Sweet Whip (Takashi Ishii – 2013)

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Takashi Ishii ou un petit dernier pour la route. Point d’alcool ici, je veux bien sûr parler d’un pinku avant d’aller œuvrer du côté des yakuza eiga (avec une suite à l’excellent Gonin). On ne va pas s’en plaindre, surtout lorsqu’on est assuré d’avoir dans le rôle principal la sculpturale Dan Mitsu. Après, il faut malheureusement bien reconnaître que le problème est que l’on est assuré aussi d’avoir un cocktail sexe et bottes de cuir qui sent le réchauffé et pouvant sans problème se vautrer dans la complaisance et le ridicule. Ça ne rate pas, on a droit à toutes la panoplie, des menottes au shibari en passant par le fouet, la cravache, la cire de bougie et l’élégant écarte-bouche. Ajoutez à cela du foursome, du client pervers dégénéré et de la dominatrix de pacotille très « Ilsa monte une boite SM à Kabukicho », et vous aurez compris que Sweet Whip est peut-être à éviter d’urgence.

Toute cette imagerie cheap de bondage est en effet le principal point négatif du film. Et c’est bien regrettable car le temps de quelques scènes, Ishii parvient à donner à son érotisme une certaine originalité. Ainsi cette scène où le personnage de Dan Mitsu, une femme chirurgienne œuvrant au service gynécologie de son hôpital, se dévêt et s’affuble de vêtements SM… dans la chambre de sa propre mère  qui est en phase terminale.

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J’ai apprécié aussi ce court moment où l’on voit la Mitsu, nue et un verre de vin rouge à la main, quitter son douillet appartement de femme au-dessus de tout soupçon pour aller contempler de son balcon la ville dans les ténèbres où se jouent de bien étranges pulsions. Ishii est parfaitement capable de magnifier le corps de ses actrices, de susciter le malaise sans avoir recours à la grosse cavalerie.

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Mais voilà, son péché mignon, et ce depuis l’époque où il était mangaka, c’est la complaisance. Le spectateur est donc quasi assuré de voir infligé de looongues scènes de débauches et de tortures. Pas non plus de quoi tomber dans les pommes, on n’est pas dans la série des Guinea Pig mais enfin, ça lasse tout ça, ça lasse, et l’on regrette que les moyens techniques ne soient pas davantage au service d’une épaisseur psychologique.

Car l’histoire et les personnages ne sont pas sans intérêt, jugez plutôt :

Naoko, jeune femme médecin sans histoires a deux secrets. Le premier renvoie à son adolescence. Alors qu’elle revenait un soir du lycée, elle a été kidnappée et séquestrée par un homme qui l’a violée et torturée un mois durant, tout en lui vouant un amour inconditionnel. Elle s’en est sortie par miracle après l’avoir assassiné mais son retour à la maison n’a pas été celui escompté car sa mère lui a montré plus de distance que de chaleur après sa terrible épreuve. En revanche, touchée par la gentillesse de la femme médecin qui l’a auscultée pour le rapport de police (scène assez glaçante), elle se décide elle aussi à devenir médecin pour apporter du réconfort aux gens.

Tout va bien sauf que Naoko a un deuxième secret connecté au premier. Quoique sans affection pour son tortionnaire (elle insiste sur le fait qu’il n’y a eu pour elle nul syndrome de Stockholm), elle a une petite madeleine qu’elle aimerait bien retrouver : le subtil plaisir qu’elle ressentait lorsqu’elle se faisait fouetter. Aussi, lorsque la nuit tombe, Naoko se transforme en Serika et rejoint un club SM pour essayer de retrouver ces sensations. Le problème est qu’un soir, alors que sa vieille mère est sur le point de décéder dans une chambre d’hôpital, elle se retrouve coincée avec un client sadique à souhait qui semble décidé à la tuer…

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Le 2ème client du film, joué par Naoto Takenaka, un habitué de la filmo d’ishii.

La structure n’est pas inintéressante. On commence par la vie sans histoire de Naoko comme femme médecin avec en parallèle des flash-backs sur son traumatisme originel, le tout avec une voix off féminine qui raconte à la troisième personne avant de reconnaître qu’elle est cette jeune femme qui s’est fait violer. Globalement, le spectateur échappe à une tentation de faire dans du crapoteux de performance avec des scènes longues à souhait. Le spectateur sait qu’elle reviendra chez elle couverte de sang après avoir tué son ravisseur, mais il ne saura pas comment. Ce sera le premier effet d’attente…

Arrive la deuxième partie avec la révélation de la vie nocturne de Naoko/Serika. Et là, ça se gâte un peu. Si certaines compositions d’images peuvent susciter un plaisir d’esthète, il faut bien reconnaître que l’on est souvent dans un érotisme qui tache et qui peine à refréner l’envie du spectateur à appuyer sur la touche fast forward de sa télécommande. Après, lorsqu’arrive le troisième client (un ridicule quinquagénaire réputé être un « vrai » sadique – wow ! on a peur) et que l’histoire semble se répéter (échapper à un fou pour retrouver môman), le récit retrouve un intérêt et le spectateur se demande si Naoko, en poussant au maximum ses expériences et avec son désir de retrouver sa mère, va finir le film plus apaisée qu’elle ne l’a commencé. Las, le film se terminer sur une pirouette aussi inexpliquée qu’imbuvable…

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By the way, qu’en est-il des talents d’actrice de Dan Mitsu ? Difficile de juger. Quand elle ne parle pas, Ishii arrive à lui donner une présence indéniable. Quand elle parle, on reste sur sa faim puisque c’est un personnage déréglé qui plaque sur sa personnalité une manière d’être, une manière de parler qui sonne faux. Du coup on se retrouve avec une actrice qui joue mal, même s’il semblerait que cela ait été le but. Il faudra attendre d’autres films pour se faire une opinion.

Je peux comprendre l’argument qui consisterait à dire « Ishii, c’est pour tout cela qu’on l’aime ». La fesse facile, le coup de cravache appuyé, les miches violemment palpées et tout le toutim. Pousser le corps d’une gravure idol dans ses derniers retranchements érotiques, le tout avec des moyens techniques évidents, n’est en soi pas critiquable. Mais l’on peu regretter aussi que cela soit aussi synonyme de logorrhée esthétique alors que le film présente ici et là une volonté de davantage jouer sur la psychologie des personnages. A tout prendre, plutôt que la cire sur les tétons de Mitsu, je préfère le moment d’hésitation de sa cerbère dominatrix, alors que son client lui demande avec insistance d’échanger les rôles avec Naoko/Serika. La tentation du gouffre, l’hésitation avant de s’y engouffrer plutôt que le claquement artificiel, boosté par le DTS, de la cravache de pacotille sur l’épiderme rebondi d’une bijin à la Dan Mitsu. Les affres plus que le foutre.

5/10

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3 Commentaires

  1. Je te trouve dur quand même… Pour moi, on est bien au-dessus de ses « Flower & Snake » atroces et surtout de son précédent (pour rester dans ses pinkus tendance BDSM). Mais peut-être que je pardonne tout à la belle Mitsu (que j’ai préférée, ceci dit, dans « Be My Slave »).

    Je radote peut-être, mais parmi les films d’Ishii, outre les célébrés « Gonin » et « Freeze Me », celui qu’il faut voir à tout prix c’est « The Brutal Hopeless of Love ».

    En espérant que Mitsu Dan persiste dans le pinku, je ne m’en lasse pas… Outre le plaisir des yeux, elle dégage quelque chose de mystérieux qui m’intrigue.

  2. J’avais commencé Be my slave mais ne l’avait pas terminé. Effectivement Mitsu y avait l’air plus convaincante, faudrait que je refasse l’essai.
    Je suis peut-être un peu dur mais c’est vrai que par rapport à d’autres pinku, faits avec moins de moyens, moins de scènes de fesses et entretenant du début à la fin une certaine originalité, j’ai moins pardonné les deux trois fois où je n’ai pu me retenir de regarder ma montre en baillant.
    Sinon Mitsu joue dans un drama pour la NHK :
    http://www.nhk.or.jp/drama/coffee-ya/index.html
    Pas de risque de la voir attachée et fouettée mais je me demande ce qu’elle peut valoir dans un rôle calibrée pour la TV nippone.

  3. Elle tenait un petit rôle dans le drama à succès « Hanzawa Naoki » et je l’avais trouvée plutôt convaincante. La maîtresse d’un escroc, qui finissait par aider le personnage principal de la série…

    Bien entendu, aucune paire de menottes à l’horizon.

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