L’art de la finition (1/2)

On le sait, les Japonais sont maîtres dans l’art de fournir un produit fini, alléchant dans sa forme, dans sa présentation, donnant immédiatement envie d’être possédé. Même chose pour la nourriture. Du simple emballage d’une confiserie au dîner sophistiqué proposé à un onsen, le Japon culinaire sait vous faire saliver en vous faisant en même temps hésiter sur ce que vous avez à faire :

Et encore le cadrage ne permet pas de voir d’autres mets délicats se trouvant à doite et à gauche. À noter que le plaisir est décuplé quand vous avez en plus la chance de manger avec devant vous une bijin vêtue d’un yukata coloré et venant d’attendrir son épiderme soyeux dans l’eau pure du bassin d’un onsen.

Faut-il manger ? Toucher à ce spectacle de couleurs quitte à en rompre la perfection ? On finit bien par choisir la première option mais cela se fait toujours après une phase de contemplation devant quelque chose qui apparaît parfaitement fini dans son élaboration et dans ses moindres détails.

On pourrait multiplier les exemples de cette maîtrise dans plein de domaines. Les figurines par exemple. Tenez, je me suis ainsi procuré via Mandarake une belle figurine porte-crayons Fujiko Mine :

Tout de suite, sur un burlingue, ça vous met du baume au cœur pour la journée et vous donne plus d’entrain à travailler.

Perfection de la pose, satinée de la peau, joli dégradé de couleurs, pas mal pour un simple bout de plastique. Même chose pour les artbooks :

D’où me vient l’impression que cet article devient subitement prétexte à déballer ce que j’ai acheté pour faire saliver le lecteur ? Sinon les connaisseurs auront compris qu’il s’agit d’un artbook sur Masamune Shirow (Intron Depot 2 en l’occurence).

Qualité de l’impression, beau papier, rendu des couleurs, là aussi, ça tue. Et que dire des photobooks ?

?!

Poitrines opulentes, buissons d’amour bien fournis, croupes génér… euh faites excuse, je m’emballe, je voulais dire en fait papier glacé de qualité, belle jaquette et restitution parfaite des noirs pour être au plus près de la vision de l’artiste.

Bref, c’est tout le paradoxe du Japon qui vous fait bien souvent balader dans des rues présentant un chaos d’enseignes, de câbles électriques et de distributeurs de cannettes,  le tout baignant dans un bordel sonore épuisant, et qui en même temps est capable de faire soit dans une épure ou une sophistication imparables.

Tenez, dernier exemple. S’il y en a une qui a le sens de cet art de la finition, c’est bien Madame Olrik. Quand elle revient au pays mère, c’est à chaque fois le même topo. Déjà, en France, il y a toujours le souci d’être présentable, de soigner la mise et le maquillage et croyez-moi, ça en impose. Mais au Japon, on monte encore d’un cran, on sent la volonté de montrer aux compatriotes bijins qu’attention ! she’s back. En apparence, sur sa coiffeuse, c’est le bordel et ça ne laisse augurer de rien de bon :

Mais au final, lorsqu’elle sort de sa chambre après avoir choisi avec soin sa toilette et s’être poudré le nez pendant une heure, j’en suis souvent resté le souffle court, impressionné que j’étais, et bien fier de me promener à côté d’elle, moi qui me contentais de sandales, d’un short, d’un t-shirt Jump crasseux et d’une gueule mal rasée.

En revanche, un qui possède beaucoup moins cet art de la finition, c’est le beau-dabe. Témoin son projet de pêcher. En effet, avant même notre arrivée il s’était mis en tête de faire des parties de pêche avec Olrik jr et Olrik the 3rd. Touchante idée que celle du grand-père qui décide d’aller taquiner le goujon en compagnie de ses petits-enfants.

Moi, pendant ce temps, j’essayai en loucedé de dégoter un stage de pêche “ama” (les fameuses pêcheuses de perles) , en vain. 

Après, ce noble projet nécessitait un peu de préparation. Il fallait un peu de matériel, notamment une canne à pêche supplémentaire pour les kids. Comme nous devions rester cinq semaines, beau-papa s’était sûrement dit que ça allait le faire, qu’il avait tout le temps de voir venir pour se rendre au magasin…

Dantesque par ailleurs le magasin, imaginez une sorte de supermarché uniquement consacré à la pêche.

… pour acheter un peu de matériel et faire la première partie de pêche. Et puis, les journées ont commencé à défiler. Puis les semaines. Il y avait toujours une excuse. Tantôt un typhon, tantôt le fait que nous ne trouvions pas à la maison alors qu’il était rentré plus tôt du travail justement pour aller acheter une canne à pêche. A la fin de la troisième semaine, il a tout de même dû se dire qu’il fallait passer à l’action. Surtout qu’il avait fait mariner les enfants en évoquant sans cesse son pote qui l’avait initié à l’art de la pêche, le légendaire Kuma san. Pourquoi ce surnom (en jap’, kuma=ours) ? Les imitations mystérieuses mais assez cocasses que le beau-père faisait de son ami devant nous ne m’ont pas parues toujours explicites. J’étais intrigué, j’avoue, mais pas au point de me lever à cinq heures du matin pour les accompagner afin de voir à quoi ressemblait le fameux Kuma san. Car la première sortie pour pêcher finit bien par avoir lieu. Soleil au zenith, deux cannes à pêche supplémentaires adaptées aux tailles respectives d’Olrik jr et d’Olrik the 3rd, Kuma san dispo pour accompagner et dispenser ses bons conseils, toutes les conditions étaient réunis pour passer une bonne matinée et ce fut le cas. La petite bande, moins Kuma san rentré chez lui, revint à la maison sur les coups de midi, ravie de l’expérience et surtout d’avoir ramené de la poiscaille :

Yatta !

Joie d’autant plus grande que les quelques spécimens avaient été pêchés uniquement par les enfants. Ils étaient même parvenus à pêcher un petit fugu (poisson hors de prix au Japon) mais bon, comme nos mains n’étaient pas assez expertes pour le préparer (rappelons que son organisme comporte du poison) et que l’on n’avait pas forcément envie de finir le séjour sur une intoxication alimentaire mortelle, il avait été renvoyé à la mer.

Après un tel succès, il fallait confirmer, enchaîner avec une deuxième sortie pour pêcher, cette fois-ci en famille et pas trop loin. Lors de la première tentative, ils étaient allés du côté d’Aoshima. Sympa mais nécessitant 45 minutes de route, un peu la barbe. Plus simple : se rendre au port de Miyazaki, le « Marina beach » où se trouvaient des endroits où la pêche était autorisée. Cinq minutes en voiture, cela n’était pas contraignant, tout comme y rester une heure ou deux. C’est du moins ce que je croyais alors…

To be continued…

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