Karaoké lubrique, romancier pervers, AV idol crasseuse et autres joyeusetés

 

Commençons d’abord par un rapide résumé des six belles histoires qui composent Lala Pipo, de l’excellent Hideo Okuda :

What a fool believes : Hiroshi Sugiyama, trente-deux ans, rédacteur free-lance, s’aperçoit que son appartement mal isolé lui permet d’entendre les ébats de son voisin du dessus avec des loutes qu’il raboule chez lui quasiment tous les soirs. Commencent alors l’obsession de profiter des moindres bruits, du moindre halètement, tout en se pognant tout son soûl.

Get up, stand up : Kenji Kurino, vingt-trois ans, recruteur de filles à Shibuya, n’a pas toujours la vie facile. Certes, il peut, comme tout maquereau qui se respecte, rabouler chez lui de délicieuses bijins pour en profiter, mais ces dernières peuvent lui donner bien des soucis…

Light my fire : Yoshie Sato, quarante-trois ans, femme au foyer, est une souillon vivant dans un appartement qui est devenu un gigantesque champ de détritus. Pour s’occuper, elle se masturbe, souvent, mais après avoir rencontré un recruteur à shibuya, elle a décidé de rattraper le temps perdu sur le plan sexuel (à cause d’un mari bon à rien) en participant à des films pornos.

Gimme Shelter : Koichi Aoyagi, vingt-six ans, employé  dans un karaoké, voit son quotidien basculer quand il voit son établissement peu à peu squatté par un gang de lycéennes vendant leur art de la masturbation à de vieux pervers. Les journées sont stressantes et il ne peut espérer le soir se reposer chez lui puisqu’une voisine possède un gigantesque clébard qui n’a de cesse d’aboyer…

I Shall Be Released : Keijirô Saigôji, cinquante-deux ans, auteur de romans érotiques, aimerait bien qu’un jour un éditeur lui propose de s’adonner à la littérature, la vraie. Cela clouerait le bec à sa mégère de femme qui le méprise et effacerait les regards condescendants de ses collègues écrivains. En attendant que ce jour arrive, il fréquente de plus en plus assidûment un karaoké dans lequel des lycéennes font autre chose que de pousser la chansonnette. “Pour se documenter”, qu’il dit, mais pas que…

Good Vibrations : Sayuri Tamaki, vingt-huit ans, a pour petit boulot de retranscrire les enregistrements audio d’un vieil auteur de romans érotiques. Elle a une liaison avec un jeune rédacteur free-lance un peu paumé qui ne suffit pas à calmer les ardeurs de son derrière. Aussi décide-t-elle de faire venir chez elle un facteur désœuvré, puis un des collègues de ce dernier, puis un troisième. Ce que ces braves gens ne savent pas, c’est que Sayuri filme leurs ébats à leur insu pour les revendre à un boutiquier de Shibuya qui s’occupe de les distribuer en DVD sous de charmants titres tels que “La grosse aime se faire les rebuts”…

 

On le voit, Okuda envoie du rêve avec ce Lala Pipo roman constitué d’histoires reprenant le modèle des nouvelles avec son anti-héros le docteur Irabu, à savoir des histoires à chaque fois structurées en quatre chapitres. Si vous avez aimé l’humour de ces deux recueils, vous ne serez pas dépaysé avec Lala Pipo. On rigole bien, les tentatives acrobatiques de Hiroshi Sugiyama pour se masturber en écoutant ses voisins sont bien cocasses, on applaudit à la violente scène de ménage entre l’écrivain et son horrible femme, et la crasseuse Yoshie est tout de même assez énorme. Après, ce n’est pas non plus la gaudriole tant ces histoires présentent des aspects trashs, sordides, faits pour représenter une société un brin désespérante. “Lala Pipo”, c’est-à-dire “A lot of people”, comme l’a entendu un jour Sayuri dans la bouche d’un étranger qui lui a brièvement adressé la parole. Et derrière ce “lot of people” se cache un envers pas toujours reluisant et souvent tragique. En fait, j’ai parfois carrément eu l’impression de lire une version littéraire d’Ushijima, le terrible manga de Shohei Manabe dans lequel on plonge dans la misère sociale, sexuelle et économique de différents quidams aux métiers allant du chauffeur de taxi à l’hôtesse de bar en passant par le simple salary man. Obsession du sexe, obsession de l’argent (permettant souvent de satisfaire la première), obsession de sortir de son cercle sociale, on retrouve ces aspects chez les personnages d’Okuda le temps d’une sarabande bien maîtrisée puisque Okuda arrive à croiser les destinées de ses personnages. On songe alors à une sorte de La Vie Mode d’emploi (de Pérec) en miniature, ou bien à une version décalée et pinku de La Ronde de Schnitzler.

Un titre en tout cas précieux, le style “érotico-réalistico-humoristique” n’étant pas forcément répandu parmi les traductions d’oeuvres japonaises. Et la confirmation qu’Okuda est un auteur efficace narrativement et franchement poilant dans sa manière de trouver d’improbables détails. Tous ses livres parus chez Wombat ont trouvé par la suite une parution en poche (au Points). On croise les doigts que d’autres titres paraîtront, quand on voit la production du bonhomme, il y a de quoi faire !

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