Lady Snowblood (Kazuo Koike et Ryoichi Ikegami – 2009)

 Lady Snowblood

Même si l’on n’aime pas le père Tarantino, difficile de lui nier une capacité à faire découvrir au grand public des pépites que l’on aurait pu croire vouées à n’être connues qu’auprès de quelques happy few. Ainsi Lady Snowblood, exhumé lors de la scène finale de Kill Bill volume 1. Evidemment, une large part de ce grand public ne voit pas vraiment sur le coup quel peut être le rapport entre ces deux femmes qui combattent la nuit dans un jardin enneigé et deux vieux films japonais des 70’s avec Meiko Kaiji dans le rôle de la redoutable Yuki Kajima. Mais ceux qui connaissent jubilent (ou grincent des dents, c’est selon) et, l’éclairage médiatique aidant, une certaine exhumation de ces titres se fait, entraînant une découverte du matériau origine via de nouvelles éditions DVD… et une ressortie pour le cas qui nous intéresse des mangas originaux.

C’est ce qui s’est passé en France à l’époque des Kill Bill, avec l’édition de Shurayuki Hime (Lady Snowblood donc) dessiné et scénarisé trente ans plus tôt par Kazuo Kamimura et Kazuo Koike. Le même Koike qui en cette fin des années 2000 n’en revenait pas de voir son héroïne survivre et même revenir plus que jamais sur le devant de la scène. Il n’en fallait pas plus pour l’inciter à faire revivre son personnage de papier pour lui rendre hommage et la consacrer définitivement. Sans l’art de Kamimura cette fois-ci (l’homme est mort en 1983) mais en collaboration avec Ryoichi Ikegami, homme avec lequel il avait déjà travaillé sur Crying Freeman et qui lui avait confié son désir de bosser avec lui sur des histoires de Lady Snowblood.

Pour qui connaît le style d’Ikegami et ses mangas, il y avait de quoi être à la fois enthousiaste et inquiet. Enthousiaste car son style réaliste et dynamique, très photographique dans ses scènes d’action, avait de quoi faire merveille dans l’univers de Lady Snowblood. Inquiet car ses œuvres sont parfois crues, limite de mauvais goût dans leur approche du sexe.

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“Tu sais ce que j’en fais du bon goût, hein ? Tu sais ce que j’en fais ?!”

Et pourtant, on ne pouvait pas non plus dire que Lady Snowblood jouait les filles prudes tant les scènes olé olé sont courantes parmi le millier de planches dessinées par Kamimura. C’est plus dans le trait réaliste d’Ikegami et dans la manière d’aborder ces scènes de Koike lorsqu’il travaille avec lui sur Crying Freeman, que l’on en vient à avoir quelques inquiétudes et à se demander si cela va marcher avec l’univers de Snowblood.

En fait, on ne saura jamais si cela aurait fonctionné car les deux hommes, bien sages, bien respectueux, bien humbles dans leur volonté de faire revivre Yuki Kajima après les ères Kamimura et Meiko Kaji, offrent un tome de 200 pages finalement bien moins épicé que le matériau original. Les scènes de sexe laissent place à une sensualité essentiellement centrée sur la plastique de Yuki qui lors de ses combats en arrive souvent à combattre les seins à l’air.

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Les tétons sont pointus mais le katana l’est encore plus, prière donc de rester à distance respectable.

Et elle rencontre d’autres combattantes qui combattent, elles aussi, devinez quoi , je vous le donne en mille, oui ! c’est bien ça…

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les seins à l’air.

A part cela, rien de bien croustillant, le duo Koike/Ikegami reste étonnamment sage et leur version devient du coup nettement moins percutante dans son mélange d’érotisme et de brutalité. Après, pour ce qui est de la violence et du dynamisme des scènes d’action, il faut reconnaître à Ikegami un grand savoir-faire. Ayant largement fait ses preuves dans Crying Freeman avec des héros bondissants et surpassant la loi de gravitation, il excelle à mettre à l’œuvre Yuki dans des planches réduites au minimum de cases, dynamiques par la variété de ses points de vue et spectaculaires à souhait :

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Avec parfois un jeu très photographique sur les focales, avec des lignes verticales écrasées au premier plan :

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Ikegami est très fort pour mettre en valeur ces instantanés où la violence éclate après des planches parfois bavardes ou volontiers contemplatives, comme cette double planche dans laquelle Yuki jette au loin un mandala :

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Il faut ici signaler aussi certaines planches où le soucis du détail pour recréer le Japon de l’ère Meiji ou donner une tonalité onirique au récit fait merveille :

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Bref, sans être aussi percutant et sombre que le Lady Snowblood de Koike et de Kamimura, celui du duo Koike/Ikegami s’avère malgré tout être une réussite. Il est vrai qu’il est difficile aussi de ne pas aimer la neige et le sang lorsque leur représentante sur terre se nomme Yuki Kajima.

 

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2 Commentaires

  1. Il me semble que ce Lady Snowblood a été édité en Allemagne.
    ‘suis pas top friand de Crying Freeman, par contre je suis très, très fan de Sanctuary (découvert dans feu Kaméha), dont la trilogie live est plutôt fréquentable (le 1er volet est sorti en vhs aux US).

    • Strain est pas mal aussi. Dommage que les mangas d’Ikegami n’ait pas eu les honneurs (du moins à ma connaissance) d’une série anime. Tout au plus une OAV de Sanctuary mais elle n’est pas non plus sensationnelle :

      Pour la version live, faudrait que je la revoie dans de meilleures conditions car la version que j’avais sous la main ne donnait pas envie de s’immerger dans le film.

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