Ghost Writer (2015)

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Risa Touna, auteur de best-sellers au sommet de sa carrière, doit maintenant faire face à la perte de créativité. Le hasard met sur son chemin Yuki Kawahara, jeune provinciale talentueuse qui se donne un an à Tokyo pour devenir romancière. Rêve qui pourrait devenir réalité si elle ne se heurtait pas à un monde de l’édition peu enclin à prendre des risques financiers avec de jeunes auteurs inconnus. Néanmoins, elle va pouvoir écrire grâce à sa rencontre avec Hayato Oda, jeune cadre travaillant chez l’éditeur publiant les livres de Touna. Il s’avère qu’il cherche quelqu’un pour être l’assistant de la grande romancière. Yuki accepte le job et, si son rôle se limite d’abord à apporter le thé, elle ne tarde pas de fil en aiguille à mettre en valeur ses compétences d’écrivaine, tant et si bien que Touna, après quelques réticences, finit par lui proposer de devenir son nègre…

 Drama très recommandable que ce Ghost Writer. Si la rivalité entre deux femmes est un motif pour le moins banal, choisir le cadre du métier d’écrivain et la question de savoir qui, de l’auteur à succès au nègre, est la béquille de l’autre, l’est moins. Au début, un peu à la manière d’un Dumas avec le trvail d’Auguste Maquet, Risa se contente de retoucher les manuscrits que lui apporte Yuki, d’y apporter sa patte. Et puis, assez vite, elle se contente d’y apposer sans vergogne sa signature et continue de jouer sans aucune gêne le jeu des médias, très à l’aise dans des mensonges qui vont peu à peu décevoir Yuki et l’inciter à changer cette situation. Des frictions vont apparaître entre les deux femmes et l’évolution de la confrontation de leur personnalité promet dès le deuxième épisode d’être passionnante.

On apprécie le travail des deux actrices qui ont su donner à leur personnage des facettes contribuant à effacer tout manichéisme. Ce n’est en effet pas d’un côté la gentille jeune romancière contre la méchante auteure de best-sellers. Risa est froide et assez peu sympathique mais à aucun moment elle ne se rend haïssable. Au contraire, on aurait même parfois  un sentiment de pitié envers cette femme arrogante qui semble tout maîtriser mais qui en fait ne maîtrise  rien : son inspiration lui échappe, tout comme sa vie privée avec un fils lycéen qu’elle a bien du mal à élever et une mère atteinte d’Alzheimer, source de soucis dans le présent mais aussi de rancoeurs liées au passé. Pour sa vie intime, ce n’est guère mieux : sa liaison avec son rédacteur en chef, joli crapule surtout préoccuper à veiller sur la poule aux œufs d’or, n’a rien de vraiment réconfortant.

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La vie aseptisée de Risa Touno

Quant à Yuki, si sa colère est bien compréhensible, elle fait aussi montre parfois d’un esprit calculateur qui rend volontiers des points à celui de Risa. Admiration et haine mutuelles vont peu à peu se mêler et tisser une intrigue sur sept épisodes très prenante. Les trois derniers prendront une tournure différente mais assez réussis dans l’orientation choisie pour poser la fin.

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La vie plus ordinaire de Yuki. À noter que l’inspiration créatrice est symbolisée par cette prolifération de phrases dans l’environnement de l’artiste. 

Au-delà de cette rivalité, la série s’essaye aussi de donner une idée sur la réalité du milieu de l’édition japonais. Difficile de dire jusqu’où va le réalisme, mais il est intéressant de noter cette pratique de la prépublication de romans dans des magazines, un peu comme ce qui se fait du côté des mangas avec Young Jump et consorts. Avec un même point commun : on peut être une star dans son domaine, et en tant que tel on aura droit à certains égards, il n’en reste pas moins qu’on se doit d’être pro : comprenez de respecter les délais et de faire vendre. Oublier une deadline n’est pas un simple incident, c’est une faute qui tout de suite va égratigner votre réputation. Prendre son temps pour mûrir un roman, travailler le style ? Cela semble impossible tant l’écrivain semble être pris dans un engrenage qui l’identifie au bout du compte à une marque, un produit marketing qu’il se doit d’honorer. C’est ce qui ressort du personnage du rédacteur en chef et du patron du magazine pour lequel Risa travaille et pour lesquels un écrivain est quelque chose de jetable dès qu’il ne répond plus aux attentes.

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Plongée intéressante dans le milieu de l’édition donc, même si l’on se dit que l’on aurait pu y trouver des personnages qui auraient encore pu l’approfondir. La critique littéraire est par exemple limitée à des commentaires d’internautes sur twitter ! On aurait pu imaginer autre chose, par exemple le critique littéraire langue de pute ou le critique éclairé qui, par sa sagacité, aurait pu suspecter des faits de langue dans les livres de Risa susceptibles d’éveiller ses soupçons. Même chose avec les personnages d’écrivains. En voyant cette série on a l’impression que pour être un auteur à succès au Japon, il faut avant tout porter un tailleur et des escarpins. On aura compris que Risa et Yuki ne sont pas vraiment le genre Charles Bukowski. Ce côté policé est un peu dommageable, donnant une certaine fadeur à la figure d’écrivain. Il y en a bien un autre, un jeune romancier primé, mais le personnage est insignifiant, caricatural et n’a aucun impact sur l’intrigue. De même la rivale de Risa apparaissant au premier épisode : tailleur et escarpins de rigueur et, si l’on se dit qu’il y a chez elle un potentiel de peau de vache, le personnage est finalement abandonné.

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La table de corrélation des persos : on en a connu de plus fournies dans les dramas.

Du coup on se dit que la série souffre peut-être aussi de son calibrage en dix épisodes. Certaines scènes laissent parfois sur notre faim (un procès qui tourne court), certains aspects auraient pu être développés (le poids d’internet et des réseaux sociaux) mais pour cela, il aurait probablement fallu deux saisons au lieu d’une. Il n’importe, Ghost Writer reste encore une fois un bon drama qui réserve à chaque épisode son lot de surprises, à condition d’arrêter une minute avant la fin pour échapper aux insupportables teasers bien trop explicites. D’ailleurs, à ce sujet, il faut aussi évoquer le gimmick de l’anticipation au début de chaque épisode avant d’enchaîner avec un flashback. On imagine les scénaristes influencés par Breaking Bad mais là où cette série parvenait à révéler sans trop en dire, à conserver du mystère, à susciter l’inquiétude du spectateur, il faut reconnaître que cette technique dans Ghost Writer est un peu faite avec des gros sabots et contribue à atténuer le plaisir. L’effet de style est là, mais pour arriver à l’excellence made in Vince Gilligan, il y a encore du boulot.

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