Littérature
Guy de Maupassant n’a rien à cirer des japonaiseries
7Dans la deuxième moitié du XIXème siècle, tous les écrivains kiffent les beaux objets venus du Japon. Tous ? Non, car un irréductible n’hésite pas, lors d’un numéro de décembre 1880 du Gaulois à confier son mépris pour ce qu’il nomme les « japonneries », cet homme, c’est… (Lire la suite…)
Rudyard Kipling sur France Cul
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Au cas où vous ne le sauriez pas, 2011 est l’année Kipling et France Culture lui a récemment rendu hommage. « Et alors ? me direz-vous, qu’est-ce qu’on en a à carrer ? ». On en a à carrer ceci : (Lire la suite…)
Le vide et le plein, Nicolas Bouvier
5Mon livre est celui d’un homme qui, à force de manquer de méthode (et ce n’est pas un parti pris : je cherche à être méthodique mais sans y parvenir), trouve tantôt mieux tantôt pire tout ce à quoi ses ambitions raisonnées auraient pu le conduire. Une médiocrité désordonnée, toute trouée de fenêtre, parcourue de courants d’air : on a des chances d’en guérir. Organisée, elle vous enferme.
Il y a des esprits organisés qui font leurs valises, traversent un pays ou y séjournent puis… « font le tour de la question ». Moi ce sont plutôt les questions qui m’entourent, m’encerclent, m’assiègent et je pare les coups comme je peux.
19 janvier 1964, Nicolas Bouvier, accompagné de sa femme Éliane et de son fils Thomas, s’embarque à Marseille sur un cargo, le Laos. Destination : Yokohama. (Lire la suite…)
Fleur de Nave Vinaigrette (San-Antonio)
2Pour moi, pas de bonnes vacances sans un bon San-Antonio. Car quitte à se délasser les neurones, autant le faire dans la gaudriole intelligente. Intelligente, oui, j’insiste pour ceux qui ne verrait dans San-Antonio qu’une sorte de littérature de gare vulgaire et écrite avec le cul. Je confesse ici que j’ai longtemps eu cet a priori. Et puis, je ne sais un jour quelle mouche m’a piqué mais je me suis mis à en lire un. Je me souviens encore du titre : Faut être logique. Effectivement, quitte à dire du mal d’un auteur, autant commencer par le lire, faut être logique. Et là, je n’ai pas mis longtemps à m’apercevoir de ma bévue. Drôlissime et terriblement inventive, la prose dardienne ne tarda pas à faire de moi, au bout des 250 pages qui composent le volume (la norme pour un San-Antonio), un accroc aux exploits physiques et langagiers de ce commissaire viril à côté duquel OSS 117 fait penser à l’inspecteur Clouzot. (Lire la suite…)
Faire l’amour, de Jean-Philippe Toussaint
0 Le jour se levait sur Tokyo, et je lui enfonçais un doigt dans le trou du cul.
Ne vous y trompez par à la lecture du titre et de cette phrase. Faire l’amour de Jean-Philippe Toussaint n’est pas un roman pornographique. Plutôt qu’une histoire d’amour, il s’agirait d’une histoire de rupture, encore que l’un n’empêche pas l’autre. « Nous nous aimions, mais nous ne nous supportions plus », explique le narrateur à propos de sa relation avec Marie. Aussi ce séjour à Tokyo, dans un « grand hôtel de Shinjuku », a-t-il des allures de scellement de cette rupture. Le premier acte sexuel dans leur chambre d’hôtel se transforme en un grotesque fiasco. À d’épisodiques moments de tendresse succèdent des bouffées de violence, verbales (« Tu me dégoûtes », « [je] lui avais dit de fermer sa gueule ») et potentiellement violentes. Le narrateur raconte qu’il est en effet venu au Japon en camouflant dans sa valise une bouteille d’acide chlorhydrique, avec peut-être pour but de finir « dans sa gueule à elle ». Cette petite bouteille, le narrateur la garde dans sa poche, petite voix qui semble lui susurrer qu’il devient urgent que la séparation arrive. (Lire la suite…)
Regrets d’hiver, de Romain Slocombe
2Ultime partie de la tétralogie romanesque consacré au photographe fétichiste ultra gaffeur Gilbert Woodbrooke, Regrets d’hiver porte bien son nom. La tonalité est sombre, très sombre. On pourrait rétorquer que les précédents opus (Brume de printemps, un Été Japonais et Averse d’Automne), n’étaient pas mal non plus en matière de noirceur, mais cela n’avait rien à voir avec Regrets d’Hiver. Tout d’abord parce que l’ennemi de Woodbrooke est cette fois-ci incarné par Masaru Miyamato, grand patron Japonais et amateur d’art éclairé. C’est un petit vieux plus qu’alerte pour son âge (il a plus de 90 ans), a priori sympathique. En réalité, il s’agit d’une splendide saloperie qui n’hésite pas à utiliser des yakuzas pour étouffer des affaires sordides et qui, surtout, a été un acteur très actif lors du « viol de Nankin », épisode honteux de l’histoire du Japon dans lequel, durant l’année 1937, 200000 soldats et civils chinois périrent. La ville fut certainement à cette période un petit concentré d’enfer sur Terre. Dans ce roman assez statique (il est presque intégralement un huis clos), le passage le plus acide, le plus cauchemardesque, intervient lorsque Miyamoto décide de raconter à Woodbroke son passé d’officier. Durant deux cents pages, rien ne nous est épargné : les meurtres, les tortures, les décapitations, les viols (le terme me semble être un euphémisme), les infanticides, les fleuves remplis de cadavres, les exécutions sommaires, les mutilations de parties intimes en guise de trophées, etc. La narration à la première personne (par la voix de Woodbrooke) contribue un peu à désamorcer l’horreur. C’est une voix bien connue qui, dans l’océan d’immondices que l’on découvre, sidéré, fait plaisir à entendre. (Lire la suite…)






