(The DC Archives) Hisayasu « 30 millions d’amis » Satô


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Place aujourd’hui sur bulles de Japon à la plus belle conquête de l’homme. Vous avez pleuré devant Jappeloup ? Apprêtez-vous à avoir les yeux qui saignent devant le film du jour. J’espère que vous avez bien apprécié l’image acidulée qui ouvre l’article car il n’y en aura plus d’autres. Allez, je me tais et laisse la place à l’homme qui murmurait à l’oreille des actrices pinku…


(article paru sur drink Cold le 22 septembre 2010)

Allez les enfants, virez les tables, rassemblez les chaises au milieu de la buvette, ce soir c’est le 3ème opus de la dernière séance Japanisthanaise! La VHS est prête, j’ai choisi pour vous un bon vieux pinku de derrière les fagots.


« OOUUUAAIIIS !!!!!! »

Allons, du calme. Il s’agit de Horse and Woman and Dog,  pinku à tendance zoophile et nécrophile. Plutôt original, non ?

 

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WTF ???!!!

 

Avec Rope Cosmetology, ce film est mon deuxième pinku avec des interventions de bêtes à poils (mais non, il n’y a pas de pubis en mode forêt vierge). Notez que je n’en suis pas plus fier pour autant. C’est typiquement le genre de film qu’on va se mater un peu péteux en loucedé, une fois que madame est partie se pieuter. Et je dois dire que même là, je ne suis jamais tranquille, toujours la peur qu’elle fasse irruption dans mon burlingue (impossible de voir de tels films au salon). Là, dans ce genre de situation, vous aurez beau expliquer que c’est pour vérifier la théorie du dasein de Heidegger dans les pinku des 90’s,  vous êtes sûr de l’avoir dans la baba, et avec quelques dents en moins encore !

Il y a donc eu un certain héroïsme de ma part pour préparer cette séance de cinoche, j’espère que vous m’en saurez gré. Non seulement je me suis fait un peu mal à mater d’ignobles scènes, mais en plus j’ai risqué ma vie de couple. Eh oui ! c’est ça être un pro du cinéma crapoteux. Plus qu’un vice, un sacerdoce.

Allez, avant de parler de ce film, touchons deux mots de son auteur, Hisayasu sato.

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Ce vilain moustachu ne paye pas de mine, et pourtant il fait partie de ceux qui, entre 1985 et 1998, ont été surnommés les FOUR KINGS OF PINK ou encore les FOUR HEAVENLY ANGELS, rien que ça. Mais une mauvaise traduction de ce surnom (shitennô) a conduit à leur en coller un autre, a priori pas vraiment à leur plus grand déplaisir :

THE FOUR DEVILS

Les 4 démons sont Kazuhiro Sano, Toshiki Satô, Takahisa Zeze et Hisayasu Satô donc. Ces Dalton du film de fesse ont sévi particulièrement à l’aube des années 90, à un moment où la production de ce type d’œuvres déclinait face à la concurrence des Adult Video, alors en plein boom. Les Four Devils ont alors su habilement tirer leur épingle du jeu, en proposant un pinku mêlant érotisme et contenu plus auteurisant, touchant à leurs préoccupations philosophiques, politiques voire expérimentales.  Leurs films furent souvent mal reçus : trop hermétique, érotisme mou des baloches. Mais des esprits avisés surent y voir une approche profondément originale du genre, héritière finalement de celle d’un Wakamatsu.

Autre intérêt : ces quatre-là ne sont absolument pas interchangeables, ils ont chacun leur « patte » immédiatement reconnaissable. Ainsi Hisayasu Satô. Sa marque de fabrique ? Le marteau et le burin. Cherchez pas la finesse, la tendresse et les happy ends, y’en a pas. Par contre, de la noirceur, de la brutalité et de la folie, ça, pas de problème. Ses 70 films et quelques (entre 1985 et 1995) foisonnent de désaxés et de scènes de sexe gratinées.

Voir un pinku de Satô, c’est une agression visuelle plutôt qu’un plaisir visuel. Il faudrait en effet être bien malade pour avoir une érection devant les plaisirs déviants de ces êtres englués dans une vie urbaine étouffante et aliénante. Précisons qu’il s’agit sans doute le thème principal des films de Sato : l’absence de communication, le repliement sur soi qui amène à la folie. Satô sait (du moins il le clame) de quoi il parle : de son propre aveu,  s’il n’avait pas été réalisateur, il aurait été persona non grata dans la société, avec peut-être des actes criminels à la clé.

D’ailleurs, puisque l’on parle de criminel, et pour vous donner une idée du gus, comment ne pas évoquer la présence de Issei Sagawa dans le casting de The Bedroom. Qui est Issei Sagawa ? Mais si voyons, on l’a déjà évoqué dans un article, c’est ce Japonais qui, alors qu’il se trouvait en France, a confondu jeune Hollandaise et casse-croûte. Évidemment, la justice n’a rien pu faire contre un tel zinzin et c’est tout naturellement que revenu au Japon notre ogre des temps modernes a pu se faire une petite place au soleil dans le milieu du showbiz japanisthanais. Cela a donné lieu à sa participation dans ce film, un peu comme si on faisait un nouvel épisode d’ Emmanuelle avec Émile Louis. Remarquez, ça aurait de la gueule.

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Ou alors, sur le modèle d’Alien VS Predator, un Gros Louis VS Sagawa, ce serait pas mal aussi.

Une dernière chose : Sato est aussi connu pour le côté « opération commando » de ses tournages. Limité par ses budgets, il se rendait (à l’imparfait car Sato bénéficie maintenant de conditions beaucoup plus confortables) avec son équipe à l’extérieur pour filmer rapidement dans les endroits qu’il veut ce que bon lui semblait. Une barricade empêche d’accéder à un lieu intéressant ? On n’a qu’à la virer ! Il faut une autorisation ? Franchement, j’ai une gueule à quémander des autorisations ? On imagine volontiers l’atmosphère un tantinet folklorique qui doit régner lors de ses tournages. Mais il résulte aussi de ces conditions de travail un réalisme accru dans la représentation de la vie quotidienne. Mais chut ! Le film va bientôt commencer.

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En deux mots, voici l’histoire : une jeune femme est retrouvée inconsciente sur une plage. Elle est récupérée par un galant homme mais, pas de bol ! il s’agit du garde-chiourme (joué par un des Four Devils, Kazuhiro Sano) d’une femme à cravache tout droit sortie d’une BD de Guido Crépax :

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Comment? Tu aimes boire chaud? Attends un peu vicieux!

Domination, humiliation, viol exécuté par ses deux acolytes ou par son youki, c’est son blaud à elle. Le sexe avec des remugles qui sentent pas très bon, ça la fait méchamment bicher. Et si les victimes ne sont pas contentes, eh bien non seulement ça augmente son plaisir sadique, mais c’est par-dessus le marché le même tarif puisque le domaine de Dominatrix apparaît comme bien coupé du monde.

Les pauvres victimes qui subissent donc ses caprices sont donc amenés soit à mourir des conséquences d’un de ses petits jeux :

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Exemple : enterrée vivante au moment de la marée montante. Qu’est-ce qu’on se poile!

Soit à se suicider :

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Découverte du corps de la jeune femme confiturisée (cf. ci-dessous)

 

Il n’y a dans ce film aucune montée en puissance dans l’ignoble. Dès le début, le spectateur est agressé par cette micro société dystopique (eh ! ça fait bien, ça !). L’héroïne (amnésique) est au début charitablement secourue, mais la délicatesse avec laquelle le garde-chiourme la transporte laisse songeur :

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♫ Hé Ho ! Hé Ho ! On rentre du bou-lot! ♫

Aussitôt après, on le voit la poser à terre puis la peloter avant de la prendre en photo (on découvrira d’ailleurs plus tard qu’il possède un petit stock de photos des jeunes femmes mortes).

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le baiser du prince charmant version Satô

 

Et sans crier gare, le film propulse le spectateur face à un viol collectif qui a lieu non loin de là mettant au prise une pauvre fille avec Dominatrix, deux hommes de main et… un chien. Inutile d’imaginer ce genre de scène :

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Puisque c’est ça que vous allez devoir vous coltiner :

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Un toutou aimant la confiture et la mayonnaise.

Rien de plus opposé à la sensualité, à l’érotisme, que justement les scènes érotiques de Satô. On chercherait en vain une quelconque grâce, une quelconque sophistication au détour d’un plan comme ce fut souvent le cas chez les grands faiseurs du Roman Porno. C’est le royaume de la barbaque qui se pénètre bestialement sans chercher à procurer le moindre plaisir au spectateur. L’exemple le plus frappant est l’usage de la mosaïque. Il y a toujours deux possibilités : soit on l’évite grâce à une habile composition, soit on le montre pour donner l’impression qu’on « le » fait vraiment. Non seulement Satô choisit la deuxième option, mais il semble en plus la rechercher, l’accentuer avec frénésie, à tel point que l’on a parfois plus l’impression d’avoir affaire à un vieux jeu érotique sur Amstrad qu’à un pinku :

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Oui, vas-y, lèche-moi mon gros pixel !



Le sexe est laid, aussi bien dans ses actes que dans sa représentation. Et lorsque arrive la scène avec le cheval du titre, scène qui enchaîne masturbation équine, pénétration de l’héroïne (évidemment feinte mais tout de même Thierry, ouh le vilain geste !) par le canasson puis éjaculaton généreuse sur son postérieur, on finit par crier grâce… et être entendu. Sans tout révéler de la fin, l’héroïne finit par « gagner ». Mais c’est une amère victoire. « Les gens ne font que me laisser des cauchemars », reconnaît-elle. Poupée déglinguée, la jeune femme n’a d’autre solution à part le suicide que…

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… de devenir elle-même une méchante femme à cravache.

En effet, comme la dominatrix branleuse de chevaux (on peut d’ailleurs imaginer que l’actrice bossait sûrement dans un hara tant elle le fait avec une surprenante dextérité), elle devient la reine d’un conte de fées acide. Comme elle, elle peut se regarder dans un miroir :

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 Dominatrix & Kruella

Beauté froide et impersonnelle, comme l’expression du visage camouflé par de grosses lunettes noires. La jeune femme était déjà au début du film une coquille vide. Son échouage pouvait faire penser que la vie urbaine l’avait brisée et rejetée (ce film vient après des métrages de Satô se passant tous dans des villes aliénantes). L’ultime étape de cette métamorphose est cette panoplie SM et toutes les expériences extrêmes qui vont avec, seul moyen de prendre conscience de sa vie. Finalement, elle n’est pas très loin d’une jeunesse japonaise repérée par Satô :

« J’ai l’impression que dans la société japonaise actuelle, la jeunesse a besoin de se meurtrir pour exister. Il y a une réelle recherche de la douleur… Je crois – c’est mon sentiment – qu’il y a des individus qui… alors qu’ils essayent d’exprimer leurs sentiments… peuvent le faire seulement par la violence. »

Telle est la vision de Satô. Après, évidemment, on est libre d’y voir qu’un argument fallacieux masquant à grand peine une complaisance dans le glauque. Ce serait faire une erreur je pense mais, d’un autre côté, comment reprocher à quelqu’un d’être resté sur la mauvaise impression d’une scène de coït entre une femme et un cheval ? Ça peut se comprendre, aussi ne vous forcez pas si vous ne le sentez pas trop, restez-en aux opulentes actrices des roman porno. Satô, c’est une agression de tous les instants, comme cette scène du début dans laquelle Dominatrix joue avec son miroir c’est…

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  Un éclair irregardable balancé dans la tronche du spectateur.

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