Eureka (Shinji Aoyama – 2000)

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Un raz-de-marée va venir. Tout le monde mourra.

Ce sont les premiers mots d’Eurêka, mots qui entrent évidemment en résonance avec les événements de 2011 mais qui dans le films annonce un événement dévastateur juste pour 8 personnes : un homme prend en otage un bus et, avant d’être abattu par la police, parvient à tuer quatre de ses passagers. Les seuls survivants sont Sawai le conducteur, un adolescent, Naoki, ainsi que sa sœur, Kozue, qui est le personnage qui prononce les paroles inaugurales.

Ce raz-de-marée, ces trois personnages le prenne dans la figure dès le premier quart d’heure. Il leur restera dès lors trois heures et quart pour essayer de surmonter le traumatisme, de trouver la petite étincelle, le « eurêka » du titre pour redonner un sens à leur vie.

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Kozue (jouée par une Aoi Miyazaki de 15 ans), Naoki et Sawai

Un monde en sépia pas vraiment joyeux

Trois heures et demi en tout, en sépia, et à un rythme très lent. Et malgré cela, le film captive et éblouit par cette lente reconstruction de soi qu’il propose. L’univers d’Eurêka est d’abord un univers étouffant qui va n’avoir de cesse d’aspirer à la lumière. Dans le bus, le tueur trouve que l’air y est vicié. Paroles métaphoriques en fait de la société dans laquelle il vit. Car si la couleur apparaît lors de l’ultime scène du film et donne alors l’impression d’un apaisement retrouvé, il faut remarquer qu’elle n’apparaît pas avant la scène de la prise d’otages. Dès le début on a ce sépia qui inonde les personnages, personnages déjà passablement autistes et écrasés par leur sort. Ainsi Kozue et Naoki qui voient leur mère les abandonner pour trouver un autre homme, ainsi que leur père se tuer bêtement dans un accident de voiture. Pour Sawai tout semble aller et pourtant on découvrira au fur et à mesure que ce métier de conducteur de bus était loin de ce qu’il imaginait alors qu’il était enfant, et que sa femme a demandé une procédure de divorce.

Oui, il y a déjà quelque chose de pourri dans leur monde et le sépia possède alors une étrange vertu, celle de montrer un semblant de couleur, de chaleur dans un monde qui en est dépourvu. D’une certaine manière il est plus mortifère qu’un simple N&B. Il est beau, mais d’une beauté cache-misère qui va envelopper douillettement les êtres et les faire traverser une vie qui aura été dénuée de sens. En un sens il n’y a pas que les quatre malheureux quidams à être enterrés symboliquement par les deux adolescents. Les trois autres sont eux aussi, et dès le début donc, dans un cercueil prêt à être mis en terre. Les deux enfants semblent s’y préparer tout seuls. Livrés à eux-mêmes dans leur grande maison, cette dernière est jonché de détritus en tout genre :

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Il ne reste plus qu’à eux-mêmes que de se laisser dépérir et de joncher eux aussi le sol de leur demeure. Ça va mieux cependant pour Sawai qui décide de se remettre à travailler dans un chantier. Ce retour salvateur s’accompagne alors d’un accompagnement musical (l’O.S.T. a été composée par Aoyama lui-même) qui laisse entrevoir une bouffée d’oxygène. Mais le côté vérolé de son monde reprend rapidement le dessus : alors que des cadavres de femmes sont retrouvés sur les bords de route, on ne tarde pas à le soupçonner puisque ces crimes coïncident avec son retour en ville. Lui qui a été traumatisé par un horrible événement, n’est-il pas totalement détraqué et capable de tuer ? Ainsi subit-il l’humiliante épreuve de se voir poser des questions insultantes par son frère qui l’héberge chez lui. Quant à l’inspecteur qui mène l’enquête il n’ira pas pas quatre chemins : il est sûr que l’assassin est Sawai. A côte de ces personnages qui le soupçonnent, il en rencontre un autre, une jeune femme travaillant dans sa compagnie et semblant avoir le béguin pour lui. Elle lui racontera qu’elle est une orpheline. Ses parents sont morts tragiquement et ses oncles, après s’être violemment disputés pour récupérer l’héritage, l’ont placée sans vergogne dans un orphelinat. Il apparaît alors que le sépia n’est pas que pour les trois personnages du film mais bien pour l’humanité entière qui semble accaparée par l’appat du gain, la jalousie, ou encore la médisance. Ainsi cette rumeur selon laquelle, c’est presque sûr mais chut ! restons prudent, la petite Kozue aurait été violée par le tueur fou dans le bus.

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Une famille très recomposée

Tout cela prend la première moitié du film et l’autre sera consacrée au récit de la reconquête d’une résurrection. Tout partira de Sawai qui commencera par quitter le domicile irrespirable de son frère pour aller s’installer chez les deux enfants. Aoyama utilise énormément le procédé du champ contrechamp pour mimer la surprise des différentes rencontres mais aussi l’englobement ou non des différents personnages dans un même univers :

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D’abord étonnés par l’arrivée de Sawai, les deux enfants l’accepteront très vite parmi eux et l’on comprendra même qu’ils ne pourront pas s’en passer. Et quand arrive un quatrième personnage, le cousin Akihiko, envoyé par ses parents pour surveiller les enfants (et par la même occasion l’héritage), ce sera le même procédé :

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Par la suite Sawai revient à la maison et devra faire face à nouveau à une courte situation d’exclusion devant cette cellule familiale retrouvée :

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D’abord suspect, « à part » (les enfants quitteront la table quand ils apprennent qu’il va rester un mois), Akihiko sera bientôt englobé dans cette famille recomposée. A noter qu’Akihiko est un personnage intéressant. Jeune tokyoïte à l’aise dans ses baskets, il comprend tout ce qu’a d’épineux la situation (un quadragénaire traumatisé par une prise d’otages et suspecté de meurtres vivant avec deux enfants abandonnés) mais se garde bien d’aller au conflit. Il observe, fait de son mieux pour être accepté et fait preuve finalement de compréhension envers ses hôtes. Il sera aussi celui à qui Kozue offrira spontanément un verre d’eau. Elle acceptera même de faire des devoirs gentiment imposés par lui pour ne pas être en retard dans le cursus scolaire, alors que Naoki refusera. Cela n’a l’air de rien mais Kozue nous étant montrée comme une sœur suivant systématiquement les décisions de son frère (ainsi lorsqu’ils quittent la table : c’est d’abord Naoki puis Kozue), cette décision sonne la première étape d’une réaction qui en appelle d’autre pour aller vers cette résurrection. Bref, presque toutes les conditions sont réunis pour aller vers un premier « eurêka » salvateur. Il viendra de Sawai qui décide de s’acheter un bus et de faire un voyage avec les enfants et le cousin Akihiko. Idée ridicule pour ce dernier et Naoki semble aussi la partager. Mais, là aussi, Kozue surprendra en décidant de s’installer dans le bus. Pour la première fois, c’est Naoki qui la suivra et Akihiko n’aura d’autre choix que de suivre le mouvement pour garder un œil sur ses cousins. Commence alors le voyage, un voyage en bus à 50 km/h ponctué de haltes en rase campagne… et de nouveaux cadavres de femmes.

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Le Japon en bus

Pour Sawai, le bus, c’est finalement toute sa vie même s’il a été le fruit d’une déception (faire encore et encore le même trajet tous les jours n’est pas aussi grisant qu’il le croyait lorsqu’il était gamin) et surtout d’un traumatisme. Symbole d’un échec lié à sa vie professionnel, il fuira symboliquement en allant bosser sur des chantiers. Marié à une femme qui semblait l’aimer sincèrement, il fuira lorsque cette dernière, essayant de refaire sa vie, lui enverra une demande de divorce. Il ne cherchera pas à la convaincre de changer d’avis, il signera la demande, bref il fuira à nouveau.

C’est alors que lui vient cette idée de voyage en bus. Pour l’inspecteur chargé d’enquête sur les assassinats, c’est à nouveau une fuite. Sauf qu’il s’agit plus ici d’un désir de se confronter à soi-même en essayant de repartir symboliquement à zéro. Le périple prendra son point de départ sur les lieux même du carnage, celui où le tueur avait arrêté le bus et commis ses crimes, et culminera, dans tous les sens du terme, à Daikanbo Peak. Il ne s’agit plus ici de rester dans le carcan mortifère du même trajet mais de s’en extraire, d’oublier les erreurs et la tragique rencontre d’une vie pour l’instant ratée pour repartir et essayer de (re)vivre. Le spectateur trouvera peut-être cette heure ennuyeuse ou absolument fascinante, cela dépendra des goûts. Il faut en effet avoir un certain culot pour montrer des personnages regardant sagement le paysage à travers les vitres d’un vieux bus où traverser à pieds, en temps réel, un champ peuplée d’un poignées de vaches :

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Mais si l’on est parvenu à encaisser sans broncher les deux premières heures, cette troisième peut sonner comme un émerveillement. On est dans un road movie intérieur dans lequel les personnages ne rencontrent pas d’autres voyageurs mais se contentent de vivre ensemble, de retrouver goût à la vie, à la communication. Le spectateur guette alors des instants indiquant le retour à une guérison, même si d’autres signes ne lassent pas d’inquiéter et de suggérer une chute possible plutôt qu’une élévation. Ainsi Naoki qui s’avérera être le tueur de femmes. Sawai ne le blâmera pas mais cherchera à l’aider même si la solution choisie (aller se dénoncer à la police) aura évidemment pour conséquence de passer toute une partie de sa vie derrière les barreaux. Peu importe, Sawai, qui a décidé de passer sa vie à aider les deux enfants, lui assure qu’il sera là pour l’accueillir lorsqu’il reviendra. « Je ne te demande pas de vivre, lui dira-t-il, mais au moins de ne pas mourir ». Vivre vraiment, ils verront cela ensemble quand Naoki pourra retrouver sa sœur. Un pis aller donc, une étape cruelle mais nécessaire pour Naoki .

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Une mauvaise toux Vs Jim O’Rourke

Reste que le voyage est bien sûr entaché à partir de cet instant et Sawai, qui dès son retour à sa ville natale au début du film, avait à combattre une vilaine toux, voit subitement celle-ci aggraver. Il ne parle quasiment plus, il tousse, parfois à deux doigts de vomir ses tripes. Tout le long du film, cette toux est une sorte d’indicateur, celui de la décrépitude plus ou moins prononcé de sa (puis « leur ») situation. Quand il subit son premier interrogatoire au commissariat, il tousse.  Et une fois Naoki livré à la police, il toussera à en cracher ses poumons. Et ça empirera quand il virera de son bus le cousin Akihiko, coupable d’avoir eu des paroles maladroites sur le sort de son cousin. Le voyage, quel que soit maintenant sa destination, sonne alors comme un échec. Mais c’est alors qu’a lieu le miracle. Akihiko a oublié son lecteur de K7 sur le tableau de bord du bus :

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Sawai, s’en aperçoit et tout en exprimant des regrets sur sa dureté envers le jeune homme, appuie sur « play ». C’est alors que retentissent les premières notes de cette chanson, notes quasi inaudible car parasité par le bruit du bus et la toux de Sawai :

On distingue à peine les paroles prononcées par une voix semblant passer à travers le combiné d’un téléphone :

Hello, Hello, can you hear me? (Salut, Salut, pouvez-vous m’entendre?)
Are your skies clear and sunny down there?  (Est-ce que vos ciels sont clairs et ensoleillés là où vous êtes?)
Even in this rain the breath of the breeze is reaching me here (Même sous cette pluie, le souffle de la brise peut m’atteindre ici)

Qui est ce « me » du premier vers ? Il faut ici signaler un pouvoir que possède Naoki et Kozue, celui de la communication par télépathie. Rendus muets à cause de la tragédie du bus, ils se sont renfermés sur eux-mêmes et ont limité leur communication à un dialogue mental à deux. Ce qui n’est pas forcément si mal puisque générique d’ouverture nous les montre sagement assis dans le bus n’échangeant pas la moindre parole (on peut supposer que le pouvoir leur vient après la tragédie). Kozue veut voir ce que son frère lit, mais ce dernier n’accepte pas le partage et met bien le livre face à son visage :

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 Petit détail qu’on ne remarque pas forcément au premier visionnage ; il s’agit d’Akira, manga peuplé d’enfants aux pouvoirs télépathiques et télékinétiques. Avec ses pulsions meurtrières, Naoki n’est pas sans évoquer Tetsuo.

On a à quelques endroits du film des exemples de ces bribes de communication mentale. La voix de Naoki est alors amplifiée et légèrement distordue. Et lorsque l’on entend les premières paroles d’Eurêka, difficile de ne pas faire le lien avec lui. On imagine un Naoki recroquevillé dans la solitude d’une cellule, communiquant lointainement avec ses trois amis. Plus généralement, cette voix pourrait aussi s’adresser aux spectateurs qui, à l’image de tous les êtres du films, sont peut-être terrés dans une solitude sociale, aliénés par une société étouffante (« You’re thinking on your feet / While you’re sitting there on your ass). Impression confirmée lorsque la suite de la chanson se fait entendre non plus par le truchement du poste de radio mais à un niveau extradiégétique, surplombant les actions de sawai et de Kozue qui ont décidé de faire une halte sur une plage.

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La chanson, de Jim O’Rourke et intitulée Eureka, devient alors l’ultime avertissement, une parole d’encouragement envoyée par quelqu’un de malheureux à des personnes qui se doivent d’essayer de surmonter leur désespoir. Conjuguée aux images, elle contribue à faire de cette scène une pure merveille. Elle en rappelle une autre, celle des 400 Coups dans laquelle Antoine Doisnel contemple cette mer si fantasmée alors qu’il vient de voir ses parents l’abandonner définitivement dans une maison de redressement. Chez Kozue et Naoki aussi il y a cet appel de la mer, ce symbole dans lequel la pesanteur de la société n’a aucune prise. Kozue verra enfin la mer, et son frère aussi à travers ses yeux (autre pouvoir que les enfants partagent). Mais à ce moment, et alors que Sawai continue de plus belle à cracher ses poumons, on se demande vraiment si les paroles de la chanson ont porté, si le eurêka a vraiment fonctionné chez les deux derniers personnages. La réponse viendra lors de l’ultime scène, à cet endroit :

Le Daikanbo Peak, à Kyushu. Après la terre parcourue via un bus, la mer, il ne restait plus qu’aux personnages à fréquenter les airs. Conclusion logique pour un film aérien touché par une grâce qu’Aoyama aura beaucoup de mal à retrouver par la suite.

9/10

 

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8 Commentaires

  1. super merci pour cet article; je veux voir le film maintenant 🙂

    • Rien de plus facile. Il fut un temps où l’on pouvait acheter le DVD pour 2 euros sur cdiscount. C’est fini maintenant mais on peut le trouver encore à bon prix ailleurs. Je ne pourrais pas dire précisément ce qu’elle vaut par rapport à l’édition japonaise, mais revu sur mon téléviseur HD, j’ai trouvé qu’il tenait bigrement la route. Il conserve en tout cas les nuances des différents tons sépia, chose que ne fait pas l’édition d’Artificial Eye :
      http://www.dvdbeaver.com/film/Reviews/eureka.htm#e
      Pas impossible que notre édition vienne du même master que la version japonaise.

  2. Ce film est une sacrée claque, Dieu que c’est bon. Un film long, lent mais jamais ennuyeux. Il y a une maestria là-dedans, dans cette façon de s’arrêter sur des détails, la mort, la renaissance. Un sépia travaillé et un résultat esthétiquement magnifique. Le genre de film que je regrette de ne pas avoir vu sur grand écran (et pas celui du salon).

    C’est vrai qu’il existait un montage d’origine qui dépassait les 4h ?

    Quant à ta dernière phrase, dur de refaire aussi bien lorsque tu as pondu un tel film.

    • Eh bien moi c’est le genre de film que je regrette de NE PAS avoir vu sur grand écran. Je me demande encore comment j’ai fait pour ne pas le voir car à l’époque j’étais à l’affût du moindre asiatique et je suis sûr qu’il était passé dans la ville où j’habitais. Bref passons.
      Pour le montage de 4H, aucune idée. S’il existe, ça ne me déplairait pas de le voir un jour. Comme tu dis, long, lent mais jamais ennuyeux. Une demi-heure en plus n’aurait rien d’effrayant.
      J’ai un de ses derniers, Tokyo Park. Toujours pas vu et pas pressé plus que cela. Le peu que j’en ai vu ne m’inspire pas confiance. Faudrait tout de même que je revoie son Eli, eli lama sabachthani. J’avais eu du mal à rentrer dedans à l’époque, sans doute à tort.

  3. Un film comme celui-ci au cinéma, c’est la gageure d’avoir la salle pour soi. 4 péquos perdus dans les rangées de sièges. Mais monsieur a sa salle privative, son salon, son rétro-projecteur et roule ma poule ! Et je parle pas du cocktail préparé par bobonne tout en ayant les pieds massés par Olrik Jr.

    L’histoire d’un montage de 4h, je l’ai lu dans un avis chopé au vol. Ce n’est pas forcément une info que j’ai retrouvé. Mais cela ne me déplairait pas non plus. C’est une bulle tellement immersive.

    Shinji Aoyama. A part ce film et « Eli, Eli… » (moyennement apprécié), je ne connais rien d’autres. Et ces dernières réal’ comme « Tokyo Park » flaire rien de bon. Je te rejoins donc pas mal sur le ressenti du gus. Mais ! J’aimerai bien voir tout de même ses « Helpless » et autre « Shady Grove ».

  4. « bobonne » ? Hey ! Faut croire que tes pugilats avec une certaine personne sur fb tournent à l’obsession ! Gaffe ou la prochaine fois je sors un bitstrip assassin. 😉

    Sinon il y a aussi Desert Moon, pour le coup bel et bien vu au cinéma. Déception aussi même si je me souviens qu’Aoyama refaisait le coup de l’utilisation d’un excellent morceau de Jim O’Rourke.

    • 😉

      De par son pitch, « Desert Moon » m’intriguait pas mal. Sinon, je sors (presque à l’instant) de « Shady Grove ». J’ai pas accroché. Je suis resté hermétique à l’histoire et aux personnages. Il y a quelques séquences (trop rare) en forêt dont suinte un certain onirisme mais ça reste superflue. Sans ça, j’ai sous le coude « La Forêt sans nom », en attendant de choper autre chose de lui…

      Et tiens, vu qu’on croisait Truffaut et l’aut’ cafard dans ces murs, me demande bien ce que valait un Aoyama comme critique aux Cahiers Japon.

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