Downtown Heroes
Yôji Yamada – 1988
Adapté d’un roman d’Akira Hayasaka, Downtown Heroes prolonge Kinema no tenchi en ce qu’il lui permet de plonger avec nostalgie dans un passé révolu, à une époque où la bulle économique se porte bien au Japon, apportant assurément richesse mais aussi individualisme et bonheur incertain.
Les « heroes » du film, eux, n’ont pas trop à réfléchir sur ce qu’est le bonheur. Lycéens internes dans la préfecture d’Ehime, ils doivent faire face à une situation économique tendue (nous sommes en 1946), avec notamment un problème d’inflation et de ravitaillement alimentaire qui fait qu’eux comme leurs professeurs sont particulièrement affamés. Et pourtant, indubitablement, ils sont heureux. C’est un âge d’or où le système éducatif japonais n’avait pas encore institué cette course aux examens pour permettre aux plus acharnés d’accéder aux meilleures universités. Et d’un autre côté, on ne saurait dire qu’ils ne foutent rien. Bien encadrés par leurs professeurs, ils citent volontiers du Goethe dans leurs conversations, ou bien évoquent tel roman de Kafka quand ils ne se fixent pas comme objectif de jouer une pièce de théâtre pour leur festival d’automne.
À côté de ce sérieux (relatif), ils éructent, ils courent dans tous les sens, passent par les fenêtres façon Batman et font d’effroyables fêtes en pleine nuit. Il est d’ailleurs intéressant d’avoir en tête le Mitsuo du même âge quand on assiste à ces scènes. Mitsuo, pour signifier sa liberté, il part sur les routes sur une moto achetée par papa et maman. Les lycéens de Downtown Heroes n’ont pas ce privilège et sont quand même heureux, prêts à saisir le moindre imprévu pour l’ériger en aventure collective. Ainsi leur rencontre avec une jeune prostituée (jouée par Eri Ishida) cherchant à fuir son souteneur et qui va être cachée dans leur dortoir. Ça n’empêchera pas les yakuzas de débarquer pour tenter de la récupérer mais, pas de bol, tomber sur une horde de lycéens gueulards avec de la testo à revendre, ça complique tout de suite les choses.
Bref, on l’aura deviné, Downtown Heroes est un film sympathique avec des personnages sympathiques et une histoire sympathique… mais qui paye aussi le prix de son univers collectif et tapageur. À titre de comparaison, il m’a rappelé Harakara dans lequel on baignait là aussi dans la jeunesse locale d’un village, jeunesse occupée à s’investir dans la tenue d’un spectacle. La différence est qu’Harakara, tout en restituant la joie et le dynamisme de ses personnages, parvenait mieux à ciseler certains caractères et à intéresser sur leurs relations. Là, j’avoue que jusqu’au bout, l’évolution du triangle amoureux entre Fusako, Kôsuke et Onkeru ne m’a guère enthousiasmé.
De même pour l’humour : si les frasques tapageuses sont amusantes au début, elles finissent par lasser. Et comme pour donner une leçon d’humour à cette jeunesse frénétique, c’est à un vétéran que l’on doit les deux scènes les plus comiques du film. Comme on sait que Yamada a l’habitude de piocher parmi les acteurs d’une célèbre saga, dois-je préciser qu’elles sont le fait d’un Kiyoshi Atsumi dans un pur numéro à la Tora-san ?
En bref, un bon Yamada hors-Tora-san, mais pas non plus un très bon. Pour cela, j’ai l’impression qu’il faut attendre le suivant, Musuko, sorti en 1991. Visionnage prévu dans quelques jours.
6/10














