Gaijin pervers au onsen !

Chaud de finaliser des articles quand on se la coule douce au Japon. Quelques textes ont été commencés mais jamais terminés. En voici un avec un peu de retard.

Vendredi 19 août

Sympa de suivre les J.O. le matin au moment du petit déjeuner. On s’aperçoit que le chauvinisme est une valeur universelle puisqu’il s’agit là aussi de s’attacher avant tout aux performances des athlètes nippons, le reste n’ayant que bien peu d’importance. Du coup on a parfois l’impression que la délégation nipponne constitue une équipe de titans qui éclipse toutes les autres. Par voie de conséquence on a ainsi eu droit à des retours ad nauseam sur les performances de l’équipe masculine de gymnastique, ainsi que moult parties de tennis de table, de badminton ou de combats de lutte. Par contre, revoir la finale perdue face à Teddy Rinner a été étrangement plus difficile.

En tout cas, ne plus voir la gueule Nelson Monfort, ni subir les commentaires de Bernard Montel en athlétisme s’avère tout à fait satisfaisant :

Bien sûr, il y a encore un peu la barrière de la langue, pas facile de savoir si derrière le chauvinisme il y a tout de même un peu d’objectivité. Mais comme je viens de me procurer le dernier numéro de Weekly Playboy, numéro aux couleurs brésiliennes :

weekly playboy rio

Du journalisme comme on l’aime.

… je gage que le contenu sera forcément à la hauteur, avec un travail journalistique précis et rigoureux qui saura me procurer toutes les infos nécessaires pour bien être à la page. Un cahier détachable à la fin du magazine semble particulièrement prometteur.

Sinon J-5 avant le retour en France. Rien de bien nouveau par rapport au dernier article si ce n’est qu’Olrik Jr a choppé un virus (le rotavirus) qui a fait atteindre à sa fièvre des hauteurs olympiques. Après une journée au calme à la maison et ponctuée de médicaments pour faire descendre la fièvre, il a bien fallu se rendre à l’évidence le lendemain : un passage chez le docteur s’imposait. Amère frustation d’Olrik jr qui a vu son petit frère partir seul à la plage en compagnie de son père ! Adieu, vagues, eau tiède et grosses bouées colorées ! Et adieu yakiniku aussi, car le soir de son premier jour de traitement, il a fallu en faire un pour ne pas gâcher la nourriture achetée quelques jours avant. Et comme tous ces malheurs ne suffisaient pas, il allait aussi se farcir un séjour en petite forme ici :

hotel j's

Haut perché dans les montagnes à une trentaine de kilomètres de Miyazaki, l’hôtel J’s nous attendait le samedi après-midi afin d’y passer un court séjour (une nuitée) avec les beaux-parents. Au programme : ronflette sur les tatamis ponctuée de visites au onsen situé au pied de l’hôtel et de repas de type buffet à volonté. Le calvaire, quoi !

La perspective pour Olrik jr de devoir être présent tout en devant faire une croix sur le onsen n’était donc guère réjouissante. Néanmoins, comme son traitement était fini et qu’il s’agissait pour lui de surtout remettre en marche une machine un peu traumatisée après trois journées éprouvante, j’avais confiance : le séjour à l’hôtel allait agir comme un baume et même susciter l’envie d’aller se baigner avec modération. Ça ne rata pas : Une demi-heure après notre arrivée, alors que je proposai à Olrik the 3rd d’effectuer la première baignade, Olrik jr, dans un beau sursaut de motivation, se proposa de nous accompagner. Il fit bien, car si le bassin intérieur était déjà sympa :

j's-onsen-1

… le bassin extérieur l’était encore plus et avait de quoi requinquer n’importe qui :

j's-onsen-2

Le lendemain matin, nous eûmes même le plaisir d’avoir durant trois bon quarts d’heure le lieu rien que pour nous trois, le reste de la clientèle étant affairé à faire ses valises ou à prendre son petit déjeuner. J’en profitai pour utiliser l’appareil photo laissé dans le casier au vestiaire. Ami lecteur, comme tu sais que ce site ne recule devant rien pour faire partager sa passion, je t’offre ce court moment “Olrik virtual trip” pour tenter de te faire sentir la magie d’une baignade à 8H30 du mat’ :

Et puisque j’en suis cadeaux, pour les lectrices, permettez-moi de vous offrir cette photo de moi à poil :

j's-onsen-3

Merde, pas fais gaffe qu’en prenant la photo j’avais la même posture qu’un haniwa !

Sans doute un des moments à la fois les plus joyeux et apaisants de notre séjour. Etre seuls dans un bassin avec une jolie vue et avec pour uniques compagnons un soleil encore amical (c’est mon cinquième séjour estival à Miyazaki mais je le place en pole position en termes de température et de nombre de journées ensoleillées) et le chant des grillons fut ma foi un plaisir pas si éloigné de celui éprouvé onze auparavant, un soir d’hiver, lorsque je me baignai de nuit dans le bassin extérieur d’un autre hôtel de ce type en compagnie de celle avec qui je venais de me marier la veille.

Au plaisir de ce bassin, ajoutons celui à l’intérieur d’un petit sauna et de l’indispensable bassin d’eau froide, ce dernier étant moins extrême que celui testé dans le sento du centre ville de Miyazaki, bassin qui faisait 7°C. Là, on était clairement entre 10 et 15°C, pas désagréable non plus mais je sentais bien que mon corps était frustré. Avoir la sensation d’être Michel Strogoff plongeant dans un lac de Sibérie et en ressortir à la fois relaxé et fortifié, avec l’envie d’en découdre avec le premier Tatare venu, j’avoue que c’était ma came.

A côté du onsen, se trouvaient les inévitables tables de ping-pong, très fréquentes dans ce type d’endroit. Mais plus intéressant était le jjimjilbang, c’est-à-dire le sauna coréen. Laissant un Olrik Jr regaillardi à la chambre où il put siroter tranquillement quelque soda au melon, j’y allai cette fois-ci avec madame. Là aussi, nous avons eu la chance d’avoir le lieu rien que pour nous. Et c’est heureux car avec la belle maladresse que j’ai commise, j’aurais pu me retrouver avec le service d’ordre de l’hôtel sur le dos. Voici comment.

En fait, à l’entrée, on nous file un panier avec dedans une serviette et un pyjama moisi. Petite déception : on doit passer par des vestiaires séparés. Déception car je me disais que ça allait être chouette de contempler le corps tout ruisselant de ma bijin dans un sauna infernal. Mais enfin, tant pis, l’endroit devait receler d’autres points d’intérêt susceptibles de surmonter ma déception. Parmi ces points, je n’allais certes pas y inclure ce pauvre pyjama bleu à manches courtes. Moi qui ai fière allure en yutaka…

olrik-yutakaEt je le prouve.

… hors de question de me vêtir de ces nippes. Je les laissai dans le casier et pénétrai dans la salle principale :

j's-sauna-1

Là, je n’avais pas d’appareil photo à la pogne. Les photos qui suivent viennent donc du site de l’hôtel.

Personne à l’horizon. Au bas de l’image vous voyez un bassin rempli de billes légèrement chauffées où vous fourrez vos petons :

onsen-sauna-2

Assez relaxant, à faire plutôt à la fin de votre périple caniculaire. Au milieu c’est un caisson où circule un air frais :

j's-sauna-2

À faire là aussi plutôt à la fin pour vous refaire doucement la frite. Enfin, à droite, se trouvent les trois épreuves du lieu. Les deux premiers sont assez soft mais il ne s’agit pas ici de risquer sa peau comme dans le sauna du sento de Miyazaki. On est entre 40 et 50°C, températures suffisantes pour transpirer doucement sans avoir le sentiment d’être à l’agonie au bout de dix minutes.

j's-sauna-4

Dans la première on étale sa serviette sur le plancher et on s’allonge, les jambes surélevées par un gros rondin en bois, dans la deuxième la serviette se pose sur des cailloux. Difficile de dire lequel est le plus agréable, les deux se valent et la musique feutrée qui sort des enceintes (plaisant d’entendre du Bach dans ce genre d’endroit) donnerait presque envie de faire un roupillon, chose impossible dans la troisième salle puisqu’il s’agit ici d’un sauna plus traditionnel, avec une température dans les 70°C :

j's-sauna-5

Et c’est là que je commis ma gaffe. Tellement habitué à mon sauna à Miyazaki, je laissai mon yutaka à l’entrée et y pénétrai sans façon nu comme un ver. Personne à l’intérieur ? Sugoi ! J’avais le sauna rien que pour moi ! Sauf qu’au bout de trois minutes, la porte s’ouvre et quelqu’un apparaît : surprise ! c’est ma douce ! Il faut que je lui dise qu’elle est chez les hommes ! Manquerait plus qu’elle tombe sur un horrible touriste chinois adipeux la loche à l’air, sensible comme elle est, pas sûr qu’elle tienne le choc d’une telle rencontre ! Au moins elle était vêtue du pyjama moisi, elle ne risquait pas de créer une émeute en arborant son corps d’albâtre. J’en étais là de mes réflexions et je m’apprêtais à lui enjoindre de vite regagner le sauna pour les femmes lorsque ces quelques paroles me firent comprendre la raison de sa surprise, à me voir là, aussi nu qu’une nouille de soba baignant dans son jus : « Euh… l’endroit est mixte, il faut mettre les vêtements prêtés à l’entrée ! ». Stupeur ! Trente jours au Japon passés à fréquenter quasi quotidiennement les onsens et j’en avais oublié que les femmes et les hommes pouvaient passer par des vestiaires séparés sans pour autant ne pas se mélanger après. Si ça c’était pas du conditionnement pavlovien ! Dans cette maladresse j’eus finalement de la chance : à la place de Madame ç’aurait pu être une autre femme qui serait peut-être allée illico prévenir le personnel qu’un horrible hentai gaijin attendait le dard turgescent des proies dans le sauna ! Heureusement cela n’eut pas lieu. Je dégageai recta du sauna pour aller enfiler le maudit pyjama bleu et poursuivre ma découverte du jjimjilbang , que je recommande (chaudement, évidemment).

Pour le reste, j’eus un peu peur pour le dîner quand j‘entendis que ça parlait chinois. Mais je fus rapidement rassuré, loin de certains specimens aperçus à Osaka et Tokyo, les touristes chinois rencontrés à l’hôtel n’avaient rien d’exaspérant. Je passe sur le buffet : plats à profusion et dans l’ensemble de qualité. Evidemment, dans un onsen, on ne peut passer à côté de ce petit met :

onsen-tamago

Le « onsen tamago ».

Bref, le dîner fut réussi et, accompagné d’une jolie vue, permit à Olrik Jr qui avait l’estomac encore en petite forme de savourer l’instant et de reprendre des forces. La vue d’ailleurs, parlons-en, de notre fenêtre voici ce que nous pouvions voir :

j's-vue

Photo prise au petit matin. De quoi donner envie de profiter pleinement du paysage en enfilant sa tenue de golfeur pour aller profiter des greens au pied de l’hôtel :

j's-golf

Qui sait ? Peut-être que le sosie d’Harold Sakata m’attendait pour porter mes clubs ?

Après un moment de digestion, il était temps de redescendre au onsen. Oui, je sais, c’est totalement déraisonnable mais c’est ainsi. J’imagine que j’ai dû être dans une vie antérieur un concepteur de onsen car lorsque je suis dans ce type d’endroit, le plaisir ne vient pas temps de la durée passée lors d’une visite unique dans les bains mais à la fréquence de multiples visites, effectuées toutes les deux heures environ. Je pense que c’est probablement dans un onsen que j’ai dû avoir l’idée du jeu de mots « bulles de Japon » lorsque je décidai de créer ce site. Bref, il s’agissait pour ce bain d’après dîner de se rendre en famille dans un bassin réservé à l’avance pour la somme de 1500 yens :

j's-onsen-familial

D’autres photos ont été prises mais ne rêvez pas, inutile de chercher, celles où apparaît Madame en tenu d’Eve sont rien que pour moi. Le lieu est petit mais suffisant pour barboter en famille. Mais l’eau était trop chaude, surtout pour des enfants. Je soupçonne l’hôtel de proposer une eau surchauffée afin d’inciter afin de ne pas avoir des problèmes avec des familles qui prendraient leurs aises et déborderaient sur le temps imparti (en l’occurrence une heure). Trois quarts d’heure après on avait quitté le lieu. Moi, évidemment frustré de ne pas avoir eu ma dose de flotte Michel Strogoff approved, je retournai au onsen pour notamment profiter de l’ambiance nocturne :

j's onsen 5

À cette période de la journée, les grillons la mettent enfin en veilleuse et on peut pleinement profiter de la sérénité du lieu, ponctué seulement de quelques clapotis émanant d’un client entrant dans l’eau. Après tant de bains, je pense pouvoir dire sans trop me tromper qu’il ne devait plus trop y avoir d’impuretés sur mon corps d’athlète. Je regagnai la chambre où je trouvai la famille déjà affalée sur les futons, les uns somnolents, les autres ronflants déjà (sage décision que d’avoir pensé à acheter des bouchons). C’était la fin de la journée. Demain m’attendaient avant le départ deux séances de baignades et un copieux petit-déjeuner. Allais-je tenir le coup ? Ami lecteur qui t’inquiète peut-être de ma santé, sois rassuré : oui, je tins parfaitement le choc.

Lien pour marque-pages : Permaliens.

6 Commentaires

  1. C’est que tu me donnerais presque envie d’aller au Onsen. Jamais été trop fan, en partie parce que montrer ma plastique d’Appolon au peuple nippon créerait bien trop de jalousies, je pourrais me voir refuser mon renouvellement de visa, mais surtout parce que les bains, bof, sauf dans la mer, et l’eau super chaude, encore plus bof.

    Sinon pour les JOs, je me dis comme toi : le prix de devoir se farcir du ping-pong et du badminton à longueur de petit-déjeuner vaut largement celui de ne plus avoir à supporter Montel.
    Après après deux JOs aux US, je me dis aussi qu’au niveau chauvinisme, n’importe quel autre pays est très supportable.

    • Au-delà de l’eau chaude, c’est surtout l’ambiance et tous les petits détails qui me plaisent.
      Pour le JO, c’est sans doute moins le ping pong (rare sur la TV française et quand même assez spectaculaire) et le badminton (qui m’intéresse car l’ayant un peu pratiqué) qui m’ont exaspéré à la longue que cette rengaine que je me félicite de ne plus avoir à me farcir 5 fois par jour :

      Et oui, j’ai déjà lu quelque part qu’en matière de chauvinisme, les Etats-Unis étaient largement médaille d’or.

  2. Cet article fleuve – ou bien onsen – rattrape à merveille le temps passé à attendre des nouvelles. N’y manquent qu’une ou deux ondines pour être au nirvana, même si ta présence ulysséenne dans le sauna (je pense au passage de l’Odyssée où l’on voit Nausicaa) n’est pas loin de les valoir 🙂 Quant aux JO, j’espère que tu as fêté comme il se devait la médaille de bronze enlevée de haute lutte par Kei.

    • Bien vu pour la référence à l’Odyssée. Ce qui m’amène à penser que pour Olrik jr, ce séjour à l’hôtel était forcément un supplice de Tantale.
      J’ai vu des extraits des matchs de Nishikori mais en fait, je t’avouerai que je l’ai surtout vu dans les supermarchés à vanter les mérites d’une certaine lessive :
      null
      Dommage qu’il n’ait pas su “nettoyer” Murray en demi-finale.

  3. Bravo ! Mais dis-moi, dans ce poing serré et ce regard, n’y aurait-il pas lointainement du Billy Idol ? Auquel cas l’US Open tendrait les bras à Kei…

    • Clair qu’il y a un petit côté “flesh for fantasy” dans cette pub. Appelons-le maintenant Billy Nishikori, avec un blase pareil, impossible de perdre.

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