Au revoir l’automne, salut l’été !

3 novembre 2017

Avant-dernière journée au Japon. Et avec elle dernière occasion d’humer pleinement l’atmosphère automnale japonaise que je n’allais pas retrouver de si tôt. Pour cela, Madame, histoire de faire oublier son échec avec la sombre affaire du pneu crevé, proposa de nous rendre du côté de Kobayashi, à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Miyazaki, où se trouvait un joli site avec un lac et une cascade entourés de verdure. Peut-être enfin l’occasion de découvrir ces couleurs chaudes propres à l’automne qui jusque là s’étaient faites discrètes.

Sur le site, il faut bien le dire, ce n’était pas l’orgie des couleurs. Mais enfin, le vert était tacheté ici et là de jaune et de orange, chose assez rare depuis le début du séjour :

Pas d’hésitation : sans être non plus une orgie de couleurs, c’était plaisant et donnait envie d’aller chercher des marrons (la spécialité du site, une petite boutique en vendait des sachets). Nous avons tous été rapidement charmés par la petite promenade d’une heure que nous y avons faite. Il a fallu d’abord traverser ce pont suspendu :

Opération toujours un peu difficile du fait de la propension de Madame à être sujette au vertige. Après se trouvaient deux bancs bien placés qui permettaient de se reposer en profitant bien du paysage :

Et puis après… après ce fut un peu l’improvisation :

Comme nous ne comptions pas y passer la journée mais juste la matinée, impossible de tout voir surtout que le lieu semblait surtout équipé pour proposer des activités l’été. En bas à gauche du plan on aperçoit des karokaya, maisons en toit de chaume traditionnelles datant de l’ère Meiji. Il est possible d’y séjourner pour s’offrir une parenthèse de calme coupée de la vie urbaine. A expérimenter un jour, cela doit être sympa. Par contre s’y rendre juste pour les voir, cela augurait d’un intérêt médiocre. Nous avons préféré nous balader autour du lac tout en ayant en point de mire la cascade de Mamako. Mamako signifiant « belle-fille », vous vous doutez qu’il y a sûrement derrière ce nom une légende attachée à la cascade. Madame Olrik, qui la connaissait, nous l’expliqua, alors que nous faisions une petite pause sur un des bancs juste après le pont. En fait, qui dit belle-fille dit forcément belle-doche. Et dans les légendes ou les contes, vous avouerez que c’est rarement un personnage bandant (et même dans la vraie vie, me direz-vous sans doute). Pour la petite fille du conte, tout commence le jour où son père décide de se remarier après qu’il a perdu sa femme, tombée gravement malade. Evidemment, la marâtre est peu disposée à témoigner de l’affection pour sa belle-fille. Néanmoins, un jour, la vieille l’appela de sa voix la plus doucereuse pour l’attirer en haut de la cascade. Transformée subitement en mère affectueuse, elle prit l’enfant sur ses genoux pour inspecter sa chevelure afin d’y retirer des poux. Pendant cette opération, la gamine s’occupait à faire des nœuds avec sa ceinture (notez bien, c’est important pour la suite). Et puis soudain, stupeur ! malédiction ! la bonne femme décide d’arrêter de jouer la comédie en poussant sa belle-fille dans le vide (énorme salope !). Seulement, c’est ballot, la petite fille, avec ses nœuds, avait noué sa ceinture avec celle de sa belle-mère, belle-doche qui du coup fut entraînée elle aussi dans la cascade pour y crever (bien fait pour sa gueule !). Telle est la belle histoire que Madame Olrik nous raconta, à la grande stupeur d’Olrik the 3rd qui écouta avec des yeux en billes de loto, stupéfait d’apprendre qu’il pouvait exister pareilles mères.

Les histoires, c’est sympa, mais ça creuse, surtout après une bonne promenade. Après avoir retraversé le pont, nous sommes allés ici :

C’est le petit onsen Kajikanoyu. Petit mais suffisant. Il dispose d’un bassin intérieur et de deux autres en extérieur (un chaud et un froid) ainsi que d’un sauna. Comme ça faisait longtemps qu’on était pas allés au sentô de Miyazaki, je m’y rendis avec les enfants, pour “tester” comme dirait ce gamer d’Olrik jr :

De quoi bien se requinquer et se préparer pour le  déjeuner que l’établissement proposait au rez-de-chaussée dans sa partie restaurant :

Nous y avons passé une grosse demi-heure. L’ambiance était calme, à part nous il y avait deux jeunes femmes à la table d’à côté, occupées à papoter tranquillement et à se montrer des trucs sur leurs keitai. La carte donnait le choix entre une vingtaine de plats. J’optai pour le bol de ramen au curry.

Belle promenade, onsen et ramen et curry, il était difficile d’imaginer un meilleur tiercé gagnant. Rassasiés de cette excellente matinée, nous n’avions plus qu’à regagner tranquillement Miyazaki. Des achats d’omiyage nous attendaient pendant que les kids allaient faire leurs ultimes partie de Dragon Balle Heroes.

Courage Olrik the 3rd ! Quand ce gros otaku aura fini sa douzième partie, tu pourras prendre le relais !

Comme de bien entendu, histoire de marquer le coup avant la séparation, les beaux-parents (qui ne risquaient pas de me balancer du haut d’une cascade, eux) nous ont invité à un restaurant. Un énième. Entre les yakinikus dans le jardin, les sukiyakis dans la maison et les sorties gastronomiques, j’ai souvenir d’avoir été un peu gavé comme une oie durant ce séjour. Mais je n’allais pas me plaindre, le restaurant chinois nous sommes allés était plutôt goûtu, supérieur à ceux que j’ai l’habitude de fréquenter en France. Après cela, je pouvais rentrer en France avec le sentiment du séjour bien accompli.

Le lendemain, il a fallu se lever au petit matin pour choper l’avion qui allait nous mener à Haneda. Comme toujours on sentait une émotion contenue mais bien réelle chez les grands-parents. Mais pour une fois, ça n’allait être qu’un au revoir à court terme. Après ce séjour automnale il s’est posé un moment la question de savoir s’il était raisonnable d’enchaîner l’été suivant avec un nouveau voyage au Japon (normalement, le Japon pour nous c’est un été sur deux, les années paires). Nous avons réfléchi, mais pas trop non plus. Dans l’airbus qui nous ramenait en France, je songeais qu’après tout, puisque les enfants avaient encore la chance d’avoir leurs grands-parents japonais en bonne santé, il ne fallait pas trop réfléchir et y retourner recta dès l’été suivant. Au moment où je fis cette réflexion, Dale Cooper sembla me répondre :

Si même Cooper en direct de la Black Lodge me confirmait dans cette décision, il n’y avait plus à tergiverser.

Depuis la décision a été prise, les billets achetés. Les matchs de la coupe du monde ont permis de patienter. A partir de la semaine prochaine, c’est le retour de la touffeur estivale et des promenades en vélo, des kakigoris et des matsuris d’été, du chant des grillons et des clapotis des bassins d’onsens, des bières japonaises bues le soir en compagnie de Jichan et des plats concoctés par Bachan. Natsu yasumi I’m back !

 

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