Kaza-Hana
Shinji Somai – 2000
Shinji Somai – 2000
Pour son dernier film, Somai fait le choix du road movie qui annonce le Vibrator d’Hiroki (en 2003) ou encore le Drive my Car d’Hamaguchi (bien plus tard, en 2021) en ce qu’il s’agit de mettre dans un véhicule, deux êtres, un homme et une femme, deux écorchés vifs au présent morose et se demandant sérieusement de quoi pourra être fait leur avenir.
La question est d’ailleurs si épineuse pour ce couple – qui s’est rencontré par hasard au cours d’une nuit bien alcoolisée – qu’il n’écarte la possibilité de faire de leur escapade dans des zones enneigées d’Hokkaido l’occasion de pratiquer un de ces shinjū, ces doubles suicides qui pullulent dans les traditions littéraire et cinématographique.
Seulement, voilà, si ces doubles suicides sont souvent liés à l’amour, rien de tel (a priori), ne semble lier Yuriko, prostituée qui a laissé depuis cinq ans la garde de sa petite-fille à sa mère, et Renji, employé au ministère de l’Education qui voit sa carrière ruinée à cause d’un grotesque vol à l’étalage dans un konbini. Cependant la radieuse beauté de Yuriko, ses sourires, laissent supposer que le taciturne ex-salary man lui plaît, esquissant la possibilité d’un nouveau départ dans la vie qui éviterait un fâcheux suicide. Mais en attendant de le vérifier, le voyage en voiture sera l’occasion, et pour lui, et pour elle, de ressasser des souvenirs qui ponctueront la linéarité du récit d’une myriade de courts flash-backs.
Cela demande un peu d’habitude, les vingt premières minutes peuvent paraître un brin languissantes, pas forcément passionnantes. Mais de fil en aiguille, Somai parvient à instiller du charme dans ce lent road movie au nord du Japon, comptant encore une fois sur le rayonnement de Kyoko Koizumi qui, alors âgée de 34 ans, désireuse de mettre en veille sa carrière de chanteuse au profit de rôles au cinéma, crève l’écran par sa beauté et la simplicité mi-enjouée mi-désespérée qu’elle a su mettre dans son personnage de mère prostituée. Avec à la fin un climax poetico onirique qui, s’il n’égale pas celui de Déménagement, sait conclure de manière apaisée et élégante à la fois ce film et une filmographie qui, on le sait, aura attisée l’admiration d’un Kore-eda et susciter son envie de faire des films dans le même esprit.
7,5/10
















