Tokyo Eyes (Jean-Pierre Limosin – 1997)

    

Le précédent article sur ce besoin d’être regardé m’a fait penser à un excellent petit film… français. Tokyo Eyes est en effet le sixième film de Jean-Pierre Limosin, film tourné au Japon, avec une équipe japonaise et intégralement en japonais. Seule la musique originale a été confiée à un français, Xavier Jamaux.

    

En quelques mots, le film parle des méfaits d’un criminel surnommé « le bigleux » à cause de l’impressionnnante monture de ses lunettes. Le film s’ouvre sur lui : il s’agit d’un jeune homme qui, sans raison apparente, traque des victimes (masculines) et les « tue » à coups de revolver, a priori sans raison apparente. En fait, on découvre assez vite que « le bigleux » est un criminel pour rire, une sorte de Zorro qui s’occupe de punir les fâcheux de la vie quotidienne (un macho brutal avec sa copine, un conducteur de bus xénophobe,…) non pas en les tuant, mais en faisant semblant de les tuer. Son revolver est en effet trafiqué de telle manière que la balle dérive de un ou deux mètres vers la gauche et n’atteint donc jamais sa cible. Les victimes en sont donc à chaque fois quitte pour la frousse de leur vie.

     A côté de ce personnage finalement bien sympathique, on suit l’enquête de la jeune Hinano, jeune soeur de l’inspecteur chargé de l’enquête sur le bigleux. Peu après avoir vu un portrait robot du faux criminel, elle rencontre par hasard dans le métro un jeune homme qu’elle soupçonne d’être le malfrat. Bingo ! c’est bien lui. Elle le suit, puis lui adresse la parole, s’ensuit alors une amitié naissante qui va se muer en un début d’idylle.

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     Plusieurs choses sont très appréciables dans ce film. Tout d’abord le côté histoire d’amour sans prétention mais malgré tout originale. Le personnage du bigleux y est pour beaucoup dans cette originalité. Mais il y a aussi une fraîcheur, une spontanéité qui résume parfaitement l’insouciance des amours adolescentes. La scène la plus mémorable est sans doute celle dans laquelle le Bigleux fait découvrir à Hinano son énorme collection de vinyls. Il en choisit un, le met sur sa platine, et commence à esquisser des gestes de danse tout prêt d’elle. D’abord interloquée, puis amusée, Hinano finit par l’imiter. Intervient alors quelque chose de particulièrement incongru. Un homme, assez dandy, entre dans l’appartement, comme cela, le plus naturellement du monde, se dirige vers la platine, fait quelques mix (l’homme en question n’est autre que Fumiya Tanaka, célèbre DJ de la scène techno japonaise)… puis repart. On garde de cette scène l’impression que quelque chose s’est passé, que des sentiments entre les deux jeunes gens se sont cristallisés, sentiments de bonheur qui rendent possibles ou absurdes tout ce qui leur est étranger.

     Toutefois, le film ne se poursuit pas sur le thème de la bluette. Car Hinano n’est pas complétement heureuse à l’idée d’avoir une histoire avec celui que son frère cherche à coffrer. Elle va du coup chercher à le fidéliser, à le « boyfriendiser » en essayant de lui faire abandonner ses activités d’ennemi public. Ce ne sera pas loin d’être gagné. Malheureusement, c’était sans compter sans… Takeshi Kitano ! Il joue ici un personnage de yakuza minable, à des années lumières de ceux joués dans Sonatine ou Hana Bi. Sans trop révéler ce qu’il se passe, disons juste qu’il est le grain de sable qui fait que le film, sans forcément se terminer mal, trouve une conclusion symbolique qui donne tout son sens au titre. Abandonnée par son copain (enfin, ce n’est pas vraiment cela, vous verrez…), malheureuse, l’esprit ailleurs, elle est soudain amicalement alpaguée dans la rue par quelqu’un qui lui prend la main. On ne voit pas son visage, seulement ses yeux. Hinano peut revivre, elle est, non pas aimée, mais regardée.

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Tokyo Eyes trailer from Xavier Jamaux aka bangbang on Vimeo.

Tokyo Eyes est disponible chez TF1 vidéo, ou « était » car j’ai l’impression qu’il n’est plus édité. C’est bien dommage car le DVD possède en bonus un documentaire de 40 minutes sur Tokyo, réalisé par Limosin lui-même.

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Un Commentaire

  1. Rien que pour la courte apparition de Kitano je veux voir se film.

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