La Chanteuse (Tora-san 31)

Tora san 31
C’est dur d’être un homme : La Chanteuse (男はつらいよ 旅と女と寅次郎)
Yoji Yamada – 1983

Une fois n’est pas coutume, la saga fait appel aux services d’une artiste musicale, ici la chanteuse d’Harumi Miyako dont Kiyoshi Atsumi était un inconditionnel et aurait soufflé à Yamada l’idée de lui proposer un rôle de madone.

Cela peut sembler redondant, mais d’un autre côté, que son personnage soit une célèbre chanteuse d’enka constitue une petite nouveauté parfaitement raccord à l’univers de Tora-san. Après trente critiques sur la saga, je ne me souviens plus trop si je l’ai déjà dit, mais la musique choisie par Yamada n’est pas la moindre des qualités. Outre le thème iconique du générique d’ouverture ou celui de la dernière scène qui laisse à chaque fois le spectateur dans un état de béatitude totale, il y a les différents morceaux de Naozumi Yamamoto (quelle bonne idée j’ai eu de me procurer le double cd de l’OST), mais aussi toute cette playlist de morceaux appartenant au répertoire de la musique classique occidentale. Morceaux toujours judicieusement utilisés et avec parfois un petit effet de surprise, comme c’est le cas dans cet opus avec un passage de la Symphonie Fantastique dégainé dès la séquence onirique d’ouverture. Mais il n’y a pas que cela, impossible ici de ne pas évoquer Tora qui, dans ses moments de bonne humeur, pousse la chansonnette, le plus souvent des airs populaires. Pour le spectateur occidental, on se dit que cet homme du peuple a probablement emmagasiné un nombre prodigieux de ces airs, avec aussi une aptitude — en tout cas j’ai parfois cette impression, là, il faudrait demander à un connaisseur japonais de la saga — à improviser ses propres chansons.

Et que cet épisode mette l’accent sur l’enka, ce genre mélancolique chantant le plus souvent des chagrins d’amours, rien de plus cohérent… et agréable. L’enka n’est pas particulièrement ma tasse de thé, mais associé à la magie de Yamada, j’ai été comme le reste des personnages qui assistent, lors d’une scène, à un concert improvisé dans le jardinet de la famille Toraya : sous le charme (et amusé devant la gueule du poulpe en mode fan boy déconnecté de son environnement).

Tora-san 31 ne fait certainement pas partie des meilleurs opus de la saga. Il l’aurait peut-être été si Yamada avait permis à Tora de bien participer à l’undokai, cette fête du sport qui a lieu au mois d’octobre dans les écoles et qui permet à des participer de faire équipe avec leur progéniture. La scène familiale où l’on voit Sakura et les autres associer leurs efforts pour dissuader Tora d’y participer (pour éviter bien sûr que Mitsuo ne se tape la honte) est amusante, mais rien de comparable avec ce qu’aurait été la première partie si la compétition avait été montrée, avec des bouffonneries et un fighting spirit déviant d’oncle Tora. Cette déception mise à part, les cent minutes passent sans aucun problème, avec une Harumi Miyako qui joue très bien son personnage, probablement bien aidée par les qualités de directeur d’acteurs de Yamada (m’intéresserait d’ailleurs de trouver des témoignages sur sa manière de travailler avec ses acteurs).

6,5

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