I are you, You am me (aka Exchange Students – Nobuhiko Obayashi – 1982)

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Kazuo, collégien dans une petite ville de province, voir un jour débarquer dans son établissement Kazumi, une ancienne amie d’enfance. Très vite une complicité s’installe à nouveau entre les deux mais tout bascule lorsque, tombant tous deux d’un escaliers aux abords d’un temple, ils échangent leurs enveloppes physiques respectives. Kazumi, dans le corps de Kazuo, doit dorénavant apprendre à pisser debout et supporter d’insupportables blagues dans les vestiaires des garçons, tandis que Kazuo doit porter des pyjamas roses et subir ses premières règles, entre autres joyeusetés…

ATG

Exchange Students, meilleur film sur le thème de l’éveil à l’amour chez les adolescents ? Un des meilleurs en tout cas et celui qui prend pour le traiter le chemin le plus inattendu. Point de larmes ici, de langoureux et tendres aveux. Tout cela sera relégué pour les touchantes dix dernières minutes. Non, à la place ce seront surtout des cris, des rires, des baffes (et même des coups de pied au cul), bref de l’humour très commedia dell’arte enfin puisque le procédé du changement de sexe a depuis longtemps fait ses preuves dans le genre de la farce pour susciter le rire.

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Ami lecteur, as-tu lu mon légendaire article sur le mekuri ?

On s’amuse en effet au visionnage de Exchange students, à cause des sitruations d’abord puisque les deux personnages sont plongés dans des situations auxquelles ils ne sont pas habitués

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Porter une nuisette, être entouré de rose, avoir un réveil Mickey Mouse : horreur !

… mais aussi grâce au très bon jeu des deux acteurs principaux. Lorsque Satomi Kobayashi doit s’imaginer qu’un petit macho man a pris possession de son corps, de sa façon de marcher, de ses gestes ou encore de ses intonations, elle le retranscrit à l’écran avec une confondante facilité (sa prestation lui vaudra d’ailleurs une récompense au Yokohama Film Festival) et une drôlerie que l’on en arrive presque parfois à oublier qu’elle est réellement une fille. L’androgynité guette les personnages et c’est encore plus sensible chez Toshinori Omi (tout aussi excellent) dont le visage, sur certains plans, semble avoir perdu tous les repères qui permettaient au début du film que celui-là était un petit mec, un vrai, du genre à avoir la castagne facile.

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garlle et fiçon

Bref le film est très sympa dans ses situations et par le jeu des acteurs. Les amateurs de manga reconnaîtront là le genre du « gender bender » qui met en scène des filles qui se transforment en garçons (ou inversement) et trouveront là qu’il n’y a rien forcément de bien original. Reste qu’il est intéressant de voir comment, pris métaphoriquement, ce changement de corps permet de jouer avec la thématique amoureuse sans embarrasser le spectateur avec des scènes sentimentales. La chute dans l’escaliers peut être vu comme un coup de foudre fondateur qui va fondre chacun des protagonistes dans le corps de l’autre. Ils ne sont plus deux être séparés mais bien deux personnes qui fusionnent avec leur alter ego. C’est la notion de « moitié » par Platon. Et le fait de se voir dans le corps de l’autre peut sonner comme une préoccupation obsessionnelle, une cristallisation dont on n’a pas conscience mais qui est bien réelle : on désire, on ne pense qu’à l’être aimé.

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Eh oui Kazuo kun, ils sont bien toujours là ! Mais que se passe-t-il réellement dans son esprit au moment de regarder ses nénés ? Mystère. Obayashi aura d’ailleurs le bon goût de ne pas aller plus loin lorsqu’il s’agit d’évoquer la découverte du corps de l’autre, contrairement à nombre de mangakas.

Le sentiment amoureux ne sera jamais clairement évoqué tant les deux personnages sont surtout taraudés par un seul objectif : retrouver leur corps de départ. Mais comme ils n’ont pas la clé pour y arriver, il faut bien jouer le jeu et s’habituer à leur nouvelle vie. Ici c’est Kazuo et son enveloppe féminine qui a la vie la plus facile puisqu’il ne s’embarasse pas vraiment à devenir une petite fille modèle. Franc parler, bourre-pifs (voir plus) et manger comme un goinfre lors des dîners familiaux continuent de ponctuer son quotidien.

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Par contre, pour Kazumi, c’est moins la rigolade. Ayant du mal à jouer le garçon, elle féminise son nouveau corps et attire fatalement les moqueries et les persécutions des anciens camarades de Kazuo. Surtout, en tant que jolie fille (enfin, ex-jolie fille), le rapport à son propre corps, ce n’est pas rien. Le voir comme un corps étranger lui est insupportable et le spectateur suspecte que l’idée d’un suicide pourrait s’immiscer dans son esprit.

Bon, on le devine, Kazuo et Kazumi retrouveront malgré tout leurs corps d’origine. Et ces retrouvailles auront d’une prise de conscience de la nature réelle de leurs rapports durant cette période difficile.

Film aussi amusant que touchant, Exchange Students est un condensé de tout ce que l’adolescence a à offrir dans sa perception de l’amour. Curiosité, cruauté, tendresse, rire, larmes, envie de mourir… et même nostalgie de l’amour perdu, amour qui sera restitué et magnifié par le cinéma (Kazuo étant cinéaste amateur). Tout cela en 110 minutes absolument enchanteresses, avec en prime la trogne de Joe Shishido en père de famille. Réfractaires à House ? Essayez quand même Exchange, vous serez surpris.

8/10

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L’art de sortir la menteuse par Satomi Kobayashi

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3 Commentaires

  1. Très sympa, en effet. Un vrai coup de coeur en ce qui me concerne. L’un de mes Nobuhiko Obayashi préféré. L’adolescence, la crise identitaire puis, comme tu le soulignes à juste titre c’est merveilleusement campés. Par contre, j’avais moins perçu la relation amoureuse. Point de vue intéressant. J’y repenserais à la revoyure. Ça mérité d’être creusé.

  2. « j’avais moins perçu la relation amoureuse. »
    En fait elle est donnée dès le début, avec cette séquence en N&B : le tandem Kazuo/Kazumi (prénoms qui commencent pareil d’ailleurs), avec ses petites chamailleries, les espiègleries de Kazumi pour faire enrager le jeune, apparaît d’emblée comme un futur petit couple. C’est un début extrêmement cliché, très drama mais la rupture intervient avec l’accident et le passage à la couleur : la suite du film n’est pas cliché mais il m’a paru évident que oui, on était bien face à une histoire d’amour, au sens fusionnel.

    Hey ! Le film n’est pas de 1983 mais de 1982 ! On n’est pas passé loin ! 😉

  3. 😀 c’est clair !

    Mais sinon, ouais je vois le genre pour les chamailleries, espiègleries, etc… la bonne vieille époque du bac à sable où tu ne savais comment déclarer ta flamme alors t’y allais avec une poignée de sable dans les cheveux… me souviens maintenant… 😉

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