Ma copine joue avec Zangief

Après la déconvenue Saint Seiya version Netflix, il convient de se laver les yeux avec un autre anime produit par la célèbre plateforme de streaming. Car en matière d’animation japonaise, tout n’est pas à jeter sur Netflix, loin s’en faut. Témoin, ce High Score Girl de Yoshiki Yamakawa, adaptation du manga (édité chez nous depuis peu) de Rensuke Oshikiri. L’histoire :

Haruo Yaguchi est un garçon qui ne sera jamais la star de sa classe. Peu sportif, pas très sociable, pas très travailleur non plus, il n’excelle que dans une seule chose : les jeux vidéo. Mettez-lui un paddle ou un joystick dans la pogne et le hi score a tôt fait de vaciller. Mais tout bouscule pour lui le jour où, alors qu’il lamine tout le monde sur Street Fighter II dans sa salle d’arcade préférée, il se fait lui-même défoncer par une mystérieuse adversaire, une gamine BCBG du même âge que lui, Akira Ono. Et la honte est d’autant plus grande qu’elle l’a battu avec… Zangief !

Dès cette scène inaugurale, l’anime m’a paru éminemment sympathique. Pensez ! Nous voilà plongés à la fin des 80’s, à une époque où les salles d’arcade fleurissaient et où l’on découvrait émerveillés SFII. Pour qui était ado à cette époque (et c’était mon cas), c’est l’assurance de replonger délicieusement dans une parenthèse enchantée. Certes, on ne va pas comparer non plus les salles françaises avec les japonaises, l’anime nous montre d’ailleurs des spécificités propres à ces dernières, comme l’habitude des joueurs de réserver une borne en posant directement sa pièce sur la borne ou encore les bornes placées l’une contre l’autre et permettant de faire des duels sans que les joueurs ne puissent se voir. Mais ces détails mis à part, l’anime parvient à nous rappeler la fièvre, l’excitation qu’il pouvait y avoir lorsque l’on pénétrait dans ce genre de lieu, que l’on y retrouvait ses jeux préférés où bien des nouveautés. On sent que l’auteur du manga a bien connu ces moments tant il se dégage de son histoire une authenticité certaine.

Techniquement, Yamakawa reprend l’utilisation d’Oshikiri de graphismes repris à différents jeux vidéo (ce qui n’a pas été pour le mangaka sans quelques déboires liés à des droits d’auteur, notamment avec SNK Playmore). Le réalisateur est allé puiser à la source, directement aux graphismes pixellisés des jeux réels qui sont évoqués dans l’histoire, pour les intégrer directement dans l’écran des bornes auxquelles jouent les personnages, voire carrément en plein écran, le tout avec les musiques et les bruitages d’origine. L’arcade comme on y était.

Mieux, comme Haruo n’a de cesse de vivre sa passion en continue, même quand il n’est pas en train de jouer, on a doit à des interventions de Guile (son perso fétiche dans SFII) qui agit auprès de lui comme une sorte de mentor pour l’aider à bien mener sa vie. Interventions qui ont la particularité de surgir à n’importe quel moment et d’être souvent bidonnante tant le sérieux de ce bad ass de Guile contraste avec les affres d’Haruo l’otaku. On voit Guile essentiellement mais bien d’autres lui emboîtent le pas. Un jour qu’il part à la recherche d’Akira qui a fugué chez elle (on a beau être BCBG, on peut en baver chez soi), il en vient à penser que la nuit arrive et que c’est l’heure où les hommes sont dans le centre ville pour faire la fête, pensée qui s’accompagne alors de cette image :

Tout cela fait que l’on baigne dans une pop culture vidéoludique de tous les instants, et cela n’a rien de saoulant tant c’est fait avec brio, avec un certain à propos comique. Ajoutons qu’en dehors des grands classiques (SFII, Final Fight, Mortal Kombat), l’histoire nous fait découvrir de ces jeux vidéo typiquement japonais, qui n’ont jamais pu franchir les frontières de leur pays, comme Downtown Nekketsu Kōshinkyoku: Soreyuke Daiundōkai sur NES (pardon, sur Famicom). Bref le pixel art 8bits nous saute à la gueule, et c’est ça qui est bon. En voyant High Score Girl, difficile de ne pas succomber à la tentation du retrogaming. En tout cas moi j’y suis retourné en remettant le nez dans mes émulateurs, notamment pour vérifier certains trucs, comme cette histoire de défoncer les objets du décor dans Final Fight de manière à avoir uniquement des bonus pour améliorer le score.

Downtown Nekketsu Kōshinkyoku: Soreyuke Daiundōkai

Après, dire que High Score Girl est un anime sur le retrogaming serait absurde puisque les personnages, eux, quand ils jouent à SFII ou découvrent Tekken, n’ont pas vraiment la sensation de faire du retrogaming. C’est l’autre point fort de la série, point fort qui fait que la série pourra plaire autant aux amateurs de retrogaming qu’aux joueurs quels qu’ils soient. Si ma connaissance des anime se déroulant dans l’univers des jeux vidéo est loin d’être parfaite, j’ai quand même l’intuition qu’High Score Girl est peut-êtrre un des tout meilleurs titres du genre (si ce n’est le meilleur) dans sa manière de retranscrire la passion qui peut animer un gamer ado. Joie d’avoie le dernier numéro de son magazine de jeu vidéo favori, joie de jouer à un jeu tant attendu, fantasme de jouer à un titre appartenant à une console qui n’a pas, joie des échanges de jeux entre amis, joie de jouer seul mais aussi à deux, joie tout court d’avoir cette passionn autant d’aspects que je n’avais pas retrouvé par exemple dans certaines scènes de Genshiken.

Enfin, la série aurait pu être lassante si elle s’était contentée de nous présenter un personnage de gamer enfoncé dans sa passion jusqu’à l’autisme. Or, Haruo est justement un personnage qui évolue. Les quinze épisodes vont nous le faire suivre jusqu’au lycée, en plus d’Akira il va rencontrer un autre personnage féminin en la personne de Hidaka et le duo Haruo-Akira va se transformer en un triangle amoureux à l’intérieur duquel le jeu vidéo aura une importance capitale. Un exemple parmi tant d’autres, le RPG fait maison que Haruo fait parvenir à une Akira au brod de la dépression. Apparemment, la Super Famicom possédait déjà une sorte de RPG Maker et Haruo décide de s’en saisir pour livrer à la jeune fille un moyen de la réconforter qui sonne aussi comme une déclaration d’amour inconsciente. On est bien face à un otaku avec ses obsession vidéo ludique, mais un otaku qui garde en lui une petite porte donnant accès à une certaine sociabilité et à une possible vie privée. Et c’est la même chose pour Akira et Hidaka, les deux high score girls de l’anime, qui n’ont de cesse de s disputer les meilleurs scores tout en se disputant la personne de ce tocard d’Haruo.

High Score Girl est véritablement une petite réussite. Une histoire d’amour fraîche baignant dans le pixel art, rafraîchissante et jamais cucul. On attend du coup impatiemment la saison deux qui ne devrait pas tarder (normalement courant automne).

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