The Honest Fool (Baka Marudashi)
Yôji Yamada – 1964
Le film qui aurait pu mettre fin à la carrière de Yamada. Après deux films n’ayant pas vraiment rencontré le succès, le réalisateur est sur la corde raide, se demandant si, en cas d’échec, on ne va pas désormais lui demander de se contenter d’écrire des scénarios, domaine où il est plutôt bon. La pression est d’autant plus forte qu’on lui demande cette fois-ci de réaliser une pure comédie, genre à ses yeux plus difficile que n’importe quel autre. Il est tellement sûr que ça va être un four que le jour de sa sortie, il reste prudemment chez lui plutôt que d’assister à une projection afin de prendre la température.
Il a tort car un ami lui téléphone pour le prévenir que le film a l’air de plaire. Yamada se rend alors recta à un cinéma pour constater par lui-même : la salle est pliée de rire ! Ce sera le début d’une trilogie avec Hajime Hana dans le rôle du baka, trilogie qui permettra à Yamada d’acquérir plus d’importance au sein de la Shochiku et de transformer son contrat de manière à empêcher tout retour en arrière, c’est-à-dire en redevenant assistant directeur.
Pour le spectateur moderne, c’est un peu comme revoir une vieille comédie française d’antan, avec parfois des couleurs et un tempo un peu trop vifs. Ça demande un peu d’habitude et j’avoue que ce premier opus m’a cueilli à froid. J’ai cependant vu ce qui a pu plaire au public de l’époque. Cette profusion de personnages dans cette petite communauté que filme Yamada, ce souci du détail comique, le côté dessin animé de certaines voix, la variété des situations, un héros graphiquement réussi et attachant. Sorti après les fêtes de fin d’année, le film a dû donner un goût de prolongation de ces fêtes et permettre d’entamer l’année le cœur léger. Quant au connaisseur de Tora-san, il sera sensible au côté « madone et amour impossible », mais aussi à l’usage que fait Yamada de l’arme humoristique. Si sa grande saga à venir est moins outrancière dans ce domaine, elle n’hésite pas non plus à faire usage de procédés comiques, que ce soit de gestes, de mots, de situation ou de caractère, pour reprendre une classification bien connue.
Un film évidemment pas indispensable, mais important dans le nouveau statut qu’il permet à Yamada d’acquérir et dans la possibilité qu’il lui offre pour fourbir ses armes expressives.

















