Un ga yoke rya (Gamblers’ Luck)
Yoji Yamada – 1966
Septième film de la filmographie de Yamada (sur 91), Un ga yoke rya rappelle que le réalisateur a été marqué dans son enfance par le rakugo, notamment grâce à trois précieux recueils offerts par son père, alors que la famille se trouvait en Mandchourie pour le compte de la compagnie ferroviaire de la Mandchourie du sud. Cette passion pour le rakugo, ce besoin de rire (car la jeunesse de Yamada n’aura pas toujours été simple et lumineuse), Yamada le trouvera tout naturellement dans ses premières comédies et ce septième film qui se veut un mélange de quatre pièces classiques de rakugo. Aspect sans doute précieux pour l’amateur de ce genre, mais plus obscur pour le néophyte qui trouvera l’histoire assez brouillonne et moyennement drôle.
Mais pour l’amateur d’une certaine saga ultérieure, l’intérêt est autre. Le film est brouillon, oui, mais on peut le voir aussi comme « un brouillon » de ce que seront les épisodes de Tora-san. Se situant à l’ère Edo, le film décrit le quotidien d’un quartier pauvre peuplé de petites gens (on songe à Shibamata). On y trouve Chieko Baisho (troisième collaboration avec Yamada et, à partir de ce film jusqu’au premier Tora-san, elle sera toujours à l’affiche de ses films) dans le rôle… d’une sœur. Et qui dit sœur, dit frère, précisément un grand frère. Il ne s’appelle pas Torajirô (tora = tigre), mais Kumagorô (kuma = ours). Plâtrier de son état, il est fort en gueule, est capable de se mettre en colère de manière virulente (surtout quand il boit), et est le chef d’une petite bande de bras cassés qui le voient comme leur chef. Et, on le devine, il est très attaché à sa sœur pour laquelle il va se battre afin de lui permettre d’avoir le meilleur mariage, c’est-à-dire non pas un mariage lui permettant une situation plus argentée, mais un mariage satisfaisant son cœur. Ce sera Gosuke, modeste travailleur en charge des corvées du quartier, préfiguration de Hiroshi. Sinon Kuma, par ses facéties et ses maladresses, est comme Torajirô contraint de quitter le quartier, de se faire oublier avant de revenir, comme aimanté malgré tout par cet endroit où se trouve les personnes qu’il aime. Le tout sur une musique de Naozumi Yamamoto, dont c’est la première collaboration avec Yamada.
On le voit, cela fait beaucoup de ressemblances, ressemblances qui rendent le film amusant, mais guère plus car, inévitablement, on ne peut s’empêcher à songer à l’excellence de ce que sera la saga dans son mélange d’humour humaniste et de larmes mais aussi dans sa manière se sentir proche avec des personnages. Hajime Hana est sympathique dans le rôle de Kuma-san (qui est en fait un personnage du rakugo classique, un peu comme le Sganarelle des comédies moliéresques), mais rien de commun ce que sera Kiyoshi Atsumi, qui fait d’ailleurs une apparition dans le film. Baisho est sinon parfaitement à l’aise dans son rôle. Alors âgée de vingt-quatre ans, elle parvient à restituer avec brio toutes les nuances du caractère de son personnage. Il est vrai qu’elle devait déjà être à son cinquantième rôle depuis le début de sa carrière.














