Recharger les batteries

 

Quand je vois les beaux-parents trimer dès le matin par cette chaleur, je les admire et me demande comment ils font pour tenir. Sans doute tiennent-ils parce qu’ils ont tout simplement un travail à effectuer, ligne directrice qui ne leur laisse pas le temps de se plaindre, contrairement à nous qui sommes ici pour passer notre temps à buller. Et de fait, j’ai beau avoir créé un site appellé « Bulles de Japon », j’aurais peut-être intérêt à mieux gérer certains moments stratégiques de la journée. Le plus dur n’est pas le petit matin qui me voit levé dès six heures pour faire un footing appréciable, alors que la température n’est que de 25 degrés. Non, le plus insupportable est la tranche 11 heures – 15 heures où là, il y a clairement souffrance. J’ai beau me trouver à 11 heures baignant dans la climatisation de l’Aeon du coin, je sens déjà que les jambe commencent à se faire lourdes, tout comme les paupières d’ailleurs. L’autre fois, tandis que les enfants jouaient à l’espace jeu à Dragon Ball Heroes ou à ces jeux de pêche qui utilisent un système de médailles, j’étais allé me lover dans l’un des fauteuils moelleux en face de la librairie pour lire un peu sur ma liseuse. Je n’avais pas lu trois pages que je me suis mis à sombrer, la tête renversée et la bouche ouverte, un filet de bave coulant sur mon t-shirt et une bulle de morve se formant à la narine droite, pire qu’un épisode de Docteur Slump !
Au retour à la maison, vers midi, il fallait préparer le déjeuner. Oh ! Il n’y avait pas grand-chose à faire ! Un curry instantané, un yakisoba UFO, une mini pizza à mettre au four, de la nourriture saine et pas trop compliquée quoi ! Mais alors que la maison avait alors franchi les 30°C, même cette tâche prenait des allures de travail de titan. Une fois assis, mon curry Lee en face de moi et surtout le verre rempli de glaçons et la bouteille d’eau fraîche à portée de main, je me sentis mieux. J’avais l’impression de recharger les batteries mais ce n’était qu’une impression, j’allais m’en rendre compte. Après le déjeuner, il n’y avait rien à faire jusqu’à trois heures. Rien à part se ressourcer dans la chambre à l’étage, la clim’ enclenchée et les rideaux tirés pour lire un peu et faire une sieste réparatrice. Sauf que la sieste n’eut rien d’apaisant. Allongé sur le futon, je devins une sorte de poids mort qui s’abandonnait dans un gouffre duquel il aurait bien du mal à en sortir. Vers deux heures et demie les paupières se levèrent un peu, terriblement lourdes, je me dis qu’allez ! il fallait y aller pour profiter un peu du Japon mais rien n’y fit, il fallut attendre une bonne demi-heure pour enfin sortir de la chambre, hagard et me demandant si j’allais avoir de l’énergie pour faire autre chose que d’avoir le cul posé dans un fauteuil. Oui, c’est aussi cela la magie du Japon l’été !
Le café que je sirotai au salon me fit néanmoins du bien et jusqu’à la fin de la journée le corps fonctionna bien. Mais il était clair qu’il allait falloir que je change mes plans pour mieux négocier le créneau 11H/15H.
Un qui a du mal à le négocier, c’est sûrement Tornado. Tornado, souvenez-vous, le fidèle compagnon de mes escapades à deux roues dans Miyazaki :

Une fois n’est pas coutume, ce fidèle compagnon a fait la fête à son maître revenu d’Europe. Et je le mène encore parfois faire des ballades aux alentours mais plus très loin désormais. Car voyez-vous, Tornado se fait vieux et n’a plus le même allant d’antan. Quand nous nous promenons au milieu des rizières non loin de la maison, je lui flatte doucement l’encolure de la main. Le vieux drôle couine de joie (à moins que les couinement proviennent de la chaîne totalement rouillée, c’est possible aussi) mais peine à cacher que ces sorties, pourtant bien courtes, lui sont désormais pénibles. Les roues sont lourdes et j’ai bien compris que les beaux-parents acceptent de le garder uniquement par respect pour les nombrreux services rendus lors de ses jeunes années.
Bref, Tornado n’est plus que l’ombre de lui-même et… (pardonnez ce silence mais tant d’émotion… voilà, ça va mieux, je reprends 🙂 il ne peut plus espérer me mener au centre ville.
Pour cela, j’ai désormais une autre solution. Après Tornado, laissez-moi vous présenter :

Typhon !

Typhon est le dernier étalon né des écuries Panasonic. Quoique d’un poids assez conséquent, il est doté d’une batterie qui lui permet au démarrage de faire parler la foudre et surtout d’économiser les canes de son maître. J’ai testé, c’est étonnant et surtout très pratique dans un pays où l’on ne connaît pas les ronds points et où les feux rouges sont légion, vous obligeant à vous arrêter tous les vingt mètres et à reprendre votre course. Ça va une fois ou deux. Mais à la trentième, on y laisse de l’énergie, surtout à 35°C. Là, c’est presque un bonheur de s’arrêter car on sait que les premiers coups de pédales seront quasi insensibles, le mode « pawa » du petit boitier qui règle l’utilisation de la batterie permettant de mettre le paquet dans les démarrages mais aussi dès que l’on emprunte une côte. Ami lecteur, tu veux connaître ce que ressent un coureur Sky sous salbutamol ? Achète un vélo électrique, c’est le bien ! Moi, en tout cas, j’ai essayé et j’ai adopté. J’en use et abuse, en vaillant bien à garder un oeil sur le niveau de recharge car à 0%, il faut bien avouer que trimballer ce type de vélo serait un peu l’enfer, sans sa batterie, Typhon est un peu lourd du cul voyez-vous. Bref, au-delà de mes virées en centre ville, empruntant un peu hasard une succession de rues minuscules, un autre de mes plaisirs est tout simplement faire une ballade sur les coups de 18 heures dans la zone où se trouvent les rizières. Là aussi, inutile d’avoir un plan sur soi. Je chevauche au petit bonheur en fonction de la position du soleil. Des maisons délabrées, d’autres parfaitement entretenues, se succèdent ici et là avant de laisser la place à des serres, des champs sablonneux ou des terrains vagues. Et puis arrivent les rizières, avec leur odeur caractéristique, leur calme et leur faune particulière : on y aperçoit souvent des grues ainsi qu’une variété de petits crabes.

Au passage mes excuses à ces derniers. Alors que je chevauchais hier nuitamment (ce type de zone ne dispose d’aucun lampadaire, sensations garanties la nuit), Typhon, en passant par un chemin a quelque peu écrabouillé sous ses pneus quelques uns de ces crustacés. En plus de ceux des grillons que l’on aperçoit au sol tous les dix mètres, cela fera quelques cadavres de plus dont les fourmis se régaleront. Elles sont partout, à l’affût de la moindre denrée, d’une minuscule miette de pain sur la pain ou d’une aile de grillon au sol :

Au Japon, la fourmi ne chôme pas, elle est forcément elle aussi industrieuse (Edith Cresson approved). Tout le contraire de moi dont l’emploi du temps est étiré au maximum. Il risque de l’être d’ailleurs encore en plus car sentant qu’un début de tendinite va m’obliger à faire une croix sur les footings, ça promet des matinées moins spartiates, plus sur les futons et sous la clim.
Rues journées que les nôtres ! Heureusement qu’il y a la plage de l’après-midi…

Parce qu’un article estival sans une photo de bijin sur le sable chaud n’est pas un vrai article estival.

… les ballades avec Typhon et la bière du soir (très lourde à soulever, cela demande de l’effort) pour me remettre d’aplomb. Sans cela ce neuvième séjour ne serait qu’un long supplice pour un corps ballotté entre la rudesse des températures à l’extérieur et la fraîcheur lénifiante de ma chambre climatisée.

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