Les Amants mouillés (Tatsumi Kumashiro – 1973)

Jeune homme en cavale après avoir tué un yakuza, Katsu échoue dans son village natal pour essayer de vivoter incognito en attendant que l’orage passe. Epongeur de foutre dans un cinéma porno, il ne reste pas insensible au charme de la patronne, même si la relation n’a pas l’air  d’aller plus loin que de simples parties de jambes en l’air expédiées à la va-vite dans la cale d’un chalutier. Un jour, il croise la route de Yuko et de Mitsu, surpris à forniquer dans des fourrés. Il les mate sans retenue, se fait tabasser par Mitsu, mais très vite une étrange amitié va s’instaurer entre les trois personnages…

 恋人たちは濡れた (Koibito-tachi wa nureta / Lovers are wet / Twisted path of love)

Avec la récente opération Roman Porno Reboot, on se demandait à quoi pouvait ressembler un hommage décent au genre, comprenez qui reprend certains de ses motifs tout en conservant la part d’expérimentation permettant à un réalisateur de lui insuffler un quelque chose propre à faire d’un simple film érotique un objet filmique intéressant. A mon sens, Sono et Shiota s’y sont cassés les dents, s’essayant à une audace formelle ou narrative un peu trop appuyée et au final décevante (et épuisante dans le cas de Sono).

Et pourtant, quand on voit ces Amants mouillés de 1973, on se dit que c’était alors tout con de faire un roman porno satisfaisant aussi bien dans son érotisme que dans son approche auteurisante pour en faire quelque chose de marquant. Vraisemblablement influencé par les films d’Oshima, Kumashiro réalise un film dans lequel les personnages apparaissent comme des histrions anticonformistes et sans illusions sur le monde. Katsu peut tringler sa patronne, cela ne débouchera sur aucun sentiment envers elle.

La patronne derrière son comptoir (et qui a manifestement oublié de remettre ses frusques après ses ébats avec Katsu)

De même, lors de sa rencontre avec Yuko et Mitsu en train de copuler en pleine nature, son voyeurisme nonchalant montre combien sa conduite se fait dans l’instant sans aucune préoccupation de ce qui peut être bienséant ou non de faire. Plus tard, lorsque le couple lui présentera une potentielle petite amie, il mettra rapidement fin à une discussion intime dans un bosquet en la violant à même le sol.

Pas bien malin, on se retrouve après avec le cul fripé et terreux.

Quelques scènes plus tard, rebelote avec la même, cette fois-ci sur le sable :

Oui, on aime à se salir en pleine nature dans Les Amants mouillés.

Personnage n’éprouvant aucun intérêt pour son passé (lors de son retour à son village, il ne ressentira même pas le besoin de recontacter sa vieille mère), n’ayant aucun intérêt pour son avenir, il ne voit que l’instant présent pour donner un semblant de sens à sa vie. Ce « sens » prend donc la forme de copulations diverses et variées, mais aussi de chansons paillardes interprétées en public sous le nom de scène de Sex Animal, devant un public de marins pêcheurs circonspect :

Oh yeah !

… ou encore en faisant dans les dunes une partie de strip saute-moutons avec ses deux amis :

 

Quelques screens pour vous donner envie de pratiquer entre amis ce jeu auquel on ne pense pas assez.

Scène marquante par son idée, par sa longueur (il le font jusqu’à épuisement) mais aussi par son usage d’un double cache pour censurer la toison de Rie Nakagawa. Sur certains plans on voit clairement qu’un filtre flouté a été utilisé. Mais Kumashiro ne s’en est pas contenté, grattant directement la pellicule pour obtenir un machin blanc qui, associé à un troisième type de masque pour censurer :

WTF ?!

… contribue assez à montrer l’ironie de Kumashiro envers la censure mais aussi combien son intérêt se porte davantage sur la peinture de ces êtres un peu vides mais attachants, que sur l’éroticisation de leur morne quotidien. Je crois que c’est dans le bouquin de Weisser que l’on trouve cette phrase qui lui est attribuée : « mes films parlent de personnes, pas de biologie ». La biologie est cependant bien présente, mais il est vrai qu’en comparaison avec d’autres roman porno, l’amateur de scènes affriolantes jouant de la plastique avantageuse de starlettes de la Niquatsu en sera peut-être pour ses frais avec ces maudits caches. Reste tout de même chez Kumashiro un certain sens de la composition qui permet encore une fois de rendre marquantes certaines scènes.

La meilleure : Katsu faisant le peeping tom… à un mètre de sa cible !

Le film pourra ne pas plaire, on pourra trouver un peu prétentieuse et vaine cette expérimentation auteurisante louchant sur le cinéma d’Oshima. Mais si on est un peu lassé des facilités, des répétitions propres au genre du roman porno, nul doute que Lovers are Wet apparaîtra comme un de ces titres ayant contribué à l’intérêt du genre.

Il existe plusieurs éditions des Amants mouillés, d’abord en DVD chez Kino, avec des sous-titres anglais. Sinon, si l’absence de sous-titres n’est pas un problème, signalons la réédition, en blu-ray s’il vous plaît, chez Happinet.

7/10

 

J’allais oublier sinon : à tous…

Akemashite omedetou !

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4 Commentaires

  1. Il a du sortir en France en 1999.
    Mais, impossible de trouver une copie quelque part.
    Rageant car Kumashiro est vraiment un remarquable réalisateur.

    • Etonnant. Jamais fais gaffe à une telle édition. Et en faisant une rapide recherche je n’en vois nulle trace. En tout cas il n’est pas sori lors de la collec Roman Porno chez Wild Side.

  2. Effectivement, il n’est peut-être pas sorti en dvd mais au cinéma. J’ai souvenir d’un cycle pinku dans les années 2000 dans un cinéma arts et essais…
    Bon, je le remets dans la pile

    • Oui, ce devait être à la période au Sayuri Strip-Teaseuse et Désirs Humides étaient sortis en France. Assez impensable quant on y pense d’avoir eu un tel mini-cycle Kumashiro.

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