Petal dance (Hiroshi Ishikawa – 2013)

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Synopsis : un hiver, trois filles montent au nord du Japon pour voir une amie, en soin dans un hôpital après avoir tenté de se suicider. Arrivées là-bas, elles décident de se rendre à une plage pour se les geler.

Voilà, en gros, le résumé de Petal Dance. On l’aura compris, il s’agit bien là un film d’Ishikawa, l’homme du minimalisme contemplatif, aux intrigues diluées dans l’éther et aux actrices aussi volatiles qu’une fleur de cerisier.
Il n’y a pas de réelle recette pour aimer ses oeuvres. Mais pour peu que l’on soit sensible à sonpetal-dance-actrices univers, l’immersion dans un de ses films est un délicieux défi aux lois du temps. Comment une heure et demie avec si peu d’éléments narratifs a-t-elle pu passer aussi vite ? Il y a de la sorcellerie dans tout cela, ou du moins une savante alchimie faite de colorimétrie bleutée, de bande son concoctée par dame Yoko Kanno, et d’actrices confondantes de beauté et de simplicité. Pour preuve Sakura Ando, vue dans Love Exposure en train de jouer la perverse Koike, et que l’on retrouve ici dans la peau de Motoko, sémillante jeune femme partie retrouver la malade en compagnie de Jinko, jouée par Aoi Miyazaki. Ando, Miyazaki (déjà vue dans Su-ki-da), mais aussi  Shiori Kutsuna dans le rôle de Haraki, jeune femme rencontrée accidentellement et peut-être sauvée d’un suicide par Jinko,  et enfin Kazue Fukiishi interprétant la malade, Miki. Quatre actrices pour jouer quatre jeunes femmes, quatre « pétales » qui viennent errer sur la plage et comprendre certaines choses sur elles-mêmes. Point de bikini, point de scènes de nue comme on a l’habitude d’en voir régulièrement sur ce blog. Juste quatre magnifiques bijins emmitouflées sur la plage et causant de tout et de rien. Et c’est ça qui est bon. Les films d’Ishikawa, c’est un peu ce qui se trouve à l’autre bout du cinéma survolté de Sono. Là où le réalisateur de Love Exposure fait entrer son spectateur dans un train fantôme pour lui faire vivre une expérience éprouvante mais exaltante, Ishikawa préfère faire des films façon sachets de thé. C’est d’abord fade, limite insignifiant, et puis ça infuse, ça infuse, et finit par réchauffer le cœur avec un goût de reviens-y.

petal dance 1Ainsi cette scène dans une chambre d’hôtel : a priori mortifère mais la préparation d’un thé va bientôt évacuer les restants de vague à l’âme.

Evidemment, on peut trouver les films d’Ishikawa parfaitement insupportables et je veux bien comprendre cela. Mais pour peu que l’on soit sensible à son esthétique, le film, en dépit de la froidure de la neige qui apparaît à la fin, a tôt fait de devenir un cocon douillet où l’on se love avec plaisir. Moins accrocheur que Su-ki-da et tokyo.sora, mais dans le prolongement du court Kimi no Yubisaki avec sa scène de plage et ses mouvements de caméra autour des actrices. Il y a en Ishikawa un peu de Terence Mallick, l’exaltation de Dieu en moins, celle de l’éphémère en plus. Et cette même capacité à donner à ses personnages féminins une fragilité mêlée à une certaine force. A l’image de ce que suggère le titre, les quatre femmes sont les pétal$i! sayer. Les joies et les peines de ces femmes se répondent et vont se mettre à vibrer à l’unisson lors d’une scène où il sera effectivement question d’une « danse de pétales ». Tout comme un certain arbre rencontré au début du film, face au vent elles oscilleront mais resteront bien ancrée dans la vie.

Comme pour tous les films d’Ishikawa, la fin sera lumineuse. Le cinéma d’Ishikawa est un cinéma qui vise au dépouillement et à la simple affirmation de ce qui devrait constituer l’essence de la condition humaine : aimer, vivre et, pour Haraki, sourire.

petal dance 2

Si le cinéma japonais contemporain vous intéresse, si vous aimez Sono, Kiyoshi Korosawa, Kore-Eda, Kitano mais qu’en dehors de ce quatuor vous ne savez pas trop quel autre réalisateur cotoyer, peut-être qu’essayer Hiroshi Ishikawa est une bonne idée. Je ne garantis rien, peut-être que vous me maudirez mais tout de même, je tiens à mon idée : les images et les actrices d’Ishikawa, c’est vraiment quelques chose.

8/10

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Un Commentaire

  1. C’est noté, pour quand je me trouverai le temps de regarder un film !

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