Nuit et brouillard chez les cocos

Nuit et brouillard au Japon (Nihon no yoru to kiri)
Nagisa Oshima – 1960

Après le soleil que l’on enterre, ne pouvaient plus qu’advenir la nuit et le brouillard. Je m’étais demandé devant les Contes cruels de la jeunesse ce que le film aurait donné si Oshima avait jeté un sort sur les étudiants manifestant contre le traité nippo-américain. Me voilà exaucé avec Nuit et brouillard au Japon, film que la Shochiku décida de retirer des écrans quatre jours après le début de son exploitation.

Le film a la réputation d’être le plus étonnant visuellement, d’être celui incarnant le plus l’idée d’une nouvelle vague, d’un niveau équivalent à Hiroshima mon amour, À bout de souffle ou Shadows. Usant de beaucoup de plans séquences, il systématise les flashbacks et une dramatisation toute théâtrale, avec ce mariage entre deux anciens révolutionnaires, mariage qui va faire se lever les anciennes rancoeurs, les reproches envers un désir de révolution qui ne sait plus où il va, parce que justement plongé en plein brouillard.

C’est intéressant, du moins au début, car il faut bien avouer que l’histoire, si elle a pu être vécue à l’époque comme un électrochoc par les spectateurs japonais, parle moins au spectateur un peu déconnecté des événements. Après, sans doute nul besoin d’être historien, on peut se contenter d’appréhender l’histoire comme une fable sur les éternelles dissensions politiques. Mais voilà, au bout d’un moment, ça devient un peu pénible de se taper les reproches, les récriminations de ce panier de crabes révolutionnaires. En comparaison, c’était tout juste si ce cloaque ne me faisait pas regretter celui des miséreux du sordide Osaka de L’Enterrement du Soleil. À un moment, l’un des personnages détourne le vers de Valéry à sa manière : « Le vent se lève… qu’il emporte tout ! ». Il aurait dû le faire au bout d’une heure dix, durée moyenne des pinkus militants de Wakamatsu, ça aurait permis à mon attention de mieux tenir le coup.

5/10

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