A Class to remember IV – Fifteen -15-sai : Gakko IV)
Yôji Yamada – 2000
1999 : Année inhabituelle pour Yamada car année sans film, chose qui ne lui était pas arrivée depuis… euh, en fait c’est la première fois depuis le début de sa carrière en fait.
Année sabbatique donc, qui après de douloureuses disparitions de collaborateurs mais aussi d’un certain Akira Kurosawa avec qui il était proche, lui permet de recharger les batteries avant de repartir à l’attaque, avec ce quatrième et dernier volet de Gakko, sa tétralogie consacrée à l’éducation.
Après l’école du soir, l’école pour enfants handicapés et l’école pour vieux travailleurs licenciés désireux de se reconvertir, Yamada s’attaque à… l’école buissonière. Précisément à ces enfants (en nombre croissant à l’époque du film) qui ne se reconnaissent pas dans ce que leur offre le système éducatif de leur pays et qui préfèrent jouer la carte de l’absentéisme plutôt que de souffrir en cours.
Dès le début, on est en terrain connu quand on voit ce jeune de 15 ans, Daisuke, se barrer de chez lui après une énième dispute avec son paternel. Ce n’est pas Torajirô Kuruma, ce n’est pas Mitsuo Suwa, mais ça y ressemble fortement, surtout avec le choix du jeune acteur Yûra Kanai qui possède un air de ressemblance avec Hidetaka Yoshioka et un timbre de voix assez proche de celui de Muitsuo (sans compter les deux joues criblées d’acné). Il se barre, donc, avec pour objectif de se rendre sur l’île de Yakushima dans la préfecture de Kagoshima (lieu bien connu des connaisseurs de Tora-san), afin d’admirer un cèdre millénaire. Il y a un peu du road trip que Koichi Saito avait film dans son magnifique Journey into Solitude, dans lequel une lycéenne quittait tout pour se rendre à Shikoku afin d’y faire un pèlerinage initiatique (tiens, j’y pense, quand j’en aurai fini avec Yamada, je tenterais bien de compléter la filmo de Saito). La différence (enfin, une des différences) est que le voyage de Daisuke se fait en trois temps.
D’abord, le périple pour s’y rendre, périple qui lui fera faire la rencontre d’un camionneur sympa qui le prend en stop, ainsi qu’une camionneuse mère de famille qui lui propose de l’héberger chez elle, à Hyuga, dans la préfecture de Miyazaki (lieu qui me va droit au cœur). Là, il fait la rencontre de son fils qui, comme lui, ne va pas à l’école. Hikikomori (ou peut-être autiste), le jeune homme préfère rester dans sa chambre à faire des puzzles et à se gaver d’histoires de samouraïs. Jusqu’alors un peu rugueux, un peu sur la défensive, Daisuke fait montre d’une bienveillance qui bouleverse la mère et permet de créer une fissure dans l’enfermement du jeune homme.
La deuxième étape concerne la découverte du cèdre millénaire. Pas de chance, Daisuke n’a pas fait gaffe qu’il faut marcher durant dix heures pour accéder au Graal végétal. Là aussi, il y aura une rencontre bienheureuse en la personne d’une randonneuse qui le prendra sous son aile.
Enfin le retour, qui n’est pas le moins touchant. Lessivé par son périple, il est recueilli par un vieil homme (qui rappelle Mifune dans Tora-san 38) et découvre que les liens père-fils peuvent être plus problématiques que celui avec son propre père. En effet le vieil homme, devenu incontinent, supplie Daisuke de n’en parler à personne. Mais alors que le garçon se rend à une pharmacie pour acheter des couches pour adultes et qu’il donne maladroitement son nom à la pharmacienne, celle-ci prévient le fils qui arrive avec une ambulance afin de l’emmener à une maison de retraite. Ici, il est un peu douloureux de voir que le fils en question est joué par Gin « Hiroshi » Maeda en ce que son personnage incarne cette facette égoïste du lien filial, qui refuse de laisser son père achever sa vie dans sa maison par crainte du qu’en dira-t-on. Il sera malgré tout ébranlé par le sermon véhément que lui fera Daisuke.
On le voit, il y a dans ce film tout ce qui peut plaire aux inconditionnels de Yamada : road movie, découvertes de différents endroits, altérité attachante, appréhension d’un problème sociale sans lourdeur didactique, enfin quête de soi. Gakko IV est un film complet qui conclut joliment la tétralogie, mais aussi l’histoire des fameux studio Ôfuna, puisqu’il sera le dernier film qui y sera tourné.
8/10














