Ritsuko et les garçons

Kids on the Slope (Miki Takahiro – 2018)

Au départ voir ce Kids on the Slope ne me tentait pas vraiment. Car entre le manga et cette adaptation s’insérait celle de Shinichiro Watanabe, Monsieur Cowboy Bebop qui en 2012 s’était fendu d’une excellente version anime de douze épisodes. C’était sans doute moins parfait que Samurai Champloo mais tout de même, cette histoire d’un quatuor amoureux durant l’ère Showa sur fond d’amour du jazz avait largement valu la peine d’être regardée. Le souvenir était tellement bon que l’affiche du film m’incitait presque à ne pas tenter l’aventure de cette nouvelle version de Takahiro Miki (qui a par ailleurs fait ses débuts en adaptant Solanin d’Inio Asano). C’est que, trop souvent, on est déçu dès que des personnages issus de papier ou de cellulos sont incarnés en chair et en os. Il y a dans la conversation de l’être de papier à l’être vivant un je ne sais quoi qui rend cette conversion pesante, artificielle. Elle se veut flamboyante, nuancée, puissante, dynamique car incarnée par un acteur qui tient à montrer qu’il est autre chose qu’un être en 2D et pourtant, on en vient très vite à préférer les personnages originaux et leur version anime. Malgré cela, j’ai tenté le coup de cette version, me disant qu’au moins j’aurais toujours droit à du bon jazz et à une jolie reconstitution de l’ère Showa. L’histoire se passant dans une petite ville près de la mer, ça promettait en effet une atmosphère surannée et plaisante.

Et finalement, le visionnage s’est plutôt bien passé. J’ai effectivement apprécié l’aspect reconstitution d’une époque, reconstitution certes un peu trop policée, mais jolie tout de même, et précise dans certains détails. Ainsi dans le prolepse final qui entraîne le spectateur quelques années plus tard, en 1975, et qui permet de voir dans le coin d’une rue deux affiches de films qui sortaient justement à cette époque :

Bref, que l’on soit en 1966 ou en 1975, on est plutôt convaincu et on s’y sent bien avec tous ces décors, tous ces costumes et toutes ces pochettes de disques de jazz que l’amateur de cette musique saura reconnaître et apprécier. Tout comme l’histoire qui donne l’impression d’avoir été un copier-coller juste un peu plus condensé de la version anime mais qui permet de retrouver les moments-clés de l’histoire, avec cependant une légère différence à la fin, à ce qu’il m’a semblé.

Arrivent maintenant les acteurs. Et là, tout pouvait partir à vau-l’eau avec un mauvais casting. Mais sans aller jusqu’à dire que les frais minois de Nana Komatsu (Ritsuko) et d’Erina Mano (Yurika) font tout accepter, il faut avouer que les quatre acteurs principaux arrivent à bien camper leurs personnages, sans que le spectateur ait tout le temps en tête une éventuelle version anime antérieure. C’est ce qui est arrivé par exemple avec les versions live de Death Note qui à chaque minute souffrait de la comparaison avec la version anime. Là, ça se passe mieux, les acteurs parvenant à faire oublier leurs modèles.

Mais je reconnais, les yeux et la bouche de Nana Komatsu ont aussi une fâcheuse tendance à me rendre amnésique.

La candeur juvénile de ces premiers émois amoureux fait évidemment un peu drama. On est engoncé dans une certaine bienséance qui n’ira pas plus loin qu’un baiser chaste que Kaoru effectué sur les lèvres pulpeuses de Ritsuko (le salopard !). Point d’augustes silhouettes dénudées, juste de délicats petits coeurs que l’on devine battre à toute allure. Après, c’est tout de même bien plus que Hélène et les garçons, la présence d’un Sentaro touours prompt à faire le coup de poing ou d’un Junichi rappelant le contexte tumultueux des révoltes estudiantines, permettant de franchir le cap de la simple bluette pour jeunes pucelles attardées.

Mais plus que ces acteurs plutôt bons dans leurs rôles, la véritable star du film, tout comme cela l’avait été pour l’anime, reste le jazz. Le jazz et les instruments qui permettent de le pratiquer. Et là, peut-être avantage à la version live. C’est que voir des instruments de musique dans leur matérialité, tout de suite, ça en jette plus que de les voir imités sur cellulos. Et comme Miki a su rendre vivantes les quelques performances musicales du film, élément important car les bœufs effectués par les personnages sont censés ponctués et symboliser la communion de la petite bande d’amis, on finit par avoir dans cette version live de Kids on the Slope une adaptation non pas dispensable (comme ça avait été le cas pour Death Note et tant d’autres) mais au contraire complémentaire au manga original. Comme celle de l’anime, elle y ajoute la musique et le dynamisme. Mais en y ajoutant aussi cette matérialité des corps et des instruments, elle m’a semblé franchir une étape supplémentaire dans la restitution de cette histoire toute en, pulsation de sentiments.

Mais bon, la petite culotte d’Erina Mano dans Virgin Psychics m’a peut-être aussi rendu indulgent à vie en ce qui la concerne, tout film dans lequel elle participe étant voué à devenir automatiquement un chef d’oeuvre.

Vous l’aurez compris, les notes d’Art Blakey associées à la bouche de Mano, les couettes de Komatsu et l’histoire originale de Yuki Kodama font de cette version live une oeuvre agréable à regarder. Bien plus recommandable en tout cas que certaines adaptations récentes du style de Gintama.

7,5/10

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3 Commentaires

  1. J’aime les films de Takahiro Miki, il m’a rarement déçu. C’est un grand ado avec un regard d’adulte et qui n’a de cesse de célébrer une jeunesse romantique avec toujours une touche de fantaisie, de nostalgie ou les deux à la fois. Comme en plus j’adore Nana Komatsu et son style de jeu, j’aurais été très déçu d’être déçu, lol. J’ai bien aimé, la musique, l’histoire, l’atmosphère, et l’accent chantant de Sasebo/Nagasaki de Sentaro et Ritsuko. Ma bafouille sur le film: https://nanakomatsuhome.com/2018/09/27/jazz-en-pente-douce/

  2. Welcome aboard.
    Il est très probable que je tente prochainement le Solanin de Miki. J’aime bien les mangas d’Inio Asano, ça peut m’intéresser.
    Pour Kids on the Slope, si tu n’as pas vu l’anime, essaye de le voir, ça peut être une bonne manière de prolonger le plaisir du film, même sans Nana Komatsu !
    Je viens d’explorer ton site, je saurai dorénavant où trouver des infos sur la belle quand j’en aurai besoin. Intéressant d’ailleurs ce Kuru à sortir à la fin de l’année. En zyeutant la section galerie je me disais qu’elle faisait tout pour contrôler son image (même pas une photo en bikini, limite un scandale) mais le rôle qu’elle a dans ce film montre qu’elle peut casser cette image policée de gravure de mode. Elle avait joué d’ailleurs dans Destruction Babies, film déjà un peu glauque.

    • pour NK, si ce n’est déjà fait, il faut voir “The world of Kanako”, elle est un vrai monstre là-dedans et avec le prochain Nakashima (Kuru) niveau look, il y a du changement, lol. Il y a aussi un curieux court métrage fait par un français (Julien Levy) qui est assez surprenant. Je pense aussi qu’elle contrôle son image, elle et sa team… comme elle est officiellement une ambassadrice de Chanel (pas mal à 22 ans) sans doute qu’il y a des options qu’elle ne peut pas prendre. Ceci dit elle a fait quelques photoshoots assez étonnants…si tu as le temps fouille côté photographes comme Mika Ninagawa ou Harley Weir. @+

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