Soudain

Soudain
Kyū ni guai ga waruku naru (Ryusuke Hamaguchi – 2026)

Après Kore-eda et Kiyoshi Kurosawa qui avaient quelque peu raté leur incursion dans le cinéma français, en irait-il de même pour Ryusuke Hamaguchi, après les prodigieux Drive My Car et Le Mal n’existe pas ? C’est ce que je craignais, surtout à la découverte du sujet – l’amitié entre la directrice d’un EHPAD et une auteure japonaise atteinte d’un cancer –, potentiellement trop tire-larmes, ainsi que d’un concept médical – l’humanitude – dont le néologisme me hérissait le poil d’avance.

Et les premières minutes, demandant un temps d’adaptation, confirmèrent mes craintes. Aller jusqu’au bout des trois heures promettait d’être plus ardu que d’arriver au bout de Happy Hours, avec ses cinq heures. Mais il faut attendre l’arrivée du petit clan japonais (avec les acteurs Tao Okamoto, Kyozo Nagatsuka et Kodai Kurosaki) pour que la magie Hamaguchi prenne ses marques et opère de nouveau.

Hamaguchi nous propose un voyage dans des questions qui le taraudent depuis ses débuts : l’art comme révélateur de la profondeur des sentiments, l’acceptation et la bienveillance vis-à-vis des « tares ».

Si l’on a aimé les séquences théâtrales de Senses et de Drive my car, alors il y a fort à parier que l’on appréciera celles de Soudain.

Si l’on aime son goût pour les tunnels de dialogue, alors on exultera devant ce qu’il propose, le morceau de bravoure étant la looonngue discussion entre les personnages d’Efira et    , discussion scellant leur amitié.

Enfin, si on apprécie son didactisme qui évoque Rhomer (réalisateur pour lequel il ne cache pas son goût), on se délectera particulièrement d’une longue (et ahurissante, quand on y songe) démonstration sur un tableau blanc.

De ses derniers films, Soudain n’est pas celui que je préfère. Mais il est donc parfaitement cohérent dans la filmographie de Hamaguchi et, encore une fois, n’apparaît pas comme une fausse note, comme cela a pu être le cas avec les films de Kore-eda et de Kurosawa. Ma seule réserve est que, finalement, la noirceur ne va pas plus loin que le décès, à la fin, de l’auteure japonaise (pas vraiment un spoil que de le révéler). Les frictions entre les aides-soignants sont toutes aplanies, tout comme celles entre la directrice de l’EHPAD et ceux qui tienbnent les cordons de la bourse pour financer les coûts de l’onéreuse humanitude. Un beau film, certainement, mais un film, aussi, auquel il manque de ces zones d’ombre qui avaient contribué à rendre ses films japonais plus profonds.

7/10

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