Uzumasa, un Shibamata de Kyoto

Kyoto Story (Kyoto Uzumasa Monogatari)
Yôji Yamada – 2010

Durant le visionnage de Kyoto Monogatari, je me suis dit que Yamada avait dû bénéficier d’un budget moindre que pour les films précédents. Durée brève (1H30 alors que Yamada a l’habitude de deux heures), mais aussi acteurs parfaitement inconnus au bataillon et surtout co-direction avec un certain Tsutomu Abe. Renseignements pris après la séance, ces indices confirment cette impression de film atypique puisqu’il est le fruit d’un projet collectif entre le réalisateur vétéran et l’université de Ritsumeikan, à Kyoto. Charmé par la proposition, Yamada a délégué un professionnel pour initier des étudiants à l’art du cinéma avant de se lancer dans le tournage de cette histoire purement yamadesque : à Kyoto, dans le quartier commerçant d’Uzumasa rempli de petites échoppes plus ou moins vouées à disparaître, on suit le quotidien de Kyoko, fille aînée d’une famille à la tête d’une petite teinturerie. En-dehors d’aider ses parents, elle va à l’université où elle travaille notamment comme bibliothécaire. Elle a sinon une liaison avec un jeune de son quartier, fils d’un modeste fabricant de tofu, qui aimerait percer dans l’univers du manzai. Mais cette liaison devient moins sûre quand un étudiant chargé de cours tombe éperdument amoureux d’elle au point de lui proposer de l’accompagner durant ses trois années d’exil à Pékin, pour parfaire ses connaissances.

Quitter le furusato (le village natal) ou ne pas le quitter ? Quand on connait les obsessions thématiques de Yamada, on devine quelle sera l’issue du film. Rien de très original donc, si ce n’est cette atmosphère légère, et documentariste. Pour donner une idée, c’est un peu comme si un épisode de Tora-san avait choisi de jeter un sort particulier sur l’oncle et la tante Kuruma, en jetant un sort particulier sur leur quotidien, leurs heures de travail, sur comment ils fabriquent leurs dangos, etc. Imaginez aussi des plans où l’on verrait le visage de Sakura de face, interviewée par un reporter lui demandant d’expliquer son quotidien et ses ambitions dans la vie.

Après Shibamata, Uzumasa, quartier de quatre syllabes pour lequel perce l’affection de Yamada, et d’autant plus qu’il se situe tout près des anciens studios de la Daei. Face aux grands complexes commerciaux qui vident ces quartiers de leurs commerces, il y a comme la perpétration d’un Japon mémoriel issu de l’ère Showa, d’un Japon qui est, aux yeux de Yamada, le plus sûr moyen de trouver le shiawase (le bonheur).

7/10

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