Exit 8 (8-ban deguchi)
Genki Kawamura – 2025
Après les boucles temporelles (En boucle, Comme un lundi), place à une histoire de boucle spatiale avec Exit 8, adaptation d’un jeu vidéo dans lequel on doit trouver le moyen de sortir d’un espace se répétant à l’infini. Comme les deux premiers avaient commencé par me lasser au bout d’une demi-heure, je craignais un peu le même résultat avec Exit 8, mais finalement je reconnais que l’histoire m’a davantage captivé.
Tout d’abord par le minimalisme graphique du piège dans lequel se retrouve le personnage, une sorte de ruban de Möbius (que l’on voit d’ailleurs dans une affiche consacrée à une exposition sur Escher) prenant l’apparence d’un corridor (avec quelques virages) d’une centaine de mètres. C’est tout. Le labyrinthe dans son expression la plus minimaliste, la concentration devant se porter non sur des ramifications (qui ne sont d’ailleurs pas un problème puisqu’on sait bien que pour sortir d’un labyrinthe, il suffit de tout le temps suivre un côté), mais sur des objets composant ce maigre espace : des affiches, des portes, des bouches d’aération, des déchets, un photomaton, un quidam qui passe, et c’est à peu près tout. Il suffit d’apercevoir une « anomalie » pour que le personnage fasse alors demi-tour (c’est ce qui est demandé par une règle de jeu placardée) et puisse passer à « l’exit » supérieure (il commence à zéro), la huitième étant celle qui le fera sortir définitivement du labyrinthe. Là où En boucle naviguait à vue, Exit 8 propose cet objectif d’atteindre le chiffre 8, et j’avoue que je me suis pris au jeu, suivant la partie de ce gamer/personnage, scrutant à chaque fois l’apparition de la pancarte pour voir si le chiffre allait monter d’une unité… ou bien retomber à zéro – puisque Exit 8 est un jeu old school où la moindre erreur se paye cash, obligeant le joueur à recommencer depuis le début. J’ai donc été assez impressionné par ce minimalisme absolu qui parvient à se renouveler – au moment où l’on se dit peut-être qu’une heure et demie de ce régime, ça va tout de même être un peu long – en suivant sans prévenir un autre quidam, puis un autre personnage. N’en disons pas trop, il est plus intéressant d’en avoir la surprise.
C’est que, contrairement au jeu, il s’agit quand même d’enrober la situation avec de l’humain, avec une histoire. Et là aussi, le minimalisme tout symbolique m’a plus. On ne sait pas trop de choses du premier personnage. Dans le métro à l’heure de pointe, il n’est pas habillé comme tous les salary men autour de lui. Tout en écoutant le Boléro dans ses écouteurs (bon choix, le Boléro ayant pour caractéristique de répéter un même motif avec à chaque fois des variations/anomalies), il consulte distraitement son portable en scrollant pour voir les merdes habituelles des réseaux sociaux. C’est alors qu’à trois pas de lui, un jeune connard s’en prend violemment à une mère qui n’arrive pas à calmer son bébé qui ne cesse de pleurer. La remontrance est odieuse, elle dure, mais l’inconnu continue d’écouter le Boléro. Il sort même à la prochaine station. La décision est donc prise définitivement : il n’aidera pas la mère face à son harceleur. Or, il n’aura pas fait dix pas que la sonnerie de son portable retentita : il s’agit de son ex qui se trouve à l’hôpital pour lui dire qu’elle s’y trouve pour accoucher d’un enfant… leur enfant. Et elle veut savoir ce qu’il compte faire. Passé le choc pour reprendre ses esprits et sa respiration (on découvre qu’il est asthmatique), il se retrouve dans le labyrinthe qui devient alors la métaphore d’un choix qu’il aura à faire : soit il deviendra comme tous ceux qui marchent rapidement comme des fourmis et qui n’interviennent pas quand une mère se fait insulter par un abruti, soit il essaiera de s’extraire de ce monde individualiste, par exemple en allant voir son ancienne petite amie à l’hôpital pour accepter sa paternité.
On le voit, rien de bien révolutionnaire. Mais cette simplicité associée à celle du labyrinthe (et encore une fois, avec ce sort lancé sur deux autres personnages) fait qu’ Exit 8 fonctionne parfaitement, se payant même le luxe d’user aussi de quelques boucles temporelles, avec une ultime bien pensée et faisant plaisir.
7,5/10













