La Nuit des femmes (Onna bakari no yoru)
Kinuyo Tanaka – 1961
Ça faisait un petit moment que j’avais envie de tenter une incursion dans la filmographie de Kinuyo Tanaka. Pas celle en tant qu’actrice (sur les 219 films, j’en avais vu quand même quelques-uns), mais en tant que réalisatrice : seulement six films, tous d’excellente réputation.
Il faut dire qu’elle a été à bonne école : passer un temps conséquent sur les plateaux en compagnie d’Ozu, Mizoguchi, Kinoshita ou Naruse a dû lui permettre à la longue d’apprendre le métier. À cela s’ajoute l’arrivée durant l’après-guerre de thèmes tels que l’émancipation des femmes, le divorce, la sexualité féminine, la maternité. Et comme Tanaka, star de l’époque, a une forte envie de raconter des histoires du point de vue de femmes, on lui donne sa chance, soutenue par de grands réalisateurs… à l’exception de Mizoguchi, qui en voit en elle davantage une actrice qu’une réalisatrice (ou bien qui se dit aussi que femme et réalisation sont peut-être deux choses incompatibles).
Bref, je me suis lancé un peu au hasard dans ce Onna bakari no yoru, et bien m’en a pris. Cela m’a permis de découvrir cette histoire de lois anti-prostitution qui, à la fin des années 50, ont eu pour effet d’envoyer des prostituées dans des centres de réhabilitation. Rien d’épouvantable, n’imaginez pas des matonnes sadiques faisant baver celles dont elles ont la garde. Dans le film, les filles sont encadrées par des femmes bienveillantes qui souhaitent sincèrement que leurs protégées repartent dans la vie d’un meilleur pied. Ainsi la jeune Kuniko, très désireuse à l’idée de retourner dans la société. Ça tombe bien, on lui propose de travailler auprès d’une famille de petits commerçants. Bon, elle aurait été envoyée auprès d’une certaine famille de confiseurs dans le quartier de Shibamata, on se dit que son bonheur aurait été trouvé. Malheureusement, ce n’est pas le cas : la patronne, découvrant après-coup le passé douteux de son employé, a la ferme attention de s’en débarrasser. Elle rejoint ensuite une usine textile où elle cohabite avec des ouvrières. Mais ça se passe encore plus mal, avec une scène cruelle annonçant le genre de sévices que l’on aura dans les films de prison de femmes avec Meiko Kaji. Trouvera-t-elle enfin le bonheur lors du boulot suivant qui l’enverra du côté d’une pépinière tenue par une femme rencontrée au début lors d’une visite au centre de réhabilitation ? Dans cette société où il semble difficile d’effacer une tache liée au passé, rien n’est moins sûr…
Le film est maîtrisé de bout en bout, à la fois dans sa structure narrative en trois actes et dans le jeu d’une pléiade d’actrices, toutes excellentes dans leur registre, avec bien sûr une mention spéciale à Chisako Hara dans le rôle de Kuniko. À la fois sensuelle et agressive d’un côté, timide et sensible de l’autre, elle est immédiatement attachante auprès du spectateur. Quant à la fin, sans la dévoiler, je l’ai trouvée assez fine, positive avec juste ce qu’il faut d’amertume.
Une jolie découverte qui va m’amener à voir le reste de la filmo de Tanaka. Bon, comparée à celle de Yamada, ça va être du gâteau.
7,5/10











