Douve rivière disloquée

Snow Flurry (Kazabana)
Keisuke Kinoshita – 1959

Haruko et Hideo, deux jeunes amants qui ne peuvent espérer se marier (Hideo est fils d’une bonne famille, les Nagura, tandis que la fille est simple servante), décident de se suicider en se jetant dans une rivière. La jeune femme cependant survit, qui plus est enceinte de son amant, ce qui oblige le grand-père du jeune homme à la garder auprès d’elle pour ne pas s’attirer une mauvaise réputation d’homme sans cœur. Un peu pour se venger, il donne à l’enfant le nom de Suteo (« enfant abandonné »). Des années passent, le grand-père meurt (il est malheureusement relayé par sa femme qui ne vaut pas mieux que lui), Suteo grandit et tombe amoureux de Sakura, cousine appartenant à la famille Nagura et disposant de toutes les qualités. L’histoire va-t-elle se répéter et conduire à de nouveaux suicides ?

Jolie petite chose que ce Snow Flurry (aka Kazabana). Je n’ai pas sorti mon mouchoir, mais c’était pas loin. À l’image de la rivière, il y a une certaine fluidité dans l’enchaînement des scènes qui présentent pourtant la particularité d’être bousculées par toute une dislocation de la narration. En gros, on commence par la fin avant d’embrayer par un flash-back qui jouera lui aussi de ruptures dans la chronologie, le tout sans que cela paraisse confus. On peut se poser la question de l’utilité d’un tel jeu avec la narration, peut-être pour illustrer formellement le titre (kazabana signifiant « rafale de neige » pour désigner la danse des pétales de fleurs de cerisiers) ? En tout cas c’est certainement ce choix qui fait que cette énième histoire de double suicide amoureux parvient à trouver une certaine originalité de forme – qui a pu faire dire qu’elle annonçait une Nouvelle Vague à venir au Japon.

Ajoutons à cela la belle musique quasi omniprésente de Chûji Kinoshita (le frère de Keisuke) qui nimbe l’histoire d’une mélancolie de tous les instants, la présence toujours rassurante (bien qu’ici impuissante à contrecarrer les plans mesquins des deux grands-parents) de Chishu Ryû et la beauté des décors filmés par Kinoshita et l’on obtient un excellent mélodrame qui commençait joliment pour Kinoshita l’année 1959, le 3 janvier précisément. Pas aussi festif que le Kouhaku, mais bien plus délicat.

7/10

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