Retour à l’école

A Class to remember (Gakko)
Yôji Yamada – 1993

Yôji Yamada avait déjà abordé, dans l’épisode 26 de Tora-san, ces cours du soir destinés à des personnes (jeunes adultes ou seniors) n’ayant pas eu la possibilité de s’intégrer dans un système éducatif rigide et obnubilé par « l’enfer des examens ». Persuadé de l’utilité de ce système parallèle (et à raison il me semble), il entreprend de se documenter sur la question avant de se lancer dans Gakko, sentant sans doute l’opportunité que lui donnerait cett thématique pour aborder ces questions sociales qui lui tiennent à coeur.

Ce sera le succès, le film donnant lieu à une tétralogie soit, après la saga hors normes qu’est Tora-san, la suite de films la plus longue dans sa filmographie (films à la fois réalisés et scénrisés par lui s’entend).

Franchement, j’abordais le film un peu inquiet, et ce n’est pas la musique sirupeuse à base de flûte de pan qui allait me rassurer. Je craignais particulièrement la prestation de Toshiyuki Nishida, acteur dont la prestation enjouée et ahurie dans Tsuri Baka m’avait irrité. Mais là, je fais comme les élèves du film, je revois ma copie. L’acteur n’en fait pas des caisses, il joue juste un professeur humain et bonhomme, et cela suffit à le rendre attachant. Alors certes, si l’on a en tête un certain Kiyoshi Atsumi que l’on imagine parfaitement dans le rôle, on est déçu. Plusieurs fois je me suis imaginé l’acteur en train débiter les répliques à la place de Nishida, sûr que ça aurait été un amusement de tous les instants — d’ailleurs, le seul moment du film où j’ai ri franchement est lié à l’apparition d’Atsumi le temps d’un caméo d’une minute. Mais si on oublie cette idée, force est de constater que Nishida joue très bien sa prestation et qu’il donne envie de revoir son personnage dans Gakko II.

Après, çe ne l’empêche pas de se voir voler la vedette par Kunie Tanaka, prodigieux dans le rôle d’Inio-san, quinquagénaire éclopé qui décide de faire fonctionner ses vieilles méninges dans les cours du soir, et qui se risque même à faire une demande en mariage à l’une des professeurs, alors qu’il a l’âge d’être son père. L4acteur m’avait déjà marqué dans Musuko, avec son personnage de vieil ouvrier acariâtre. Là, il est particulièrement touchant et illumine à lui seul toute la deuxième moitié du film.

Si j’étais un peu circonspect dans la première moitié, ayant du mal à m’attacher aux différents personnages, tout change en effet quand Kuro-san (le prof joué par Nishida) apprend à sa classe que le bon Inio-san ne viendra plus, tout simplement parce qu’il est mort. À partir de ce moment, des flashbacks mémoriels vont jaillir, permettant de donner plus de densité aux différents êtres et à leurs relations, avec à la clé de très belles scènes, comme celle où Inio passe un temps fou à écrire (à la règle !) une carte de demande en mariage à sa professeur, ou bien celle où, apprenant dans un bar par Kuro-san que cette demande est bien entendu impossible, il se met à avoir le vin mauvais et à faire un esclandre, avant d’être corrigé par la tenancière, une vieille immigré d’origine coréenne qui participe aussi aux cours du soir. On est dans l’humain façon Yamada, avec de la joie, de la colère, de la contrition et plein d’autres sentiments encore. Sans doute moins marquant que certains de ses chefs d’œuvre, mais assez pour avoir envie de le revoir un jour. Le genre de film qui peut se bonifier au fil des ans.

7,5/10

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