Haruka naru yama no yobigoe (Yoji Yamada – 1980)

distant cry poster    

L’Echo de la montagne, film de Yoji Yamada, est sorti en 1980, soit trois ans après le Mouchoir Jaune (voir article cinéma précédent). Autant le dire, il y a un côté « on prend les mêmes et on recommence ». Parce que Ken Takakura et Chieko Baisho rempilent (plutôt normal pour cette dernière puisqu’on l’aperçoit dans la quasi totalité des réalisation de Yamada).  Parce que l’histoire se déroule à Hokkaido. Enfin parce que il y ait aussi question d’une femme seule mais travailleuse et d’un homme portant un lourd secret et ayant affaire avec la prison. Le seule différence essentielle quant à ce dernier point est qu’ici, le personnage incarné par Takakura s’apprête à y entrer à la fin du film, alors que le personnage du Mouchoir Jaune en sort au tout début.

    

Alors, y a-t-il arnaque ? Pas vraiment. Comme je l’ai écrit lors du précédent article, aimer les films de Yamada c’est comme aimer des westerns. Le plaisir vient de petites variation au milieu d’un univers éminemment familier. Je suis plutôt un novice de son univers, et je dois dire que j’ai été à nouveau happé par cette histoire sans prétention. La voici en quelques mots. Tamiko Kazami vit avec son fils Takeshi dans la ferme familiale. Bien qu’elle ait perdu son mari quelques années plus tôt et que les conditions de vie sont difficiles, en particulier l’hiver – Hokkaido oblige – elle a décidé envers et contre tout de ne pas la vendre et d’y travailler. Un soir, alors qu’il pleut des cordes, un homme frappe à sa porte pour lui demander l’hospitalité, le temps que passe la tempête. Il s’appelle Kosaku Tajima. Taciturne, il quitte dès le lendemain la ferme. Puis il revient quelques jours plus tard et, embarrassé, demande à la femme si elle peut l’engager comme employé, même pour une bouchée de pain. Après quelques réticences, elle finit par accepter et a tôt fait de s’apercevoir qu’elle a tiré le bon numéro. Kosaku (le personnage de Takakura donc) est une sorte de super fermier : il excelle à toutes les tâches. Et costaud, et viril avec ça ! Ainsi cette scène dans laquelle il humilie à lui tout seul les trois terribles frères Abuta dont l’aîné harcelle Tamiko. La virilité de la correction qu’il leur inflige est d’ailleurs si édifiante que ces trois sympathiques ânes lui vouent aussitôt un culte. Entre hommes virils, on se respecte quoi ! Enfin, il est un père potentiel, un merveilleux éducateur (cette scène où il explique à Takeshi qu’un homme ne doit pas pleurer !) et… un excellent jockey puisqu’il remporte haut la main une course lors d’une sorte de championnat interfermes. Reste une question : est-il un fin amant, assure-t-il dans ce domaine ? Là, on ne peut pas vraiment le dire. Pourtant, sa patronne brûle peu à peu d’amour pour lui. Mais, comme pour le Mouchoir Jaune, il cache un lourd secret qui l’empêche d’emprunter franchement une voie pour poursuivre sa vie sereinement. Pour le dire simplement, il a tué et il est en cavale. Je vous laisse la surprise de découvrir en quoi consiste cette faute. Vous vous douterez juste que dans l’univers yamadien, c’est une faute qui suscite plus la sympathie que l’horreur du spectateur. Le fait est que Kosaku ne peut imaginer vivre à long terme avec Tamiko, il sait qu’il devra payer tôt ou tard son geste passé. Cette opposition entre un passé qui le rattrape et un avenir familial apaisé qui s’offre à lui constitue le ressort dramatique de la dernière demi-heure.

     J’avais évoqué dans mon précédent article cette facilité, cette générosité des sentiments qui baignent les films de Yamada, mais sans jamais les faire basculer dans la mièvrerie. C’est encore le cas ici. Est aussi très prégnante tout le long du film une impression d' »ôde à la vie ». Tous les personnages sont en effet à un tournant de leur vie, à la fin d’un cycle, et cherchent à donner une nouvelle impulsion pour commencer un nouveau cycle. Tamiko évidemment qui aimerait refaire sa vie avec cet homme en apparence si idéal. Son fils aussi, arrivé à l’aube de l’adolescence, et dont elle à Kosaku qu’elle a parfois du mal avec lui. Kosaku enfin qui conjugue un cycle négatif (celui de la période de cavale) et un positif (la vie familial à la ferme), avant d’en entamer un plus sinistre (celui de la prison) suivi, on l’espère plus lui, suivi d’un autre synonyme de rédemption. Voilà pour les personnages principaux mais cette notion d' »impulsion cyclique » se retrouve dans bien d’autres détails. Ainsi l’aîné des Abuta, sorte d’animal en rut (« buta » veut d’ailleurs dire « cochon ») qui aimerait faire sa vie avec Tamiko. Mais aussi le cousin de Tamiko, qui lui rend visite au milieu du film en compagnie de sa toute récente jeune épouse. Leur visite de la ferme donnera d’ailleurs lieu à une scène humoristique dans laquelle le jeune couple assistera médusé à une insémination artificielle d’une vache. Puisque l’on parle d’animaux, citons aussi la première rencontre entre Kosaku et Tomaki, lors de cette nuit orageuse. Kosaku n’est pas inactif cette nuit-là puisque Tomaki lui demande de l’aider à accoucher une de ses vaches. D’emblée, leur rencontre est sous le signe de la naissance d’une nouvelle vie. Enfin, à cela s’ajoutent moult plans insistant sur l’écoulement des saisons. Celles-ci, arides ou fertiles, coïncident avec les temps faibles ou les temps forts de la liaison entre les deux personnages principaux. Le film se termine avec l’hiver. Mais comme le printemps suit, on peut se douter que la fin n’est finalement pas si douce amère.

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