Tora-san 40
Tora-san’s Salad-Day Memorial (Otoko wa tsurai yo: Torajirō sarada kinenbi)
Yôji Yamada – 1988
Après les agapes du réveillon, après une promenade matinale revigorante à -4°C, après avoir dégusté les traditionnels mochis du jour de l’an, rien de mieux que de visionner un Tora-san pour bien commencer l’année, d’autant que l’opus 40 reste du niveau des deux précédents.
La madone du film, Machiko (Yoshiko Mita), est une belle doctoresse qui a perdu son mari lors d’un accident de montagne. Elle et sa nièce Yuki (Hiroko Mita) font la connaissance de Tora et se retrouveront un peu plus tard à Tokyo. Comme Sakura et Hiroshi sont inquiets quant aux hésitations de Mitsuo pour entrer ou non à l’université, Tora décide de se rendre à Waseda afin de voir par lui-même si le lieu est digne de son neveu, mais surtout pour retrouver Yuki dont il sait qu’elle y étudie la littérature. Evidemment, ces retrouvailles permettront peut-être de revoir sa bijin de tante…
J’ai lu récemment dans le livre de Claude Leblanc qu’un illustre critique américain avait estimé que voir un film de Tora-san, c’était finalement tous les voir d’un coup. C’est sans doute le premier réflexe que l’on peut avoir face à une formule qui a été déclinée durant cinquante épisodes. Mais une nouvelle fois, l’intérêt, outre de retrouver et de voir vieillir des personnages, est aussi d’assister à une ingéniosité scénaristique qui permet de renouveler, même un petit peu, la formule, et de capter l’ère du temps, voire de faire preuve d’une certaine profondeur. Ainsi la vieille femme du film que rencontre Tora au début, symbole du vieillissement de la population dans les zones rurales et permettant un questionnement sur le meilleur moyen d’accompagner en fin de vie des vieillards pour qui passer leurs dernières semaines dans une chambres d’hôpital n’a rien d’évident, et encore moins d’humain. Et le regard que la vénérable jette sur sa vieille masure, alors que la doctoresse l’emmène à l’hôpital dans sa voiture, est bouleversant.

Mais pertiente aussi est cette « salade » du titre (et fort stupidement traduite par le titre français : Quelle salade !). L’année précédente, la poétesse Machi Tawara publiait Sarada Kinenbi (L’Anniversaire de la salade), recueil de tankas s’écoulant à 2,8 millions d’exemplaires. Comme elle a fait ses études à Waseda, autant dire que le personnage de Yuki, qui étudie elle aussi dans cette université et qui se pique d’écrire d’excellents tankas sur son quotidien (notamment sur sa vie sentimentale), est un double fictionnel de Tawara. Yamada a su observer un fait culturel et en faire son miel pour donner un charme particulier à son histoire, avec notamment ces incrustations de vers à l’écran pour illustrer certains détails de l’histoire. Charmant et amusant, surtout quand Tora se fend lui aussi de tankas drôlatiques ou, alors qu’il est à la recherche de la jeune poétesse en herbe, se tape l’incruste dans un amphi bondé où le professeur fait un cours sur la révolution industrielle. On a alors dix minutes de Tora-san show absolument irrésistibles.
Sinon tous les personnages commencent à prendre un coup de vieux. À chaque fois que je vois Ryû Chishu je me dis que c’est sûrement la dernière fois que je le vois. Hiroshi devient plus rond, Tako plus mince, et Sakura commence à faire son âge (Baisho a alors 49 ans et ce ne devait pas être le genre d’actrice à rehausser artificiellement sa beauté). De même Tora-san, même s’il est touchant de le voir toujours au contact de la jeunesse (que ce soit Mitsuo, Yuki ou la horde d’étudiants qu’il fait hurler de rire dans l’amphi par ses facéties), moyen de conserver une part d’éternité.
Gozensama ne s’y trompe pas d’ailleurs. Pour la deuxième fois consécutive, Yamada lui fait dire des propos très valorisants à son sujet (lui qui autrefois le gourmandait sur ses défauts) : « Rencontrer des personnes généreuses comme Tora est très rafraîchissant. J’espère qu’il ne changera jamais. »
8/10
















