Man, Woman and the Wall (Masashi Yamamoto – 2006)

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Envie de voir un pinku récent fait avec trois francs six sous mais qui vous donnera l’impression à la fin de ne pas avoir perdu votre temps ?  N’allez pas plus loin, Man, Woman and the Wall (titre international plus pertinent que Kikareta Onna, « la femme écoutée ») est fait pour vous. D’ailleurs, s’agit-il bien d’un pinku ? On devrait plutôt parler ici d’un thriller sexy tant les scènes érotiques sont maigres finalement (mais ce qui n’est pas le cas de la plastique de l’actrice principale, rassurez-vous). Et le réalisateur, Masashi Yamamoto, n’est pas vraiment connu pour être un spécialiste du genre. Tout au plus un pinku en 1975, Tampon Tango dans lequel il est question de, euh… de tampon et c’est tout.

Une chose est sûre, sur le canevas du petit malin utilisant la technologie pour fourrer sa truffe partout (on pense notamment à Blow Out et Conversations Secrètes, toute proportion gardée bien sûr), Yamamoto parvient à faire un honnête petit film d’une heure vingt que l’on n’aura même pas honte de regarder en compagnie de madame (enfin, faut voir), ce grâce à des petites idées qui contribuent à faire sortir du lot ce métrage de 2006. Rapidement, voici l’histoire :

Ryo, un jeune journaliste, vient juste de s’installer dans un nouvel appartement. Il est content car c’est la première fois qu’il s’installe dans un appart’ disposant d’une baignoire. Le hic, c’est que les murs entre les appartements sont beaucoup trop fins et qu’il entend tout, notamment ce que dit et fait sa voisine. D’abord contrarié, il ne tarde pas à être obsédé par elle quand il l’entend un soir faire des bruits particuliers avec son petit ami. Mais l’obsession tourne à l’inquiétude quand il comprend que la belle reçoit des appels d’un type encore plus gravement atteint que lui et qui la menace de la violer un de ces quatre. Or, il s’avère que le type n’est autre que le petit ami, Yuta, sinistre individu qui prend un malin plaisir à faire flipper sa copine avant de la retrouver chez elle pour jouer au chevalier blanc consolateur. Ryo décide alors de venir en aide à la jeune femme en mettant au point un piège pour démasquer la petite ordure. Parallèlement, il sentira naître envers elle des sentiments d’une autre nature…

Un pervers à la main chaude

man-woman-wall-5Dans la première demi heure, on voit donc le jeune homme obsédé par sa voisine, écoutant le moindre son provenant de son appartement, accompagnant parfois le plaisir auditif à un plaisir palmaire. Le film n’est alors guère différent de toutes ces histoires présentant des marginaux du sexe trouvant des plaisirs dans les bras d’une poupée gonflable. La chair n’est guère présente mais ce n’est pas grave puisque l’imagination y suppléé largement. C’est cet aspect que Yamamoto parvient astucieusement à montrer. Car tout est montré à travers l’imaginaire de Ryo. Ainsi, lorsque l’on accède à l’appartement de Satsuki, c’est ainsi qu’il est représenté :

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Une bonbonnière flashy qui s’avérera ne pas être ce qu’est réellement son appartement. Tout à ses fantasmes à deux balles, c’est du moins ainsi que Ryo se l’imagine. De même lorsqu’il l’entendra faire l’amour avec son copain, on aura droit à une petite collection de postures tout droit sortie de la première AV venue. Surtout, il prêtera des traits à la jeune femme qui ne sont pas les siens puisqu’il n’a pas encore eu la chance de la voir. Du coup, ce n’est pas Sora Aoi que l’on zyeute dans cette première partie mais cette actrice :

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Shou Nishino (pas non plus un laideron)

Et l’obsession perverse franchit un cap quand Yamamoto va faire les poubelles pour y chopper des rognures d’ongles, va chercher désespérement à quoi ressemble réellement sa voisine (il y parviendra en faisant tous les family restaurants de son quartier ; dès cet instant la jeune femme aura les traits de Sora Aoi) et lorsque Yamamoto choisit de nous le montrer dans ces scènes :

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 L’imagination fait tellement bien son travail qu’il devient comme transporté de l’autre côté du mur. Célibataire, il se donne l’illusion de vivre en couple avec Satsuki  et même de la culbuter lorsque ces plans nous montreront son visage dans ses séances de masturbation alors qu’au même moment, de l’autre côté du mur, Yuta le petit copain fera consciencieusement ce qu’il a à faire :

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Avec évidemment un échange de visage au moment de l’orgasme :

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Cette gradation des pouvoirs de l’imagination occupe la première demi-heure et réussit parfaitement à capter l’attention du spectateur qui, tout en étant lui-même dans la peau d’un voyeur, suit amusé les agissement d’un garçon somme toute assez sympathique.

Charles II et Ruy Blas

Oui, oui, vous avez bien lu. Si vous avez aimé ce film :

la folie des grandeurs 1973 rŽal : GŽrard Oury Collection Christophel

Enfin, je veux dire cette pièce :

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Alors vous apprécierez forcément Man, Woman and the Wall puisqu’on peut le voir comme une version pinku de la pièce d’Hugo. Bon, c’est du moins le petit délire que je me suis permis  en suivant le déroulement de l’action. Ruy Blas, pour rappel, est l’histoire d’un vil laquais qui va se la jouer grand seigneur pour conquérir une reine qu’il aime sincèrement, mais qui est en même temps manipulé par un ignoble individu qui veut se venger d’elle. Eh bien là, c’est en fin de compte tout pareil. Ryo est un vil pervers masturbateur qui va se la jouer jeune homme protecteur plein de charme et d’humour pour servir sa reine à lui, sa Dona Maria de Neubourg pinku’s way :

Sora Aoi

Plus romantique qu’un sonnet de Musset, une bijin dans un champ de fleurs !

A noter que la belle est joué par Sora Aoi, actrice bien pourvue par la nature s’il en est et icône du monde du porno. Il est d’ailleurs croustillant que Yamamoto ait choisi une telle actrice. Car le spectateur mâle amateur de scènes de fesses et connaissant le pedigree de l’actrice attend forcément qu’elle soit employée dans un nombre considérable de scènes olé olé. Or, un tel spectateur en aura forcément pour ses frais puisque Sora Aoi ne sera vue que très peu dans le plus simple appareil et n’aura qu’une scène de sexe, scène d’ailleurs peu aimable puisque Yuta sera aussi brutal que vulgaire. Du coup, il y a un peu de frustration et l’on partage un peu l’exaspération de Ryo.

Pour le copain, c’est évidemment lui qui entre dans la peau du fantoche Charles II. Bien que trempant son biscuit de temps à autre, il est avant tout un bien piètre petit copain officiel, conseillant mollement à Satsuki d’aller voir les flics et l’écoutant à peine dans un scène au resto, tout occupé qu’il est à répondre à des appels. Dans la deuxième demi-heure, le fossé se creuse toujours mais Satsuki, dont on sent qu’elle aimerait bien aller finalement dans les bras de Ryo, lui reste malgré tout fidèle, comme liée à son petit ami officiel. Liée dans tous les sens du terme d’ailleurs.

Quant à Don Salluste, il est évidemment aussi joué par Yuta puisque le drôle est à la fois l’amant et le persécuteur. Il ira même jusqu’à s’associer Ryo/Ruy Blas en débarquant chez lui pour lui remettre ceci :

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Une enveloppe avec des biftons.

Comme Don Salluste, il a parfaitement compris que ce voisin bande sec pour la jeune femme et qu’il sera facile à débaucher pour exécuter une méprisable action : se la taper en échange d’une petite fortune. Heureusement, Ryo n’acceptera pas mais la proposition très crue de Yuta résonneront désagréablement en lui et entendre sa voisine pousser des cris de plaisir durant ses ébats lui deviendra dès lors parfaitement insupportable.

Un drame romantique qui finira bien ?

Dans les vingt dernière minutes Ryo et des amis mettent en place un piège dans l’appartement de Satsuki pour couler définitivement Don Salluste. Ce ne sera pas exactement comme l’original mais du moins y a-t-il une rixe à l’arme blanche dont Ryo sortira vainqueur avec un ami un peu voyou, son Don César à lui qui emmènera Yuta non pas dans l’enfer du désert comme à la fin de la Folie des Grandeurs mais dans celui du remboursement de dettes. Par contre, tout comme dans Ruy Blas, il y aura à la fin cette ultime question : une fois Ryo démasqué par Satsuki, une fois que cette dernière découvrira que l’aimable jeune homme n’est qu’un vil laquais, je veux dire un vil pervers qui utilise du matériel perfectionné pour écouter chez elle, eh bien une fois la découverte de cette facette de sa personnalité dévoilée, acceptera-t-elle de l’aimer pour ce qu’il est ou bien l’enverra-t-elle définitivement balader ? Ultime nœud (sans mauvais jeu de mots) qui conclura 80 minutes d’une intrigue plus sexy qu’érotique fleurant bon un certain amateurisme dans le jeu des acteurs mais finalement assez prenante et bien pensé dans sa première partie avec sa représentation des pulsions libidineuse d’un pervers voyeur.

6/10

Voilà pour ceux qui aimeraient ne pas connaître la fin. Pour les autres :

Après avoir découvert que Ruy Blas n’est qu’un espion érotomane qui aime à écouter ses petits cris lorsque Charles II  daigne lui faire tâter de son vit, Dona Maria de Neubourg se tâte :

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Expression pas forcément à ne prendre qu’au sens figuré.

Elle se tâte tout en sachant que Ruy Blas est sûrement en train d’écouter tout en se faisant certaines choses. Elle comprendra alors une chose : au diable son statut de laquais pervers ! Et son cœur penchera alors pour une solution radicale : le retrouver en douce chez lui, l’accepter tel qu’il est :

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et faire tomber le « rideau » d’une manière toute personnelle :

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Tout comme Ruy Blas, Ryo pourra lui aussi dire « merci » à la fin.

A noter que la version blu-ray commet l’audace de caviarder un ultime plan que l’on retrouve dans la version DVD. La frustration du spectateur montera d’un cran à la fin avec la nouvelle version.

Du même tonneau (ou presque) :

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8 Commentaires

  1. Y a Sora Aoi dans le coin. Forcément qu’I.D. se radine les fesses rect-di. Qu’est-ce que j’ai à parler de moi à la troisième personne ? Bref. Il est certain que dans ce ménage à trois, j’aurai volontiers la place du numéro deux, aussi salaud qu’il soit. Quoique ne connaissant pas le dénouement, celui qui tient la chandelle en se paluchant a moyen de renverser la tendance… tin-tin ! Tu me donnes envie de le choper pour découvrir l’aboutissement de ce thriller dénudé, véritable remake de Ruy Blas. Y a quelques idées pas mal sur lesquelles tu t’arrêtes que je trouve intéressantes. Par exemple, le mec qui fantasme une nana qu’il n’a jamais vu et l’utilisation de deux actrices, celle de son fantasme et sa vraie voisine en chair (surtout) et en os. Damn, Sora Aoi… c’est tout de même autre chose que tes bijins classieuses à la Truffaut. Bien que je ne sois pas insensible non plus à cette (dernière) beauté décédée trop tôt.

    Sans ça, sachant que tu causes jeu d’acteur, j’ai eu l’occasion de voir Sora Aoi dans certains films (pas que de boules) que je trouvais convaincante en tant qu’actrice. Dommage qu’ici, elle semble passée à côté. Serait-ce dû à la direction d’acteurs ?

  2. Je crois n’avoir vu Sora et ses seins refaits que dans Erotic Ghost Siren où elle jouait une créature surnaturelle et dangereuse. Difficile de me faire une opinion sur son jeu d’actrice car dans le film je crois me souvenir qu’elle ne décoinçait pas un mot (film dispensable au passage) :

    Je crois quand même qu’il y a des films où effectivement la jeune fille fait montre de prestations pas déshonorantes (peut-être « Tsumugi » et « Love Twisted ») Si tu en as vus, balance-les. Je sais qu’elle a joué dans un autre film de Yamamoto, Three Points :

    J’aimerais bien le vois mais c’est un peu chaud pour se le procurer.

    Dans Man, Woman and the Wall, c’est pas sensass mais franchement j’ai vu tellement pire dans ce type de production. Ah ! Je me souviens aussi l’avoir vue dans un drama jouant le rôle d’une fliquette :

    Le truc s’appelle Shimokita Glory Days et est lui aussi dispensable. Quitte à se rincer l’oeil, autants e mater Jyouou, autre drama où Sora a quelques scènes intéressantes (en compagnie d’une pléthore de créatures issues du monde du X ou de la photo de charme).

  3. Parce qu’ils sont faux ! Tu détruis un mythe, celui du naïf qui l’avait érigé. Quant à son jeu d’actrice, je pensais notamment à « Tsumugi ». Je l’avais trouvé convaincante. Après ça… pas grand-chose. En fait, je me rends compte que je n’en ai pas vu tant que ça et sa prestation dans « Revenge: A Love Story », c’est accessoire. Sinon, j’en ai entendu dire du bien dans « Toruso ». « Tree Points » me botte bien, tiens. J’étais également tenté par « Raw Summer » qui m’a l’air dans une veine plus « déjantée ». Pour les drama, faudrait que je m’ouvre enfin à la chose. Et si « Shimokita Glory Days » semble dispensable, ce que tu écris de « Jyouou » éveille une certaine curiosité, y a du cast’.

  4. Elle était très bien dans Splash.

  5. Dingue comme un article bien écrit peu donner envie de regarder un film à budget riquiqui et jeu d’acteur moyen !

  6. Merci mais aucun mérite. La douce Sora m’avait promis cette petite récompense si je me surpassais pour vanter les mérites de ce film.
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    Du coup, ça motive.

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