My Sons (Musuko)
Yôji Yamada – 1991
Ce qui est bien avec Yamada, c’est que lorsque l’on croit qu’il n’y en a plus, il y en a encore. Je pensais qu’après 1985, le sommet créatif était derrière lui. Comme pour me confirmer dans cette idée, je vois Kinema no Tenchi et Downtown Heroes, bons films mais pas du même niveau que Kazoku, Harakara ou Les Mouchoirs jaunes. Et puis bam ! arrive en 1992 ce Musuko. Dès les premières minutes, avec la musique envoûtante de Teizō Matsumura accompagnant l’énergie d’un izakaya après une journée de travail, j’ai senti qu’on allait retourner vers des hauteurs. Et de fait, je n’ai pas été déçu.
Pas facile d’évoquer en quelques mots la richesse et la beauté de ce film. Contentons-nous d’abord de lister les thèmes, thèmes bien connus chez Yamada mais qu’il semble ici avoir eu à cœur de rassembler : la relation parent/enfant, la vie moderne à la ville en opposition à la vie à la campagne, le travail chez les jeunes (en lien avec la situation économique de l’époque, avec l’avènement des freeters), le travail plus délicat chez les travailleurs de plus de cinquante ans, l’épineuse question de savoir s’il faut faire venir vivre chez soi les seniors quand ils deviennent trop fragiles, enfin, tout simplement, la question du bonheur, ici particulièrement incarnée par Tetsuo (Masatoshi Nagase), jeune fils d’Akio (Rentarô Mikuni), vieillard invité par son fils aîné Tadashi à venir vivre chez lui, dans son appartement de Tokyo plutôt que de s’obstiner à vivre seul dans sa grande maison à la campagne.
On le voit, ça louche clairement du côté d’Ozu et de son Voyage à Tokyo (dont Yamada fera d’ailleurs un remake plus tard). Mais si le glorieux modèle se terminait avec une touche d’amertume, il n’en est pas de même dans le film de Yamada. Ici, c’est le moment de dégainer Ze citation :
Après l’avoir vu, un bon film vous laisse un sentiment indescriptible de bien-être et c’est pourquoi un bon film est inoubliable. Musuko est l’un de ces films. — Akira Kurosawa.
Difficile en effet de ne pas être touché et surtout d’oublier la scène finale. Et pas que cette scène d’ailleurs, toute la partie centrale sur le nouveau départ de Tetsuo ainsi que sa rencontre avec Seiko faisant apparaître bien tiédasse la relation Mitsuo / Izumi qui avait lieu à la même époque dans les épisodes de Tora-san. Ici, bon choix de la part de Yamada de s’être écarté de sa saga en choisissant Masatoshi Nagase plutôt que Hidetaka Yoshioka. Si ce dernier a tendance à me laisser froid, je me suis souvent amusé de la candeur et de la maladresse que Masatoshi a su capter. Quant à Emi Wakui qui joue l’amoureuse malentendante, disons juste que son personnage travaille dans une entreprise qui a pour nom : Sakura. Tout un symbole. Rare film de Yamada où Chieko Baisho n’apparaît pas, mais ce n’est pas grave, l’esprit de son personnage emblématique veille et achève de réchauffer le cœur du spectateur.
8,5/10














