Bijins de la semaine (58) : les “chemisiers blancs”

Il faut bien le reconnaître, après mon scepticisme par rapport aux agissements d’une meute éructante supposée représenter « le peuple », je commence presque à les apprécier, moi, ces gilets jaunes. C’est que je me suis aperçu en fait qu’ils avaient un sens indéniable du spectacle. Pas celui consistant à fracasser des vitrines de magasins d’honnêtes commerçants qui n’ont rien demandé à personne, non, entendons-nous bien, il s’agit plutôt de celui visant à effectuer des numéros de danse. Pas sophistiqués les numéros, ça non, on ne le tient pas encore le Nijinsky des gilets jaunes, mais des numéros faits « à la bonne franquette » pour s’en payer une bonne tranche. Et quand en plus certains gilets jaunes ont la bonne idée d’organiser entre eux des fights clubs (voir mon immense respect pour ce film) :

… là, moi je dis banco ! Je file me prendre un paquet de pop-corn et je mate, tout en faisant défiler leurs derniers délires complotistes sur Twitter en me disant : « Y’a bon ! Mais jusqu’où iront-ils ? ».

Mais je sais, on peut ne pas toujours goûter les facéties des gilets jaunes. La semaine dernière, j’avais présenté les mirifiques « gilètes jaunes » pour essayer hypnotiser les plus réfractaires en leur faisant aimer cette belle couleur.

Allez, juste pour le plaisir. Après tout, il pleut et il fait froid dehors, on le mérite bien.

Las ! si votre esprit n’est pas aussi déviant que le mien et ne vous a pas amenés à apprécier les numéros de danse des gilets jaunes ou leur fight club, si les bikinis jaunes n’y ont rien fait, c’est que le jaune n’est définitivement pas votre couleur ! Aussi, afin de vous aider à vous purger les mirettes, ai-je décidé aujourd’hui d’enchaîner avec un deuxième article « bijin de la semaine » (assez rare pour être noté, je crois que c’est une première) ! Laissons les Gilètes Jaunes se trémousser en bikini sur la plage, faisons place aux…

chemisiers blancs !

Je m’étonne d’ailleurs qu’elles n’aient pas eu droit plus tôt à un numéro de ma collection. Version bijinisée de nos cols blancs, ces chemisiers blancs sont évidemment ce que l’on appelle là-bas les “office ladies” (aka OL, オーエル), ces femmes tirées à quatre épingles travaillant dans des bureaux, payées parfois pour apporter simplement le café à leurs collègues masculins, mais ayant de plus en plus un cursus universitaire leur permettant de poser leur main gracile sur des postes importants, voire de devenir de véritables « career women ». Bref, attention, un chemisier blanc, ce n’est pas qu’une potiche avec un sourire de façade, cela peut aussi être une sérieuse concurrente et même une redoutable meneuse à qui il faudra bien un jour accepter d’apporter le café :

-Hmm, ton café est de jour en jour meilleur, mon petit Tanaka kun, mes compliments !

– Glp !

Quant au potentiel érotique, je l’ai perso tout de suite compris quand cette vieille pub pour les biscuits Mikado est un jour apparue sur nos écrans :

Cela fait partie des trucs que j’ai vus aux alentours des années 2000 et qui n’ont pas peu contribué à me donner envie de me rendre un jour au Japon. Dans l’univers aseptisé des bureaux fait de sonneries de téléphone, de tonnes de dossiers à gérer, d’ordres émanant de kacho pas toujours bien amènes, elles sont la petite touche sensuelle qui apporte un peu de chaleur au cœur… ou dans une certaine zone du pantalon :

Dans mes rêves les plus fantasmatiques, c’est le genre de scène que j’imagine quand je rêve que je suis devenu un salary man.

Evidemment, on est loin d’une Gilet Jaune dansant le Madison sur un péage d’autoroute tout en bramant des insultes aux véhicules passant sans arborer du jaune sur leur tableau de bord. A noter cependant un point commun. Car en effet, lorsqu’un groupe de chemisiers blancs passe aux abords d’un carrefour (rappelons qu’il n’y a pas de ronds-points au Japon), on observe illico un ralentissement de la circulation :

Plus d’un conducteur s’est ainsi vu être la cause d’un accident pour avoir voulu appuyer trop fort sur la pédale de frein afin de bien profiter de la vue. Mais là s’arrête la comparaison avec les Gilets Jaunes. Récompensées de leur dur labeur, elles disposent à la fin du mois d’un salaire confortable leur permettant de s’acheter ce qu’elles veulent, d’aller manger où elles le désirent, bref de se faire plaiz, sans que la nécessité de se trouver un homme pour fonder un foyer tourne à l’obsession. Contre une idiote pression familiale, contre les vieux barbons de l’etablishment, les chemisiers blancs opèrent une révolution douce (1) tout en compensant agréablement la grisaille du paysage urbain fait de bitume, d’enseignes criardes et de câbles électriques disgracieux. Pour cela grâce leur en soit rendue. Combien de fois, lors de mes promenades japonaises en plein cagnard, ai-je été subitement ragaillardi par une douce effluve et la vision d’une silhouette élégante en tailleur et trottant de manière à hypnotiser illico mon esprit ? Et ce sans jaune fluo ! En vérité les salary men ne connaissent pas leur bonheur…

(1) Voir l’excellent essai d’Anne Guarrigue, Japonaises, la révolution douce.

 

 

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