Love and Fortune (Koi no tsuki)
Drama – 2018
Adaptation d’un manga d’Akira Nitta, Love and Fortune raconte le mal-être d’une employée (Wako) dans un petit cinéma de quartier. Elle a 31 ans et elle souffre notamment de la vie sentimentale avec son petit-ami devenue indifférente. C’est alors qu’elle tombe amoureuse d’un client (Yumeaki), bien plus jeune qu’elle. Et quand je dis « bien plus », je précise qu’il est un lycéen de 15 ans.
On s’en doute, immédiatement l’armure de la moralité et le bouclier des bonnes mœurs sont de sortie. Du moins chez certaines personnes, un petit tour du côté des commentaires sur Letterboxd a suffi pour m’en convaincre. L’héroïne est une personne dégoûtante, une prédatrice manipulatrice, une odieuse pédophile ! Un drama à fuir, vraiment !
Bon, d’accord, OK. Mais pour le spectateur qui s’intéresse avant tout au sujet d’une histoire, à son traitement, eh bien il y a lieu de prendre du plaisir à ces douze épisodes développant une intrigue amoureuse pas vraiment conventionnelle. Et puis, quoi, Brigitte et Emmanuel y sont bien arrivés, eux, à concrétiser leur amour, donc pourquoi pas ?
Sauf qu’entreprendre une telle liaison au sein de sa société japonaise, on se dit que ça va vite devenir compliqué à gérer. Surtout que les deux amoureux (car l’adolescent est lui aussi très amoureux de sa senpai de seize ans) y vont franco dans leur liaison. Ici, pas d’effleurements de mimines ou de chastes baisers sur les lèvres. Dès le deuxième épisode, l’héroïne fait dans un karaoke à son idole de cette offrande que les groupies font sans complexe à des rock stars dans leur loge. Et lui, tout à ses pulsions adolescentes, va très vite entremêler amour et besoins de sa libido.
Le drama n’est pas crasseux pour autant, les scènes salées étant brèves et finalement assez rares. L’accent est surtout mis sur la psychologie de cet amour, sur ses hésitations et la perception qu’en ont les autres personnages. Et je dois dire que j’ai été plutôt happé par tous ces aspects, d’autant que tous les acteurs (en premier lieu Eri Tokunaga dans le rôle de Wako) jouent très bien leur partition.
À cela s’ajoute la thématique du cinéma. Wako travaille donc dans un vieux cinéma. Mais Yumeaki est lui-même un passionné de cinéma qui se destine à la réalisation. Enfin ils rencontrent un jour, lors d’une séance de dédicaces, un fameux jeune réalisateur et qui a lui aussi maille à partir avec la révélation d’une liaison amoureuse avec une fille mineure. Mise en parallèle avec la liaison Ako/Yumeaki, elle permet de mettre en tension l’âge de la majorité et l’âge d’une maturité sentimentale. Et cela permet par ailleurs de mettre joliment en images les génériques de fin à partir d’un certain épisode, en montrant des personnages qui sont comme des avatars d’Ako et de Yumeaki, mais qui appartiennent surtout à un film du réalisateur. Précisons ici que le drama bénéficie d’une réalisation efficace et d’une jolie photographie. Derrière Love and Fortune il y a quatre réalisateurs parmi lesquels Hana Matsumoto, jeune actrice qui depuis 2018 semble avoir franchi le pas de la réalisation. C’est d’ailleurs Love and Fortune qui lui a mis le pied à l’étrier et qui lui a permis d’enchaîner… avec d’autres dramas. Mais pas que, puisqu’elle a quatre films à son actif. À voir si elle va évoluer et parvenir à en créer d’autres. C’est l’amateur de cinéma japonais réalisé par des femmes qui parle ici.














