La Pendaison (Kôshikei)
Nagisa Oshima – 1968
Une des plus fameuses planches des Idées Noires de Franquin est celle traitant du thème de la peine de mort, avec un bourreau qui, après avoir guillotiné un condamné, se voit lui aussi condamné à être exécuté par un autre bourreau, qui sera lui-même exécuté, etc.
Cette conclusion radicale, le condamné de La Pendaison l’aura aussi à la toute fin du film, au bout d’une heure cinquante. Mais c’est un des aspects du questionnement d’Oshima qui, dans son premier film pour l’ATG, va plonger le spectateur tenant aussi bien du documentaire réaliste (la présentation du lieu, la liste minutieuse de toutes les actions à effectuer pour bien pendre un criminel) que du récit kafkaïen (les rouages administratifs, le fait que le criminel se nomme R et, petit clin d’œil supplémentaire, le fait qu’il ait un deuxième nom japonais : K), du théâtre pirandellien (le film devient un dispositif théâtral, où tout est reconstruit artificiellement pour produire la vérité) ou du théâtre de l’absurde (les délires des personnages qui reconstituent le crime et qui, partant, révèle les fissures et les absurdités de l’institution).
Autant dire qu’il ne faut pas s’attendre à un film linéaire mais à une démonstration aussi foisonnante qu’exigeante, d’autant qu’au-delà de la peine de mort, le film questionne aussi la discrimination des coréens Zainichi dans la société japonaise ou le lien entre pauvreté et criminalité. Bref, de quoi nourrir des visionnages ultérieurs.
Pas l’Oshima le plus accessible, mais un film qui, sur le sujet de la peine de mort, n’a pas à rougir aux côtés des Sentiers de la Gloire, de Kubrick, ou du Procès, de Welles. En tout cas un film qui impose Oshima comme une figure importante du cinéma mondial en cette fin des années 60.
7/10

















