Détour par Vienne (Tora-san 41)

Tora-san 41
C’est dur d’être un homme : Détour par Vienne
Yôji Yamada – 1989

 

Après trois excellents épisodes, pas de miracle, la bonne série s’arrête. Je m’y attendais un peu, avec cette idée d’aller faire un Tora-san en Autriche. Cette idée, on la doit en partie au maire de Vienne qui, découvrant lors d’un voyage en avion la saga de Yamada, en tomba amoureux et décida d’agir pour convaincre Yamada d’aller tourner un épisode là-bas. Bon, son enthousiasme montre au moins qu’il a bon goût. Et pour le public japonais, avec 1,8 millions d’entrées, il faut croire que la magie de voir leur tekiya préféré aller traîner ses sandales du côté du pays de Mozart a dû opérer.

Cela a malheureusement beaucoup moins été le cas pour moi. J’espérais une sorte d’anti-Lost in translation, avec un Tora allant vers l’étranger – comme du reste il l’avait fait dans l’épisode de 1979 dans lequel il faisait la rencontre de l’Américain Michael Jordan – et parvenant à toucher et à amuser malgré la barrière de la langue. On a cet aspect lors d’une scène d’une minute, avec une vieille Viennoise abordée dans un parc. Mais ça ne va pas plus loin, Tora rejoignant finalement Bill Muray et Scarlett Johansson dans leurs rôles de têtes à claques qui s’ennuient dans leur hôtel (que ce film est insupportable, quand j’y pense). Le sursaut intervient quand Tora rencontre la madone du film, Kumiko (jouée par Keiko Takeshita), ainsi que son amie (interprétée par Keiko Awaji). Super, mais voilà : c’est donc une Japonaise. Quitte à faire voyager Tora en Europe, mieux aurait valu à mon sens lui faire une madone avec du sang allemand dans les veines et parlant japonais, et surtout lui faisant vraiment découvrir les coutumes locales (chose que l’on a dans les albums d’Astérix). Voir Tora se contenter d’une Cup Noodle dans sa chambre d’hôtel est amusant. Mais le voir plongé dans une brasserie festive en train de faire un « Tora-show » m’aurait davantage amusé.

On a donc un Tora se déplaçant dans un décor qui n’a d’autre utilité que d’être beau, de faire carte postale. Il y a bien le spleen de Kumiko, cette expatriée qui hésite à retourner au pays alors que son petit ami est autrichien, mais j’avoue que ça n’a pas suffi à me toucher. À la rigueur j’ai plus apprécié la performance d’Akira Emoto dans le rôle de Hyôma, salary man suicidaire que Tora a rencontré au Japon et qui accepte de l’accompagner pour ce séjour en Autriche qui devrait le regonfler à bloc. Pour lui, pas de problème à la Lost in translation. Parfaitement dans son élément, alternant musée et bal viennois où il fait la rencontre d’une jeune femme qui s’amuse de ce Japonais parlant allemand avec un accent à couper au couteau, il incarne cette joie communicative si propre à tant d’épisodes de la saga.

Dernière chose, et pas des moindres, le visage d’Atsumi. Il avait beau reprendre ses habituelles mimiques, je n’ai guère souri tant elles me semblaient moins irrésistibles, plus artificielles. Et pour cause : c’est à partir de cette époque que sa maladie (on lui diagnostiquera un peu plus tard un cancer du foie) commence à lui rendre plus rudes les tournages. Guère enjoué à l’idée d’aller jouer en Europe, il s’était cependant acquitté de sa tâche. Il subsiste en tout cas l’impression d’un Tora un peu l’ombre de lui-même.

Le film se conclut heureusement de jolie manière. Évidemment, avec un tel voyage, il y a bien moins de scènes consacrées à Shibamata (là aussi, défaut majeur à mon sens). Dans les dix dernières minutes qui permettent au spectateur de regagner ses pénates nippo-cinématographiques, Yamada fait un sans-faute. Je me suis bien marré en voyant le reportage photo que Hyôma a fait de la déconvenue amoureuse de Tora à l’aéroport, juste avant d’embarquer, j’ai été charmé par la phrase de Gozensama (décidément, depuis quelques épisodes il sort à chaque fois une perle finale sur Tora) ainsi que par la conclusion du Tekiya lui-même sur l’universalité de la vie et de ses petites choses.

Belle conclusion, certes, mais se faisant sur une histoire qui tourne un peu en rond, un peu comme une valse interprétée par un chef d’orchestre en petite forme.

5/10

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