Et Yôji rencontra Chieko…

Shitamachi no taiyô (The Sunshine Girl)
Yôji Yamada – 1963

Dix-huit mois après son premier moyen-métrage, Yamada se voit offrir la possibilité de réaliser son premier long. Si Nikai no tanin possédait une certaine dose d’humour, ce ne sera pas le cas de Shitamachi no taiyô qui suit le quotidien de Machiko (Chieko Baisho), ouvrière dans une usine de cosmétique et vivant chez son veuf de père, avec sa grand-mère et ses deux frères, l’un sérieux (Kunio), obsédé à l’idée de réussir ses examens, l’autre (Kenji) faisant les quatre-cents coups. Configuration qui m’a vaguement évoqué celle de Tom Sawyer, avec Mary flanquée de Tom et de Sid, mais aussi celle, bien entendu, de Tora-san, avec un enfant terrible à gérer, Torajirô, et un plus calme, Mitsuo.

Dans ce rôle, Baisho est à la hauteur du soleil mentionné dans le titre. Elle rayonne véritablement. Surtout, elle est parfaitement à l’aise pour restituer les différentes nuances de son personnage, à la fois enjoué et inquiet. Car Machiko se trouve face à un dilemme. D’un côté, certes, elle aimerait mettre la main sur un bonheur qui serait fait d’un mariage, d’une situation financière plus aisée, de plus de calme dans son quotidien. Mais de l’autre, lui faut-il pour autant s’extraire de son quartier natal, quartier pauvre mais dans lequel se trouvent ses racines, son identité ? La pauvreté est-elle donc tant à fuir ? La quête du bonheur sera symbolisée par deux jeunes hommes. L’un, son petit ami, n’a qu’un rêve : devenir un salary man, acheter une jolie maison dans un beau quartier où sa femme l’attendra, en train de tricoter paisiblement tout en se versant de temps à autre du thé. L’autre, Ryosuke, grand Huckelberry Finn auquel s’attache le turbulent petit frère de Machiko, est un ouvrier bossant dans une usine sidérurgique. La richesse ? Il n’y pense pas trop. Lui, la seule chose qu’il comprend, c’est qu’il aime Machiko.

On le voit, le couple préfigure assez ce que seront Sakura et Hiroshi dans Tora-san, tout comme le quartier populaire où l’héroïne évolue, avec sa galerie de visages familiers, annonce ce que sera Shibamata. Au milieu de tout cela, un autre motif yamadesque : celui du train. Petit cousin de Doinel, Kenji se retrouve un jour au poste de police parce qu’il a tenté de voler un train électrique. Et quelques scènes plus tard, il pénètre dans un dépôt ferroviaire en compagnie de Ryosuke afin de monter clandestinement et jouer dans une vraie locomotive. Fantaisie qui n’est pas sans impliquer une richesse intérieure certaine, richesse que l’on retrouve chez Machiko, que ce soit lors d’une scène dans son quartier où elle tournoie sur une barre fixe sous les yeux de vieillards familiers qui apprécient la présence de la petite Ma-chan, où lors des derniers plans où l’on voit Baisho en train de jouer au volley-ball et s’agiter dans tous les sens. Le jeu, la puérilité, son ex petit ami devenu salary man ne pourra plus y prétendre et ce sera tant pis pour lui. Chez Yamada, la richesse pécunière n’est jamais synonyme de bonheur. Un truisme, certes, mais truisme qu’il sait déjà manier par de touchantes scènes (notamment un certain dialogue entre Machiko et son père lors du dernier quart d’heure) et un solide sens du casting permettant de rendre attachant n’importe quel personnage.

Et puisque l’on parle de bonheur, sans doute s’est-il dit alors que le vrai bonheur pour un cinéaste débutant, c’est de tomber sur une jeune actrice de la trempe de Chieko Baisho.

7/10

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