko, fille cadette répudiée autrefois par Lear/Chokitsu, Goneril à travers Yukiko, fille perfide sans la moindre affection pour son père, enfin Albany à travers Yukio, mari de Yukiko attaché à son beau-père et qui décidera à la fin de rompre les liens avec son épouse.
Avec ces quatre personnages, Kobayashi tisse une histoire allant sans cesse de l’hospice d’où le vieillard atteint de démence s’est échappé à une plage non loin où il semble attiré – ce qui lui fait miraculeusement retrouver Nobuko. Significativement, la plage est finalement plus peuplée que l’hospice (il y croisera aussi son gendre), bâtiment présenté comme se faisant de mieux mais dont on ne verra pas le moindre employé, donnant l’impression d’un endroit vide, fantômatique. La chaleur sera à trouver sur cette plage qui permettra au vieillard sénile à la fois de déclamer du Shakespeare (précisons que Chokitsu est un ancien acteur célèbre) et de servir malgré lui de révélateur des affres personnelles de sa fille bâtarde et de son gendre.
Si le film souffre à mon sens de quelques longueurs vers la fin, il faut avouer que Nakadai est assez magnifique et que les autres acteurs sont convaincants. Avec au bout du chemin une conclusion qui m’a fait penser à Eureka, de Shinji Aoyama, autre film où le vide existentiel allait trouver son remède lors d’une scène de plage.
En bref, une première incursion dans la filmo de Kobayashi qui me donne envie de voir d’autres films.
Au passage RIP Tetsuya Nakadai, disparu il y a deux mois. La prodigieuse filmographie qu’il laisse derrière lui montre cependant qu’un samouraï acteur comme lui ne meurt pas vraiment.
7/10














