Brûle ton inspiration, Seiji !

Il est certaines choses qui ne changent pas, et c’est tant mieux. Témoin Olrik the 3rd, 8 ans, qui découvre en ce moment Saint Seiya, je veux parler ici de la série TV originale. Et Olrik jr, 14 ans, qui l’avait déjà vue, lui emboîte volontiers le pas pour s’enquiller de nouveau l’intégralité des épisodes.

Et puis, voilà, on apprend que Netflix sort une nouvelle version de six épisodes. Mes gosses allaient-ils succomber aux sirènes de l’animation 3D ? Que non pas ! Ils commencent à regarder le premier épisode et le verdict est très vite tombé juste après cinq minutes :

OLRIK JR – Bon, on arrête ?

OLRIK THE 3RD – Ouais, c’est pourri.

Pas mal de monde est tombé à bras raccourci sur cet étron télévisuel et franchement, c’est largement mérité. Plaignons ceux qui tentent de se faire l’avocat du Grand Pope en tentant de minimiser et même en s’efforçant d’y trouver des points positifs, mais qui ne voient pas combien la série originale avait infiniment plus de souffle. Eh oui ! il ne suffit pas d’avoir une animation créée avec les derniers moyens informatiques (animation d’ailleurs à relativiser tant on a l’impression de voir des cinématiques de jeux vidéo) pour susciter l’intérêt. La série originale ne disposait que des moyens d’animation propres au canon des série TV de l’époque, c’est-à-dire une animation de fortune, avec peu d’images par seconde, mais le rythme d’enchaînement des plans, des situations, associé au développement d’une histoire sur plus d’une centaine d’épisodes, rendait le tout plaisant, voire captivant à suivre.

Et pas qu’à cause de l’opulente poitrine de Saori (si jamais une version live voyait le jour, il faudra songer à embaucher cette cosplayeuse).

Et puis, il y avait la musique. Les critiques de la série Netflix ont souvent oublié cet aspect, préférant pointer les incohérences scénaristiques ou le graphisme hideux. Mais la musique originale, merde ! La musique de cet homme :

Seiji Yokoyama (1935-2017)

Eh bien, je pose la question, qu’aurait été la série sans cette musique ? On peut ricaner ou sourire en coin quand on évoque Saint Seiya, car après tout on a le droit de trouver décidément bien ridicule cette histoire mêlant mythologie, combats épiques et signes astrologiques. Mais on ne peut reprocher à la série d’avoir manqué d’ambition concernant la bande originale, et finalement d’avoir fait preuve de respect vis-à-vis de son jeune public. On trouve cette B.O. rien moins que sur cinq CD (huit si on ajoute les B.O. des films), c’est dire si les différents réalisateurs de la série n’ont pas dû s’arracher les cheveux pour trouver un morceau accompagnant telle ou telle scène. Passages comiques, lyriques, dramatiques ou épiques, dozo ! il y a juste à piocher parmi les 70 morceaux et quelques concoctés par Yokoyama. 70 renvoie d’ailleurs aux pistes de ces CD. Or, comme certaines pistes sont parfois composés de plusieurs thèmes, il serait plus juste d’évoquer le chiffre de 100 thèmes pouvant être utilisés !

Un peu sous le charme du revisionnage de la série par les kids, je crois avoir à peu près tout réécouté ces derniers jours. Evidemment, se taper tout cela in extenso ne va pas sans avoir une impression de redite, certains thèmes semblant beaucoup se ressembler, comme ceux dans lesquels on entend la voix de cette bijin :

Kazuko Kawashima dont on entend la voix dans le thème de Hyoga ou dans celui intitulé Yume no naka ni :

Mais à côté de ces quelques effets de répétition, sans doute inévitables, ce qui frappe c’est la grande variété instrumentale. Evidemment, quand retentit le morceau peut-être le plus emblématique de la série, à savoir Tobe Pegasus ! (Vole ! Pégase !), on se dit que l’héroïsme de Seiya ne pouvait pas avoir de meilleure illustration sonore que ces nappes de cordes répondant à de rutilants cuivres. Mais l’utilisation d’instruments plus modernes comme la guitare électrique ou la batterie est totalement pertinente, accentuant cette impression d’un mouvement inarrêtable, un peu comme le galop de Pégase finalement.

A côté de la batterie, ajoutons à la liste des instruments utilisés par Yokoyama dans d’autres morceaux la guitare électrique mais aussi la basse, l’harmonica, le synthétiseur, la mandoline, la harpe, le piano, le xylophone, etc. Musicalement, Yokoyama semble avoir eu toute latitude pour enrichir ses compositions de tous les instruments possibles et imaginables.

Variété des instruments donc, mais aussi variété des ambiances sonores. Avoir que des thèmes épiques auraient été lassant et Yokoyama a donc largement illustré des moments plus intimes, parfois plus mélancoliques comme ce Hilda de Polaris, dans l’arc d’Asgard, censé retranscrire la solitude de la princesse d’Hilda ainsi que celle de son peuple vivant dans les territoires glacés d’Asgard :

Balmung no Tsurugi wo Motomete est quant à lui parfait pour retranscrire l’inquiétude des personnages ou un certain pathétique, quand le spectateur a l’impression que la situation est mal embarquée pour les héros.

On pourrait multiplier les exemples mais ce serait inutile. Comprenons juste que tout cela participe d’un enrobage sonore toujours pertinent, en parfait adéquation avec ce que l’on voir sur l’écran et qui fait oublier toutes les lacunes techniques liées au graphisme, à l’animation ou même à la réalité de ce que constituent les combats de ces héros en armure. Car il ne s’agit pas de combats de boxe en plusieurs rounds. Il s’agit le plus souvent de pulvériser son adversaire par le biais d’un coup spécial. S’il rate, on le retentera encore et encore jusqu’à ce que la puissance atteinte balaye l’adversaire du jour. En soi un combat peut-être très rapide mais comme il faut tenir la distance d’un épisode de 22 minutes, quelque fois 44 quand l’adversaire est coriace, il y a intérêt à tricoter avant le duel, pendant et après. Il faut faire durer le plaisir, créer des flashbacks ou des dialogues dans lesquels les adversaires prolonger la joute, le tout accompagné de musiques permettant de relancer l’attention du spectateur quand celle-ci viendrait à faiblir. J’ai ici en tête les notes qui retentissent souvent quand on pressent que le coup lancé par un des héros est un peu l’ultime chance pour remporter le combat. La dramaturgie est à son acmé, le cosmo brûle de ses derniers feux pour un quitte ou double qui sera mortel pour l’un des deux protagonistes. Il s’agit une nouvelle fois du morceau Tobe ! Pegasus ! mais cette fois-ci dans sa dernière partie (à 3’00 exactement) :

Je me souviens que lorsque j’étais gosse, j’avais toujours un petit frisson de plaisir quand retentissaient ces notes. De même pour celles d’Aratanaru seiun, morceau que l’on entendait en plein cliffhanger à la fin des épisodes d’Asgard :

On est là dans une sorte de suspense épique qui invariablement faisait rager quand on comprenait qu’il allait falloir attendre une semaine avant le prochain épisode. Avions-nous alors envie de connaître la fin d’un combat ou simplement de nous replonger dans une ambiance sonore aux accents wagnérien mais un Wagner pratiquant la batterie et les riffs de gratte électrique ? Sans doute un peu des deux. 

Dans tous les cas, Saint Seiya, c’est le bien. Et fuyez la version Netflix, malheureux !

 

Lien pour marque-pages : Permaliens.

Laisser un commentaire