Bijin de la semaine (70) : Chieko Baisho

Les stats de Letterboxd concernant l’année 2025 sont formelles : l’année aura été follement yamadesque !

Et ce n’est pas fini, puisqu’étant arrivé à 66 films vus sur les 91 réalisés par Yamada, la probabilité est forte pour que ces deux-là arrivent de nouveau en haut du podium pour l’année 2026.

En tout cas, impossible de ne pas intégrer Chieko Baisho à ma légendaire série des « bijins de la semaine ». Car si le terme « bijin » ne paraît bien entendu guère évident maintenant, alors que l’actrice va fêter ses 85 bougies, il suffit de remonter dans ma machine à remonter les bijins

(Pour rappel)

… pour comprendre que Sakura a toute sa place dans cette liste prestigieuse. Évidemment, rien à voir avec les Cobra girls, Fumie Hosokawa ou encore Maiko Kazama. Chieko est avant tout le produit de l’entertainment gracieux de l’ère showa. Tout au plus quelques photos d’elle en bikini, mais ce qui primera avant tout, c’est ce frais minois de jolie fille issue des couches populaires.

Car sachez-le les amis, Chieko n’a rien d’une petite princesse d’actrice morgueuse qui a passé son enfance à péter dans la soie, ça non. On le voit bien sur cette photo familiale :

On s’en doute, la photo n’a pas été prise à Shirokanedai (quartier résidentiel de Tokyo). Il s’agit en fait du quartier de Takinogawa, avec tous ses immeubles aux toits de tôle. Fille d’un père conducteur de tramway et d’une mère contrôleuse, le petite Chieko est une fille du peuple, chose qui tapera plus tard dans l’œil d’un certain Yôji Yamada qui lui aussi, dans ses pérégrinations en Mandchourie à suivre ses parents alors qu’il était clampin, n’a guère eu l’occasion de péter dans la soie. Sa formation d’artiste, Chieko se l’est constituée petit à petit. D’abord en appartenant à une chorale d’enfants. Puis en intégrant l’école de musique et de danse Shochiku en 1957. Elle devient major de sa promotion en 1960, intègre la SKD (Shochiko Kazeki Dan, la compagnie théâtrale de la Shochiku présentant des opérettes et des revues) où elle se distingue. C’est ce terreau musical qui explique pourquoi, quand on fait les bacs à vinyles au Japon, on tombe régulièrement sur ces petits trésors :

Certes, la discographie n’est pas non plus pléthorique, mais assez substantielle pour la démarquer d’autres artistes.

Plus important, elle fait ses débuts au cinéma en 1961 avec Women of Tokyo, de Noboru Nakamura, film dans lequel joue Mariko Okada. Rôle probablement mineur (il me sera sans doute compliqué de le voir, celui-là), ce qui semble être moins le cas de As the Clouds scatter (Heinosuke Gosho, 1961) où elle joue une contrôleuse de bus (elle a dû être bien conseillée par maman pour le rôle) :

Mine de rien, avant sa rencontre avec Yamada en 1963, elle enchaîne sacrément les titres, avec 13 films l’année 1962, avec, au passage, sa première rencontre avec Kiyoshi Atsumi :

Aitsu bakari ga naze moteru

Mais 1963 sera à marquer d’une pierre blanche. Pourtant, elle ne participe qu’à six films mais, parmi eux, se trouve The Sunshine Girl, première collaboration avec Yôji Yamada. Ne pas se laisser avoir par le titre cucul. Le film plonge le spectateur dans un milieu populaire, avec une jeune femme qui désire s’en extraire en épousant un salary man carriériste, mais qui fait en même la rencontre d’un jeune ouvrier qui a davantage d’amour que d’argent à lui proposer. Cela annonce évidemment la rencontre Sakura/Hiroshi dans Tora-san. Baisho est merveilleuse dans le film (« sunshine girl » n’est pas usurpé) et ce sera le début d’une collaboration longue et pléthorique avec Yamada (probablement le record de nombre de films communs entre un réalisateur et une actrice). Avant les Tora-san, Baisho affine sa palette, avec des personnages parfois doux, parfois volontaires, toujours séduisants, avec notamment ces fossettes encadrant ce sourire particulier. Pas la plus belle des jeunes actrices de l’époque, mais un physique quand même très avenant et immédiatement reconnaissable.

Et alors que se beauté de jeune bijin tendra à s’évanouir, s’installera le charme de la bijin femme et qui fera admettre que des personnages joués par un Takakura Ken puissent tomber amoureux de ceux joués par Baisho. Je suis loin d’avoir vu tous les films de Baisho en dehors de ceux tournés par Yamada, mais j’ai bien l’intention de voir cette curiosité :

Women Who Do Not Divorce (1986, Tatsumi Kumashiro)

Baisho a lors 45 ans et fait partie d’un triangle amoureux avec, en concurrence, un personnage joué… par sa propre sœur, Mitsuko Baisho. Il semblerait aussi que ce soit un des rares films où notre bijin s’adonne à un registre plus sensuel :

Parce que bon, la relation Sakura / Hiroshi ne permet pas vraiment d’assister à ce genre de scène.

À partir des années 90, la beauté tend à s’évanouir, mais le charme persistera via les fossettes et cette voix (là aussi très reconnaissable) que l’on n’entend jamais faire des récriminations (ça change un peu dans Tora-san avec les soucis que lui procure Mitsuo kun, mais c’est pour faire marrer le spectateur). Il y aura cependant de moins en moins de films, presque tous le fait du seul Yamada. Dernièrement, on l’a vu dans Plan 75, film dystopique sur la gestion du troisième âge au Japon. Film intéressant, mais franchement on ne peut que se réjouir que ce film un rien déprimant ne conclue pas sa filmographie. À la place, ce sera ceci :

Sans être un inconditionnel de Takuya Kimura (mais reconnaissant volontiers qu’il peut être un excellent acteur), j’avoue être très curieux du lien que son personnage va tisser avec une femme de plus de 80 ans, le tout encore une fois (pour la dernière fois ?) sous l’objectif de Yamada (91 ans !). En tout cas, l’affiche laisse présager qu’après The Sunshine Girl, ce sera probablement The Sunshine Old Lady. Dire que j’ai hâte de voir cela est bien sûr un euphémisme…

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