Mort de Torajirô Tetsuro

About her Brother (Ototo)
Yôji Yamada – 2010

Combien de fois Yamada a-t-il porté à l’écran une histoire où il est question de la relation entre un frère et une sœur ? Il y a tous les épisodes de Tora-san bien sûr, mais déjà avant elle le réalisateur avait mis en avant ce lien dans quelques films.

Avec Ototo, la saveur est quelque peu différente car dès qu’est évoqué cet oncle canard boiteux d’une modeste famille, on pense tout de suite à Torajirô Kuruma. Et l’on y pense encore plus quand on voit l’oncle en question (Tetsuro) arriver au mariage de sa nièce et le ruiner, l’homme ayant tendance à faire n’importe quoi dès qu’il lève un peu trop le coude. Mais le lien n’est pas non plus total car on se souvient de certaines cérémonies de mariages dans lesquelles Tora apparaissait, faisait le pitre, et parvenait malgré tout à amuser tout le monde. Où qu’il aille, il n’est jamais solitaire tant il a cette capacité à créer un liant irrésistible grâce à sa personnalité. C’est moins le cas avec Tetsuro, qui du coup apparaîtrait comme une version plus sinistre et solitaire de Torajirô.

Et plus fragile, aussi. Il n’est d’ailleurs pas le grand frère, mais l’ototo, le petit frère d’une veuve pharmacienne, Ginko, de nouveau jouée par Sayuri Yoshinaga et qui campe un personnage de sœur impeccable, à la hauteur de ce qu’une Chieko Baisho aurait pu interpréter si son âge le lui avait permis. Comme Sakura, elle a beau être parfois dure envers cet idiot de frère, elle lui est au bout du compte fondamentalement attaché, à la grande incompréhension de sa fille Haruko. Comme tout le monde, cette dernière est d’avis qu’il faut couper les liens avec cet oncle embarrassant qui a participé à la ruine de son mariage (la famille de son époux a très désagréablement réagi à la venue de cet oncle et le divorce s’est fait quelques semaines après), mais d’un autre côté, il n’était que le révélateur d’une sorte d’inadéquation sociale entre les deux partis : d’un côté une famille de petits pharmaciens, de l’autre une famille de grands médecins. Finalement le divorce était la meilleure chose qui pouvait lui arriver. Elle s’attachera du reste à un jeune charpentier de son quartier.

En tout cas le sentiment d’Haruka à son égard changera quand on apprendra que Tetsuro se trouve dans une maison de soins palliatifs à Osaka, terriblement malade et vivant ses derniers jours. Dans les derniers épisodes de Tora-san on assistait aux derniers feux d’une Kiyoshi Astumi lui-même terriblement malade. Et le dernier épisode gardait pudiquement à distance les circonstances de la disparition du camelot. Ototo, c’est un peu l’illustration de ce qu’aurait été un épisode de Tora-san si le sujet avait été la mort de Tora. Symboliquement, les quelques pensionnaires de la maison regardent d’ailleurs à un moment un Tora-san à la TV. Dans la saga, la mort était parfois évoquée (le plus souvent à travers la maladie ou par des cérémonies funéraires pour des personnes ayant bien vécu), mais jamais aussi frontalement. Et on peut le comprendre : utiliser la maladie d’Atsumi pour mettre en scène de son personnage aurait été inapproprié. Et finalement, Ototo permet de résoudre cette impossibilité.

Et si ce film ne fera pas partie de mes Yamada préférés, il faut reconnaître que c’est un petit bijou de tact et d’humanité que cette séquence dans laquelle Ginko (au passage, excellent Tsurube Shofukutei) se tient au chevet de son frère, dans une atmosphère quasi silencieuse que seule la respiration douloureuse de Testuro vient troubler, avant l’arrivée d’une Haruko éplorée, finalement consciente de l’importance de cet être qui, en dépit de ses défauts, il lui est impossible de mépriser. En 2008, le Departures de Yojiro Takita avait privé Yamada de récompenses pour Kabei. Il y a dans Ototo un peu comme une réponse avec ce film sombre et lumineux.

7/10

 

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