Nihon no oto #6 : les mélodies pour les aveugles aux carrefours

Au Japon, il n’y a pas que les corbeaux comme volatiles qui emplissent l’air des villes de leur vacarme. Il y a aussi, et surtout, le cri du coucou :

Ainsi que le pépiement joyeux de petits zoziaux :

C’est qu’au Japon, il y a 1900 carrefours avec des passages piétons et comme le pays a toujours été en avance pour aider la vie de ses malvoyants, on a quasi systématiquement de ces carillons synthétiques pour indiquer le moment où le bonhomme passe au vert. “Quasi” car sur ces 1900 carrefours, environ 500 tendent à faire de la résistance en conservant les deux mélodies utilisées depuis la conception de ces signaux sonores. Si vous êtes allés au Japon, impossible que vous ne les ayez pas entendues. Le premier d’abord :

Il s’agit en fait d’une berceuse pour enfants, Tōryanse (通りゃんせ). Qu’elle se retrouve sur les carrefours peut s’expliquer par le fait qu’elle est traditionnellement associées à un jeu d’enfants similaire au jeu anglais London Bridge is Falling Down dans lequel des enfants passent sous une arche formée par les bras de deux enfants se tenant par les mains, arche qui tombe dès que la musique s’arrête pour attraper l’enfant passant juste à ce moment. On voit du coup l’idée de la musique sur le carrefour. Tant que vous l’entendez, avancez, mais dès qu’elle s’arrête, arrêtez vous aussi avant de passer le passage afin de ne pas être « pris ».

Plus surprenante est la deuxième mélodie

 

Elle sonne peut-être plus familièrement aux oreilles anglophones puisqu’il s’agit d’un air folklorique écossais, Common frae the town (aka Comin’ thro’ the Rye):

Ne zappez pas, vous êtes bien toujours sur Bulles de Japon.

Par contre, là, pour donner une explication du pourquoi du comment, le rapport avec un signal pour malvoyants, j’avoue que c’est plus chaud et peut-être, tout simplement qu’il n’y en a pas. La mélodie est simple, accrocheuse, immédiatement reconnaissable, et c’est tout ce qui importait quand elle a été choisie. 

Dans tous les cas, profitons bien de ces mélodies qui vont tendre à disparaître dans les années à venir au profit des pépiement d’oiseaux, jugés moins distrayants et plus efficaces quant à la sécurité. Dommage car durant mes longues promenades au Japon, je les aimais bien, moi, ces mélodies finalement typiquement japonaises. Elles apportaient au moment de traverser le passage piétons une sorte d’entrain, comme un aiguillon chassant la fatigue naissante après une marche fatigante dans la touffeur de l’été. Comme on le voit bien sur la photo qui suit, ça vous donne la pêche quoi !

Groovy baby !

En fait, au Japon, traverser un passage piéton, c’est limite pénétrer sur un dance floor.

 

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