Killing (Zan)
Shinya Tsukamoto – 2018
Après avoir visionné les trois jidai-geki de Yôji Yamada, cela fait tout drôle de se frotter à l’unique film du genre de Tsukamoto. D’une durée brève (79 minutes), le film est bien sûr bien moins audacieux que ses délires de jeunesse. Mais indéniablement, on se trouve face à un jidai-geki avec la patte Tsukamoto, comprenez avec une caméra saisie de tremblements de tous les instants et d’un montage épileptique. Et ajoutons une photographie guère renversante, loin s’en faut. Pourtant, en dépit de ces caractéristiques qui avaient tout pour rendre le film pénible à voir, il y a quelque chose de prenant dans cette histoire que j’ai perçue comme une variation tsukamotesque des Sept Samouraïs.
Ici, on a l’ombre d’une bande de bandits qui plane au-dessus d’un village de modestes paysans. Y vit heureusement un jeune samouraï qui semble intéressée par une jeune et jolie villageoise. Le problème est que sa rencontre avec un vieux samouraï au crâne rasé (joué par Tsukamoto, vraiment excellent dans le rôle), qui projette de monter une escouade de samouraïs pour calmer la guerre civile à Kyoto, va l’amener à quitter le village, le laissant en pâture à de possibles exactions de la part des bandits qui rôdent alentours. Le vieux samouraï se dit alors qu’il serait intéressant de les enrôler eux aussi pour son projet. Mais finalement, le plus simple à ses yeux est de les exterminer. Pas de chance, il laisse un survivant qui s’en va sonner l’alerte auprès d’autres camarades. C’est le début de sanglantes représailles.
On le voit, il n’est pas question ici de sept samouraïs, du moins du côté du bien, car du côté du mal, il faudrait vérifier si Tsukamoto n’a pas fait le choix d’atteindre ce chiffre. Mais on retrouve cette menace extérieure et cette parade armée pour la contrer. Et la parade donnera lieu à un massacre. Le bien finira par triompher, mais là aussi, il y aura de la casse. Surtout, la victoire sera plombée par le doute existentiel qui saisit rapidement le jeune samouraï Mokunoshin. Bien qu’excellant dans le maniement du sabre, rien ne pèse davantage que d’avoir à « couper ». C’est le sens du kanji du titre original, « couper », mais dans un but guerrier, avec la mort que l’action peut entraîner.
Son nouveau mentor n’a pourtant aucun mal, lui, à couper des bandits crasseux. Mais rien de tel chez Mokunoshin qui, au début, va à la rencontre des gueux pour sympathiser et boire un coup en leur compagnie. Sont-ils vraiment si mauvais ? Ne serait-ce pas qu’une impression liée à leur apparence ? Le mal ne serait-il pas plutôt à chercher du côté de ce besoin de sortir le katana du fourreau pour « couper » ? Significativement, on voit Mokunoshin exceller dans le maniement du sabre quand il enseigne à un jeune paysan, Ichisuke, frère de la jolie paysanne évoquée plus haut. Mais voilà, c’est en entraînement, qui plus est avec des sabres en bois. Pour ce qui est de passer à un acte aux conséquences radicales, c’est une autre histoire. Dans Tetuso, on se trouvait face à un personnage qui voyait sa chair peu à peu envahie par le métal. Finalement, il y a un peu la même problématique. On se retrouve face à un personnage qui doit ne faire qu’un avec le métal de l’arme qui le constitue en tant qu’être, en tant que samouraï. Mais il y a un refus, refus qui ne va pas mener à des délires dantesques comme dans Tetsuo, mais qui donnera lieu à des affres qui, encore une fois, donneront l’impression au spectateur amateur de l’œuvre de Tsukamoto de se trouver en terrain connu, et de faire de ce jidai-geki une approche originale du genre.
7/10














