Le Poids du bitume

Pour ceux que le charme des jambes tordues laisse de marbre : celui d’une obasan toute rabougrie, le visage parcheminé répondant aux crevasses de l’asphalte, comme si les nombreuses années passées à la ville lui avait tanné et buriné la couenne.

Elles sont là, parfois attendant un bus, souvent marchant dans la douleur. Je me suis souvent fait la réflexion qu’il y avait là un courage que je n’avais jamais remarqué chez leurs homologues françaises. Tantôt caméléons aux abords des arrêts de bus, tantôt crabes sur le bitume, la dernière métamorphose de ces anciennes reines aux jambes convexes est moins altière mais tout aussi fascinante.

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3 Commentaires

  1. Sympa la photo et elle fait effectivement un presque écho de ce qui attend dans le futur la nénette aux gambettes dans le billet antérieur. 😉

    Là, où je la trouve intéressante c’est vraiment dans ce sentiment d’attraction du sol (la terre) sur le corps (et vice et versa) de cette mémé qui semble morfler (sans non plus le montrer, une espèce de sérénité empreinte d’un certain fatalisme émanne d’elle).
    Plus on a la regarde (la photo) et plus on a le sentiment de la voir (la mémé) se rabougrir lentement… lentiment… mais surtout inéxorablement. Elle me ferait presque penser à ces masses humaines atteintent d’un « mal » qui s’écrasent comme des pierres sur le sol dans le film de Sogo Ishii : August in the Water.

  2. On dirait plutôt une obachan des champs, vu la courbure de son dos. A priori, je prédis une évolution plus en douceur pour la jeune fille…

  3. @ I.D. :
    souffrance et fatalisme, ce sont effectivement deux sentiments qui se dégagent de ces grands-mères qui n’hésitent pas à trotter de toutes leurs forces sur le bitume alors qu’il fait 30°C à m’ombre.
    Telle une petite vieille qui s’était dépêchée en face de moi de traverser le passage piétons avant que le bonhomme ne passe au rouge, et qui s’était au finish écrabouillée le nez par terre.
    Telles aussi ces minuscules mammys qui restent des heures sur les trottoirs pour vendre 3 carottes et 5 melons de leur jardin.
    Pas évident de dire si j’étais admiratif ou effrayé de ces crépusculaires débauches d’énergie.

    @ Bouffe-tout :
    La question est : est-ce que cette jeune fille a en elle cette idée du le labeur jusquauboutiste à la japonaise ? Cette obsession quasi naturelle qui fixe l’esprit vers un but sans cesse renouvelé, au détriment du corps.
    Un exemple vivant que j’ai à portée de regard me donne à penser que la passion pour le travail n’est pas qu’à réserver aux hommes et aux vieux. Mais sans doute beaucoup de jeunes femmes ne l’entendent plus de cette oreille…

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