Bijins à jamais perdues #3 : la fausse tombale de Nishi-Otani

Entrée du cimetière de Nishiotani, Kyoto. Pas vraiment un but, juste un des hasards d’une déambulation sur deux roues que je fis à Kyoto lors de mon premier voyage au Japon.  A la fois fatigué et heureux, fatigué par la chaleur de cette après-midi, heureux de filer plus ou moins au hasard sur le damier relativement plan des rues de Kyoto. Je me souviens aussi d’une petite brise qui, conjuguée aux canettes d’Aquarius ingurgitées toutes les demi-heures, aida le piètre cycliste que je suis à battre allégrement son record de kilomètres à vélo en une journée. Le tout entrecoupé d’innombrables pauses pour consulter mon Lonely Planet en glaouiche ou utiliser mon désormais vieux Panasonic FZ-2.

Peut-être pas l’expérience la plus heureuse vécue au Japon, mais certainement l’une de celles que j’aimerais bien revivre. De celles qui vous font piger que le voyage en solitaire est décidément la meilleure formule. Partager par la suite avec Madame des visites de sites, faire des matsuris avec un mouflet a aussi du bon. Mais découvrir pour la première fois une ville, seul, à travers un kaleidoscope d’images rythmé par un tranquille pédalage, on est dans une situation de liberté et de découverte qui n’est pas loin du bonheur. Oui, loin du tracas des lignes de bus, des correspondances, des marches à pied qu’il faut ensuite faire pour rejoindre le point désiré, je ne peux que conseiller de donner tranquillement du jarret pour glisser sur les larges trottoirs de Kyoto et rejoindre les mystérieux sites évoqués par le Lonely Planet que l’on ne manquera pas de placer sur la panière du guidon, prêt à être dégainée pour corriger la moindre erreur d’orientation même si, dans la cartographie parsemée d’imprévus des villes japonaises, ces ratages ont parfois du bon. On se gourre, on prend la mauvaise rue : pas grave, on continue, on bifurque en espérant que l’on retrouvera la cible et puis on s’aperçoit cinq minutes après qu’on l’a apparemment bien ratée : pas grave non plus, on continue derechef, sachant bien que de toute façon, à Kyoto, un temple de perdu, dix de retrouvés. L’essentiel étant de ne pas passer à côté de Gion, le fameux quartiers des petites boutiques artisanales et des maisons de thé, que je m’étais alors fixé comme objectif pour cette après-midi de Juillet. Le matin, le Pavillon d’Or avait été la grosse cible. Tourist as fuck, le père Olrik. A mon retour en France, j’avais fièrement pu admirer mes photos en me disant « j’ai fait le Pavillon d’Or! ». Moi aussi, j’avais capturé le fameux machin doré dans une belle carte postale même si, au phénix fiché sur son toit j’avais malgré tout préféré ce drôle d’oiseau :

Le circuit touristique autour du pavillon achevé, je pus enfourcher ma fidèle monture louée 1000 yens à mon hôtel, et faire quelque chose de plus enrichissant : descendre tranquillement la Horikawa-dori, profiter de la légère pente qui s’étend sur plusieurs kilomètres afin de s’économiser et faire sécher le tee-shirt déjà bien trempé de sueur, le tout en slalomant entre bijins à jambes télescopiques et les obasans à trois jambes.

Descente vers le sud, puis direction babord toute afin de remonter ensuite le flan est de la ville pour gagner Gion. Avant cela, j’arrivai donc à ce cimetière. Ou plutôt au temple juste à côté, le Nishi-Otani Honbyô que j’aperçus au loin alors que je m’apprêtais à suivre docilement la promenade conseillée par mon guide. Quand on fait son premier voyage là-bas, on n’est jamais bien difficile sur les temples, toujours preneur qu’on est ! Je n’ai plus trop de souvenir de celui-ci, juste qu’il semblait avoir été déposé sur une esplanade de cailloux blancs qui révéerbérait alors atrocement la lumière et la chaleur du soleil. Le temps de prendre une photo banale, je pris en cadrage-débordement le temps pour gagner une petite issue sur la gauche, issue qui, quelques mètre plus loin, débouchait sur un cimetière. Plus précisément, sur une de ces intersections en forme de fourche et qui sont légion au Japon. Je ne sais pas si c’est moi, mais je les ai toujours trouvées sexy, ces intersections. Bref je m’arrête et saisis mon Panasonic pour saisir le tableau.

C’est alors qu’arrive, sur la gauche, une sorte de tube sombre d’où sortent une main tenant un seau et un pied finement dessiné surmonté d’un mollet sentant sa bijin d’une lieue. Il ne pouvait en être autrement : les pierres tombales en étaient toutes priapiques ! Une nouvelle fois, je me trouvais en face d’un spécimen de bijin à tête d’ombrelle. Je l’eusse bien accompagné au premier distributeur venu pour lui offrir une cannette d’Aquarius malheureusement, l’ombrelle m’ignora royalement, toute pressée qu’elle était à reposer son arrosoir et à fuir cette fournaise. Malgré le noir, cette bijin à jamais perdue n’était pas une tombale.

 


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10 Commentaires

  1. Bonjour,
    ton texte me rappelle mon passage sur Kyoto ou j’ai pu emprunter le vélo de mon ryokan et vadrouiller seul (j’ai fait le voyage en solitaire) le long des grands boulevards. J’avais alors le sentiment d’être une puce entourée de toutes ces voitures. Tu habites dans quel coin de France ? Ce serait cool de pouvoir échanger nos impressions. Je viens de découvrir ton blog, vraiment excellent.

    Longfinger

    PS : je n’arrive pas à revenir avec mon curseur dans la fenêtre des commentaires est-ce normal.

    • Bonjour et bienvenue.
      Et merci pour ce retour émanant d’une personne qui a éprouvé les vertus de Kyoto à deux roues.
      Pour se rencontrer, c’est un peu dur : je suis terré dans le Poitou-Charentes, vivant dans mon manoir et passant mon temps à lire et à mater des films pendant que Madame gouverne nos gens d’une main de fer. Je ne sors guère que de temps en temps pour parcourir mon domaine à cheval afin de voir si mes serfs travaillent bien mes terres. D’où l’utilité de ce blog qui permet d’échanger nos impressions par procuration. Si tu as des retours d’expérience par rapport à tel ou tel de mes articles, n’hésite pas, ce sera avec plaisir.
      Olrik

      PS : je crois discerner le problème que tu évoques : comme si la fenêtre des commentaires était bouffée par le pied de page, c’est ça hein ? Ce souci arrive aléatoirement avec Chrome et Mozilla, pas avec Internet Explorer. J’ai essayé de le régler, en vain, mes connaissances en CSS étant limitées. J’attends surtout des mises à jour de la part des navigateurs corrigeant le problème.

  2. Lord Olrik vous magnifiez un « rien ». J’ai eu le sentiment d’être projeté dans ce film et son ambiance estivale qu’était Un été à toute épreuve d’Ittoku Kishibe.

    • Je note cette référence. Même si je suis prudent avec Nakashima (j’ai adoré Confessions mais détesté Kamikaze Girls), la vue de certains screenshots de ce film m’inspire confiance.

  3. Un film que je ne conseille pas en général. Un p’tit film sympa mais voilà, ça s’arrête là. C’est surtout qu’il est emprunt d’un rythme qui pourrait rebuter les non-initiés. Maintenant, toi et ceux qui s’intéressent de près au cinoche nippon, ce n’est pas un souci. Je ne m’inquiète pas. 😉 J’ai du le voir deux fois en tout et pour tout. Ca commence à remonter mais j’en garde un super souvenir. Souvenir qui est bizarrement remonté à la surface en te lisant. Marrant.

  4.  » C’est surtout qu’il est emprunt d’un rythme qui pourrait rebuter les non-initiés.  »

    Tu ne pouvais pas trouver meilleur argument pour me convaincre.

  5. Ah ouais, attends. Le casting est top. Le p’tit qui joue le rôle principal est au poil. Très touchant parce qu’il aime en scred une p’tite de son âge qui galère comme lui à l’école. Très touchant et disons-le « mignon ». On se rappelle des amours de jeunesse où l’on osaient pas y aller. Jamais cul-cul. Le cinéaste, de mémoire parvenait vraiment à se mettre à la hauteur de ce gamin pour nous immerger dans l’histoire. Une histoire avec une véritable ambiance. J’avais vu le bousin, tard le soir sur Arte (de mémoire toujours) et j’étais dedans, au Japon, je sentais cette chaleur étouffante. Après tu as toute une symbolique vis à vis de l’épreuve que doit réaliser le p’tit gars qu’on suit, le parcours de la vie etc… morceaux familiaux aussi. Sympa. C’est con que mes magnétoscopes soient HS, je l’aurai bien lancé pour revoir ce qu’il donne quelques années après. Quoique tu me diras, y a bien moyen de le trouver. Mais encore une fois, ça reste un p’tit film sans prétention. Il passe bien et puis après tu attends patiemment « Monster’s Club » de ce cinéaste dont tu apprécies le travail. ^^

  6. Bon, qu’Arte l’ait diffusé est plutôt rassurant. Il faut que je le vois, le « mignon » sur pellicule ne m’ayant jamais effrayé. Faut juste que je me trouve le temps pour le voir. Là, je suis plutôt dans une période films américains. Ai vu hier « Warrior », plutôt une bonne surprise.
    Olrik, il a du coup pris sa licence de MMA

  7. Grand fan de MMA avec ma moitié et supporters de l’UFC (entre autre), nous n’avons pas encore eu l’occasse de voir ce « Warrior ». Il m’est arrivé de le voir dans le Top 10 des films 2011 de certains internautes. Va falloir qu’on se fasse une idée du bousin un de ces quatre.

    • Plein de clichés, mélo à souhait, et pourtant j’ai marché. Il faut dire que le trio de personnages (les deux frères et le père) est incarné de manière convaincante. Nick Nolte en père de famille qui se répand de son alcoolisme et cherche désespérément l’amour de ses deux fils est juste excellent, tout comme les scènes de combat.

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